Bon matin chères lectrices et chers lecteurs,

Hier soir, je suis allée visiter ma fille, Julie. Elle me montrait les beaux châles et les crémones qu’elle a tricotés dernièrement. J’aimerais bien en faire autant mais je suis une bien drôle de tricoteuse… Je vous ai déjà raconté qui m’a montré à tricoter?
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Un père pure laine

À huit ans, après une visite du dimanche chez ma grand-mère, il m’était venu le goût de tricoter.

Elle m’avait donné un vieux sac fleuri, rempli de retailles de tissus, de boutons, de quelques fuseaux de fil et au fond du sac, une paire d’aiguilles et un reste de pelote de laine rose.

Je pensais, avec raison, que la meilleure façon d’apprendre à tricoter était de le demander à un adulte.

– Papa, comment on fait pour enfiler ma balle de laine sur les broches?

Je croyais en mon père et en ses talents.

Je le trouvais si fort, si savant et si habile que je n’avais pas hésité de lui poser la question.

Ma mère, elle, était couchée, malade.

– Qu’est-ce qu’elle a maman? Pourquoi elle reste couchée?

– Ta mère fait une révolution de bile… Il faut pas la déranger ou faire du bruit. Viens, j’vas te montrer comment monter tes mailles. J’ai souvent vu la mienne, ma mère, le faire…

Papa, un homme robuste, posa les deux aiguilles sur son gros ventre, fit un nœud dans la laine et, comme s’il avait tricoté toute sa vie, il m’expliqua, d’une voix assurée, comment m’y prendre.

– D’abord, tu accotes tes broches sur ta bedaine. Tu commences par un nœud, puis tu le passes sur ta broche gauche. Tu rentres le bout de la broche droite dans la boucle et de ta main droite, tu passes la laine par-dessus la broche droite pour bien former une boucle. Après, ben… tu retires le bout de la broche droite pour faire une maille que tu vas transférer comme ça sur la broche gauche.

Je ne comprenais presque rien à ses explications, mais je l’observais attentivement…

– Tu piques ensuite la broche droite entre les deux anneaux, tu passes la laine sur le bout de l’autre broche… tu formes tes mailles en les entrelaçant avec les premières… Pis le tour est joué.

Et il continua à m’expliquer la ” façon de faire ” jusqu’à ce que j’aie environ vingt ou trente mailles sur mon aiguille.

Enfin, c’était à mon tour de l’essayer.

Je plaçai les deux aiguilles sur mon ventre, comme père me l’avait montré et, en peu de temps, ô merveille, je tricotais.

Je répétais, d’une voix excitée et heureuse…

– C’est facile!

Je commencerais par faire un foulard à papa, ensuite je ferais des pantoufles pour ma mère et peut-être des mitaines ou un bonnet pour ma petite sœur, un châle pour le bébé…

Je rêvais d’être une grande tricoteuse comme Mémère Lachance qui, elle, passait ses journées aux travaux d’aiguille.

J’admirais ses créations de dentelles et de frivolités.

Parfois elle me faisait des collets ou des poignets de robes et mon institutrice disait toujours : ” Ta grand-mère a des doigts de fée… ”

Le lendemain, maman, même si elle avait encore le teint verdâtre, allait beaucoup mieux.

J’en profitai pour lui montrer mon travail.

En riant, elle s’exclama spontanément :

– Mais qui a bien pu te montrer à tricoter comme ça? On fixe pas les broches sur notre bedon… aye! pis tu tiens ta laine ben trop serrée… T’es ben trop gauche! Viens que je te montre comment faire.

Au risque d’avoir maille à partir avec ma mère, je refusai.

Par fidélité à mon père ou par entêtement, je garderais les techniques qu’il m’avait enseignées.

Après tout, comme je l’affirmais à maman : ” Oui, mais Mom, ça marche! ”

Plus tard, au secondaire, mon professeure d’économie domestique voulut aussi me corriger. Rien à faire!

Aujourd’hui, à mon “certain âge”, je tricote encore très lentement, toujours à l’endroit, avec les deux aiguilles bien posées sur mon abdomen.

C’est un rituel que j’accomplis en mémoire de feu mon père et je sais très bien que personne ne dira jamais que j’ai des doigts de fée.

D’ailleurs, j’ai oublié les frivolités… pas pour moi!

Je préfère tricoter, comme autrefois Mémère Lachance égrenait son chapelet lorsqu’elle avait besoin d’un peu de repos… mes doigts bougent, mon âme médite mais le fruit de mon travail reste souvent dans mon panier.

– Merci, bon papa, pour cet après-midi de mon enfance lorsque, assise près de toi, j’ai appris à monter des chaînettes de patience et de tendresse.

Ce souvenir me réchauffe bien plus que le ferait un chandail pure laine.
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Réchauffez-vous avec un gilet tricoté avec amour, il fait si froid ces jours-ci… et si vous n’en avez pas? Réchauffez-vous en tricotant une histoire.

Tendresse,
Lysette

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