Joyeux Noël chères lectrices et chers lecteurs,

Peu importe où vous êtes, je vous souhaite d’être en paix et en harmonie avec vous-même et avec les autres. Je vous souhaite aussi la tendresse…

Voici un conte de Noël que j’ai composé et qui est paru hier, le 24 décembre 2004, dans le cahier des arts de notre journal quotidien Le Droit, ici dans l’Outaouais.
Voir :
http://www.cyberpresse.ca/archives/
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Un miracle de Noël!

Il était une fois… mais non! Mon histoire ne remonte pourtant pas si loin dans le temps. Cela vous surprendra d’apprendre toutefois qu’un miracle s’est manifesté dans notre quartier de l’Outaouais, un certain jour de Noël. Si vous doutez de mon allégation, vous admettrez que ce qui est arrivé était quand même une chose surprenante, fascinante et certainement hors de l’ordinaire.

Une tempête de verglas avait frappé la région, endommageant les arbres et coupant des fils électriques. Dans notre demeure, le seul bruit, à six heures du matin, ce jour-là, c’était le craquement du plancher de bois sous mes pas.

Catastrophe naturelle qui se révélait rude épreuve, j’imagine, pour plusieurs travailleurs qui avaient dû se sortir du lit pour réparer les dégâts causés par la glace.

Cependant, en une nuit, le paysage que j’aperçus de notre fenêtre de cuisine était devenu plus magnifique qu’une image de carte postale. Les branches semblaient de cristal et le tapis de neige brillait de lumière comme une nappe de diamants au soleil.

C’est la Mère Noël qui avait déposé les surprises sous le sapin, car le Père Noël dormait encore sous son édredon de plumes. Je savais que bientôt les enfants se réveilleraient et j’anticipais déjà leurs cris de joie devant ces cadeaux enrubannés.

En me tirant une chaise, je m’assieds à notre table de cuisine, avec du papier. Un vers ou deux de poésie me permettrait peut-être de capter la magie de ce panorama à vous couper le souffle! J’écrivais d’abord tout ce qui me passait par la tête. Maintenant, seul le grattement de ma plume meublait le silence. Et puis, sans m’en rendre compte, j’étais rendue à compter les bienfaits de ma vie.

Je me sentais bénie d’avoir un mari attentionné, trois enfants turbulents et en santé, quatre soeurs et quatre frères qui habitaient dans les environs immédiats, des amies fiables, un toit chaud (malgré qu’il commençait à faire un peu frisquet sans le chauffage central), un garde-manger bien rempli, une bonne santé, de bons livres à lire… Et en regardant la beauté féerique de mon champ de vision, je me sentais presque comblée.

Pardon! Ici, je vais dire une bêtise, mais à ce moment-là, même si mon cœur était gonflé de bonheur, il me manquait… une bonne tasse de café. Banal ou superficiel, direz-vous, mais quand on a l’accoutumance… Alors sans songer à mal, tout simplement pour m’amuser, je fis un peu de marchandage auprès de la Providence. Une proposition en l’air : « Si Vous m’offrez le café, eh bien, je ferai une bonne action. J’inviterai tous mes voisins, toute ma famille et leurs enfants pour un repas d’amitié et nous lèverons notre verre à la Paix sur Terre… » Il aurait peut-être fallu réfléchir davantage, mais soudain, j’entendis le murmure du réfrigérateur revenir. Je sursautai comme si je venais d’entendre le tonnerre du mois d’août.

Je me levai et j’eus juste le temps de préparer deux tasses de café fraîchement infusées, un quart d’heure à peine, avant que la panne d’électricité ne revienne.

Le fait me paraissait si étrange que je ne savais pas à quelle sainte me vouer pour exprimer mes remerciements! Je ne rêvais pourtant pas. Je me ressaisis et ravie de goûter un aussi délicieux café bien chaud, je marchai hâtivement, tasse à la main, vers notre chambre à coucher, afin de tout raconter à mon homme.

Il m’écouta de son air attendri, mais le coquin égraina un p’tit rire moqueur.
— Ce qui est promis est promis! C’est encore chanceux que t’as pas dit que tu inviterais tout le conseil de ville… mais tu n’aurais pas pu demander d’autre chose qu’une tasse de café ma femme? Et puis veux-tu ben m’dire ce que tu vas servir à tout ce monde-là, si le courant ne revient pas avant demain? »

Sous pression, une femme pense vite.
— Bof! Repas partage au menu! Et puis si tu fais un feu dans le foyer, j’me débrouillerai pour cuire la dinde… pas de problème! Ça va nous réchauffer à part de ça. Tu sortiras le vin pour les grands puis marmite sur le gril, je chaufferai le lait d’poule pour les jeunes… »

Les enfants avaient tout entendu et je n’eus pas le temps de finir mes recommandations qu’ils répétaient en chœur : « Oui! On va faire une grosse fête… dis oui papa! »

L’après-midi se passa dans le plus beau calme, au rythme d’une rustique simplicité. Ce soir-là, toujours sans énergie électrique, à la lueur de la chandelle, j’accueillais nos visiteurs, qui arrivaient bras dessus bras dessous, riant à gorge déployée, car il leur avait fallu un sac de sel et de la prudence pour arriver avec leurs petits et leurs plats. Entraient des artistes, le médecin de la clinique du bas de la côte, ma coiffeuse, notre avocate, notre plombier, mes neveux et mes nièces, deux enseignants que nos jeunes connaissaient bien, un menuisier, la couturière d’en face, des adolescents, des bambins… Une joie commune nous rassemblait.

Et sur la table, le résultat de la générosité des gens, un abondant festin!

En plus de la dinde bien dorée, du pain de campagne qu’on a rompu, des crudités, des fromages variés et des craquelins, des charcuteries, quelques salades, des crevettes froides épicées, des tartes aux pommes, des tartelettes au sucre, des truffes, je lorgnais même, du coin de l’œil, un gâteau aux fruits… Ô délices!

Chaque fois qu’un hôte se levait pour offrir ses vœux traditionnels, tous les dîneurs levaient leurs verres, trinquaient et buvaient « à la santé de notre belle amitié. »

Enfin, les convives se déclaraient à tour de rôle « bien rassasiés ». Malgré cela, il restait tant de nourriture que nous avons rempli sept paniers d’osier qu’un voisin, propriétaire d’une camionnette, est allé porter au gîte des moins fortunés.

La fête s’est poursuivie jusqu’aux petites heures au son du violon, de cantiques et de bonnes chansons. Mon frère répétait à tout moment : « J’vas vous caller un autre set carré pis swingue la compagnie ». Autour de nous, des ombres sautillaient et dansaient puis on entendait les rires qui fusaient de tous côtés.

Toujours est-il qu’au moment de se quitter, le cœur pourtant rempli d’allégresse, nous avions tous des larmes aux yeux.

Je disais et redisais : « Vous savez que notre maison vous sera toujours ouverte. Comptez pas les tours, vous reviendrez, on n’est pas sorteux… Joyeux Noël et Bonne année! »

Lysette Brochu

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