Bon matin chères lectrices et chers lecteurs,

C’est le temps de s’ouvrir le coeur aux moins fortunés. Hier soir, ici, c’était la guignolée. Un peu partout, des bonnes gens offrent de leur temps pour aider aux familles en détresse. Dans la rue, un peu partout, des kiosques afin d’aider à différentes causes… J’aimerais que nous puissions garder l’esprit de Noël à l’année longue. Présentement, il me semble que je rencontre bien des “anges” qui ne comptent pas leur temps afin de faire naître un monde meilleur.
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Les deux orphelines

J’été voir « Les deux Orphelines »
Au théâtr’ S.-Denis, l’autre soir.
Tout l’mond’ pleurait. Bonté divine !
C’qui s’en est mouillé des mouchoirs !

Dans les log’s, y’avait un’ gross’ dame
qu’avait l’air d’être au désespoir.
Ell’ sanglottait, c’te pauvre femme,
Ell’ pleurait comme un arrosoir.

J’me disais : « Faut qu’ell’ soit ben tendre,
pis qu’elle ait d’la pitié plein l’cœur
pour brailler comm’ ça, à entendre
un’ pièc’ qu’est jouée par des acteurs. »

« Ça doit être un’ femm’ charitable
qui cherch’ toujours à soulager
les pauvres yâb’s, les misérables
qu’ont frett’ pis qu’ont pas d’quoi manger. »

J’pensais à ça après la pièce
en sortant d’la sall’ pour partir.
Pis, j’me suis dit : « Tiens, faut que j’reste
à la port’ pour la voir sortir ».

Dehors, y’avait deux pauv’ p’tit’s filles
en p’tit’s rob’s minc’s comm’ du papier.
Leurs bas étaient tout en guenille ;
y’avaient mêm’ pas d’claqu’s dans les pieds.

Ell’s grelottaient, ces pauvr’s p’tit’s chouettes !
Ell’s nous d’mandaient la charité
En montrant leurs p’tit’s mains violettes.
Ah ! c’tait ben d’la vraie pauvreté !

Chacun leu z’a donné quelqu’s cennes.
C’est pas eux-autr’s, les pauvr’s enfants,
qu’auront les bras chargés d’étrennes
à Noël pis au Jour de l’An.

V’là-t-i’ pas qu’la gross’ dam’ s’amène,
les yeux encore en pâmoison
d’avoir pleuré comme un’ Madeleine ;
Les p’tit’s y d’mand’nt comm’ de raison :

« La charité, s’ous plaît, madame » !
d’un’ voix qui faisait mal au cœur.
Au lieu d’leu donner, la gross’ femme
leur répond du haut d’sa grandeur :

« Allez-vous-en, mes p’tit’s voleuses !
Vous avez pas hont’ de quêter !
Si vous vous sauvez pas, mes gueuses,
moé, j’m’en vais vous faire arrêter ! »

Le mond’ c’est comm’ ça ! La misère,
en pièc’, ça les fait pleurnicher ;
mais quand c’est vrai, c’t’une autre affaire !
…La vie, c’est ben mal emmanché !

Jean Narrache
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NARRACHE, Jean, Quand j’parl’tout seul, Montréal, Albert Lévesque, 1932.
……………………………………………
Né à Montréal, le poète Émile Coderre (1893-1970) est mieux connu sous le pseudonyme de Jean Narrache. Ce licencié de l’École de pharmacie de l’université de Montréal publie en 1922 un premier recueil de poésie, le seul signé de son vrai nom. Coderre s’oriente ensuite vers une poésie populaire qui se veut simple par sa thématique et par son langage imitant le parler des « habitants ». Tenant à la fois de la chanson populaire et du conte récitatif, sa poésie est très en vogue dans les années 1930. Coderre obtient la médaille d’argent de la Société des poètes canadiens-français en 1932. Il est l’auteur notamment de J’parl’ pour parler et Poésies.

Bonne et généreuse journée,
Lysette

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