Bon matin chères lectrices et chers lecteurs,

Lorsque j’entends certains vieux mots, je pense souvent à ma mère. Elle utilisait plusieurs expressions empruntées à ce qu’on appelait, “le vieux parler”.

” T’es dure de comprenure ma fille en plus d’être écornifleuse. Ta soeur itou. Vas te déchanger. J’t’ai dit de pas garder ton linge du dimanche su’l’dos. En passant, abrille le p’tit, y’est toujours désabrié parce qu’y’arrête pas d’grouiller. Grafigne-le pas avec tes grands ongles. L’autre soir, tu l’as sorti de son dormitoire pis y criait à pleine-tête. Pis attention pour pas débouler en bas de l’escalier. Bonne nuite ma noire. “
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Le vieux parler

Si je le parle, à coeur de jour,
Au pays, avec les miens, comme
Au grand siècle tout gentilhomme
Le parlait aux abbés de cour,
C’est… Ains seulement par amour.

Ce français vieillot qu’on dédaigne,
Il est natif d’un haut Poitou
Et d’un lointain Paris itou.
Ces termes, que le chaume enseigne,
Ce sont des termes de Montaigne.

Le mot local, très clair, s’entend ;
Du puriste il choque l’oreille ;
Malgré tout, comme il s’appareille,
Et comme il s’accorde pourtant
Avec la parlure d’antan.

L’habitant, dit-on, baragouine.
L’habitant patoise ? C’est faux.
Il remet au jour des joyaux
Qu’incrustent souvent la patine
Et l’illustre rouille latine.

Oyez le parler du hameau :
Il coule comme aux goutterelles
Coulent les sèves naturelles ;
Il coule aux lèvres comme l’eau
Des érables au renouveau.

Mais que l’émoi d’un coeur l’anime,
Ce vieux français, c’est tout chez nous ;
Sous ses aspects âpres et doux,
Ce langage simple et sublime,
C’est toute la patrie intime.

Si le papier le souffre ici,
Oh ! c’est rapport à la victoire
Des patriotes de l’histoire !
Si je le parle encore ainsi,
À Dieu, grand’grâce et grand merci !

Durant trois siècles d’affilée,
La première langue du sol
A lutté sans peur et sans dol.
Malgré rafale et giboulée,
L’honneur et le droit l’ont parlée.

Le verbe du clocher natal
A gardé toute sa puissance,
Et le vieil esprit de la France
Poursuit l’ancien chemin royal
Vers les grands fonds de l’idéal.

Nérée Beauchemin
…………………………………………………….
Yamachiche, 1850 – Trois-Rivières, (1931) Poète, Nérée Beauchemin a fait des études de médecine à l’Université Laval. Il hérita de la clientèle de son père et partagea sa vie entre son métier et l’écriture.

Auteur prolifique, il reçut dès 1888 un « diplôme de jeune auteur » décerné par la Société royale, dont il devint membre en 1896. L’Académie française lui remit une médaille en 1930.

Nérée Beauchemin est considéré comme l’un des premiers écrivains de l’école du Terroir…
………………………………………………….
Ben asteur, vous connaissez un p’tit boutte de ma vie,
Lysette

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