Bon matin chères lectrices et chers lecteurs,

Et si on parlait de poésie…

Je suis le caillou d’or et de feu que Dieu jette,
Comme avec une fronde, au front noir de la nuit.
Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit,
Ô nations ! je suis la poésie ardente.

Victor Hugo, Les Châtiments

La poésie, pour peu qu’on veuille descendre en soi-même, interroger son âme, rappeler ses souvenirs d’enthousiasme, n’a pas d’autre but qu’elle-même, elle ne peut pas en avoir d’autre, et aucun poème, que celui qui aura été écrit uniquement pour le plaisir d’écrire un poème (…). La poésie ne peut pas, sous peine de mort ou de défaillance, s’assimiler à la science ou à la morale ; elle n’a pas la Vérité pour objet, elle n’a qu’elle-même.
Baudelaire

La métaphore n.f. : On a pu dire que le style tout entier, surtout en poésie, reposait sur la métaphore. Elle est la plus importante et la plus utilisée des figures du discours. La métaphore est une figure de mot qui tient de la comparaison, mais sans le support du comparatif (comme, pareil à, tel, ainsi que etc.).

La définition de cette figure n’ayant cessé de donner lieu à des controverses, il semble que le plus sûr moyen de la reconnaître soit de la considérer comme une comparaison sans «comme».

Dire que la lune est comme un croissant est une comparaison, mais écrire «le croissant de la lune» est une métaphore. À plus forte raison si l’on écrit, comme Victor Hugo, «cette faucille d’or dans le champ des étoiles».

On dit couramment «la racine du mal», si bien que le mal, abstraction n’ayant pas de racines, se trouve ainsi assimilé ou comparé à un végétal.

De même, «l’écheveau du temps» (Baudelaire).

“Ce qu’il peut être renard, ce Pierre-là!” ou « Le printemps de la vie » pour parler de la jeunesse. Autres?
Ce garçon, c’est un dieu! Les agathes de ses yeux brillaient. Cet océan de blé est superbe.
Mettez un tigre dans votre moteur.
Cette salle de classe est un zoo.
La neige a étendu son blanc manteau sur la plaine.

“Un gros serpent de fumée noire” (Maupassant)

Une métaphore peut être développée sur plusieurs lignes, voire plusieurs pages. On parle alors de «métaphore filée», et, surtout si les deux termes de la métaphore sont un objet et un être, il devient difficile de la distinguer de la personnification, qui décrit un objet inanimé comme un être vivant.

Jean Giono a fait un emploi presque continuel de la personnification: «La mer hululait doucement: ses molles lèvres vertes baisaient sans relâche, à féroces baisers, la dure mâchoire des rochers.»

Une «langue de feu» est-elle d’abord métaphore, catachrèse ou personnification? C’est à vouloir répondre de façon trop précise et trop systématique à de telles questions que la rhétorique s’est enlisée dans les nomenclatures.

Deux types de métaphores:
• les métaphores usées
• et les métaphores vivantes.
Les métaphores mortes et usées, admises par l’usage, sont entrées dans la langue et en composent le fond de clichés.

Nous employons des métaphores sans nous en rendre compte quand nous disons “le pied de la table”, “un torrent d’injures”.

Les métaphores vivantes sont celles qui renouvellent l’expression par une formulation originale; elles sont le fruit de l’imagination créatrice d’un écrivain. La métaphore est une figure de style qui rehausse l’éclat d’un texte. Elle s’adresse à la fois à la raison et à l’imagination du lecteur.

C’est le cas dans la poésie de Baudelaire en particulier.
Dans Correspondances, il décrit ainsi sa vision de la nature.
“La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles:
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.”

Si la métaphore introduit plusieurs rapprochements successifs, elle est dite soutenue, suivie ou filée, comme dans l’exemple suivant :
Cologne: la grandmesse de la photo
“Une foire exposition, la Photokina? Pas seulement. C’est aussi une étonnante cérémonie que des milliers et des milliers de fidèles suivent avec ferveur tous les deux ans. Ils avaient des allures de pèlerins, ces cent mille visiteurs venus du monde entier à Cologne, l’autre semaine, pour voir s’accomplir les derniers miracles de la technique photocinéma. Pendant sept jours, ils ont tourné, jusqu’à l’épuisement, dans le dédale d’un gigantesque temple de béton, sur la rive droite du Rhin. Des kilomètres de stands sanctuaires, où les officiants dévoilaient les nouveaux objets du culte, d’un culte de masse où l’on apprend, aujourd’hui, à reconnaître les sectes et les grands prêtres, à prononcer les mots de passe, à désigner les prophètes.” (L’express)

La métaphore remplace un mot A par un mot (ou une courte expression) B :
– A et B ont un point commun
– mais A n’est pas explicité (A a disparu : il est remplacé par B)
– le point commun entre A et B n’est pas explicité
– il n’y a aucun mot-outil signalant la comparaison.
La métaphore n’est donc pas toujours immédiatement compréhensible : le lecteur doit deviner la relation que l’auteur a établie ; du coup, le lecteur découvre la manière de voir de l’auteur.
Exemples :
Face à la situation, l’enfant ne put que rugir d’une terrible colère.
(rugir : pousser un hurlement ou des cris comme un lion qui rugit)
La voie ferrée glisse le long du Rhône ses quatre couleuvres d’acier. (B. Clavel)
(glisser ses quatre couleuvres d’acier : étalait ses quatre rails comme elle aurait fait glisser quatre couleuvres d’acier)
La mer démontée secouait furieusement ses noires collines.
(ses noires collines : ses vagues aux couleurs sombres, à l’aspect semblable à des collines noires)

En conclusion, la métaphore transforme un style qui aurait été insipide sans elle, en rendant sensible l’idée au moyen d’une comparaison implicite qui frappe l’attention par sa justesse ou son originalité.
…………………………………………………..

Bonne journée poétique,
Lysette

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