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Un drôle de rêve (Un Noël inoubliable !)

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Une petite histoire à lire aux enfants pour célébrer Noël. Une simple petite histoire avec un grand message de Noël : apprendre à nos enfants qu’on peut trouver un plus grand plaisir en donnant, que juste recevoir des cadeaux pour soi-même.
Ceci, est le vrai Esprit de Noël, celui du partage et de l’Amour.
Un Noël qu’ils n’oublieront jamais !
Noël dans le cœur des autres !

Patrick Etienne

**************

Un drôle de rêve (Un Noël inoubliable !)

Par Christiana Hein

La villa Montaignan s’élevait, magnifique, au milieu de pelouses parfaitement tondues. En alignements impeccables, d’élégants rosiers bordaient les sentiers de gravier qui menaient à la maison de maître. Bien qu’en décembre on n’y trouvât pas de roses. Des haies savamment taillées entouraient la propriété. C’était d’une beauté à vous couper le souffle !

À l’intérieur, la villa était richement décorée. Et d’une propreté immaculée. D’immenses tableaux recouvraient les murs des grands halls d’entrée. Toutes les portes, qui étaient de chêne, s’ornaient de sculptures sophistiquées.

Charlotte était assise au pied de l’arbre de Noël, vêtue d’une jolie robe de velours vert tissé d’or. Sous l’arbre il y avait une montagne de cadeaux. La fillette, qui avait huit ans, était très occupée à les passer en revue. Elle examinait avec un soin particulier les paquets dont l’étiquette portait son nom.

― Est-ce que tu peux jouer avec moi ?

C’était la voix de son petit frère. Sans daigner lever la tête, elle répondit avec impatience :

― Va-t-en, Jérôme, je n’ai pas le temps de jouer avec toi. Et, en plus, tu casses tout !

― Mademoiselle Charlotte, vous devez vous préparer pour votre leçon d’équitation ! lança une domestique depuis la pièce voisine.

― Je n’ai pas envie de faire d’équitation aujourd’hui, répondit Charlotte en traînant sur ses mots avec paresse.

La domestique soupira et reprit son ménage.
Jérôme apparut dans le vestibule, avec son train électrique cette fois.

― Est-ce que tu pourrais m’aider à installer mon train, Charlotte ? demanda-t-il. Je ne peux pas y arriver tout seul.

― Je t’ai déjà dit que non, aboya-t-elle. Va chercher un des serviteurs pour t’aider, et arrête de me déranger. C’est malin, maintenant, j’ai oublié combien de cadeaux j’avais ! Tu pourrais compter les tiens, et comme ça, on saurait qui en a le plus.

― Ça m’est bien égal. Je veux juste que tu joues avec moi.
Jérôme s’en retourna tristement dans sa chambre.

***

― Debout, Charlotte, réveille-toi ! Zozota une voix enfantine. Deux petites mains potelées lui saisirent les épaules pour la secouer avec insistance.

― Pousse-toi, Jérôme, grommela-t-elle en se retournant.

― Je ne suis pas Jérôme, je suis Victor, reprit la voix.

― Victor ? Qui est Victor ? demanda Charlotte en ouvrant des yeux embués de sommeil.
Réalisant qu’elle se trouvait dans une pièce obscure et froide, elle bondit hors du lit. Cette pièce n’était pas sa chambre !

De vieux journaux enfoncés dans les fissures des murs servaient de protection contre le froid. Charlotte remarqua que les rideaux étaient déchirés et aperçut une vieille commode délabrée. Quatre lits se serraient dans la pièce exiguë. Les couvertures étaient rapiécées, elles avaient été maintes fois raccommodées. En regardant par la fenêtre, elle découvrit une rue qui bouillonnait d’effervescence.

― Allée des Soupirs ?! S’exclama-t-elle, en lisant un panneau qui indiquait le nom de la rue. Où suis-je ?

Ses pensées furent bientôt interrompues par une petite voix tout près d’elle qui la suppliait :

― Est-ce que tu peux me coiffer ?

C’était Victor. Il souriait en plissant les yeux, et lui tendait un peigne.

― Demande à quelqu’un d’autre, repartit Charlotte. Mais où sont mes habits ?
Baissant la tête, elle fut horrifiée à la vue de sa chemise de nuit, usée jusqu’à la corde.

― Oh ! Où est ma chemise de nuit ?

Elle parcourut la chambre des yeux à la recherche de ses vêtements. Sur la commode, elle avisa un petit tas d’habits soigneusement pliés. Ils étaient propres et bien raccommodés, mais à l’évidence, ils avaient été trop souvent portés. Elle les enfila.

Victor restait planté là, son peigne à la main.

― S’il te plaît, insista-t-il.
Mais Charlotte ne prit même pas la peine de lui adresser un regard.

― Demande donc à ta maman, lui dit-elle.

C’est alors qu’une femme passa le visage dans l’embrasure de la porte, puis, lui jetant un coup d’œil, l’interpella :

― Bonjour, Charlotte. J’espère que tu as bien dormi.

Tandis qu’elle prononçait ces mots, ses yeux pétillaient de tendresse. Les traits de son visage trahissaient une fatigue que son sourire tentait de camoufler.

― Oui, j’ai bien dormi, répondit Charlotte.

― Après avoir fait ton lit, pourrais-tu mettre le couvert pour le petit déjeuner ? Continua la femme d’une voix douce.

― N’est-ce pas le travail de la domestique ? Laissa échapper Charlotte, presque malgré elle.

Toute sa vie, dans la villa Montaignan, elle avait grandi entourée de domestiques et de servantes. Elle n’avait jamais imaginé qu’un jour on lui demanderait de s’abaisser à une telle tâche.

L’espace d’une seconde, la maman parut perplexe. Puis elle eut un petit rire :

― Tu as dû faire un drôle de rêve, mon enfant ! Mais tu m’en parleras plus tard, on n’a pas le temps maintenant. Papa va bientôt rentrer de son travail de nuit, et nous allons prendre le petit déjeuner ensemble. Dès que tu auras rangé ta chambre, viens me donner un coup de main, s’il te plaît.

― Papa travaille de nuit ?

Charlotte avait pensé tout haut. La femme poussa un soupir, puis reprit :

― Charlotte, je n’ai pas le temps à présent de m’amuser avec toi. J’ai besoin de ton aide. Si quelque chose te chagrine, je te l’ai déjà dit, nous en parlerons plus tard.

― Euh…, oui, bien sûr, bafouilla la jeune fille.

Elle contempla le lit, impuissante, se demandant par quel bout commencer. Ses efforts se soldèrent par un sentiment de frustration : partout, le lit faisait des plis et des bosses.

Victor, qui observait la scène, ne put s’empêcher de rire. Charlotte le gronda rudement. Sur ce, il s’arrêta net et entreprit de l’aider.

Avec précaution et à pas de loup, Charlotte sortit de la chambre. Elle ne savait pas trop où aller. De la porte, elle pouvait voir la salle de séjour et la cuisine. La maison était minuscule et lui faisait pitié. Mais pour Noël, des décorations de fortune avaient été suspendues tout autour du salon. Un grand feu crépitait dans la cheminée, et dans un coin de la pièce se dressait un petit sapin de Noël décoré par les enfants. Charlotte se rendit à la cuisine pour mettre le couvert. Bientôt elle dut se rendre à l’évidence : elle ne savait pas comment s’y prendre. Ignorant où se trouvaient les bols et les couverts, elle ouvrit les tiroirs et les placards…

PATATRAS ! Un bol tomba par terre et se brisa. Aussitôt, il se fit dans la maison un profond silence : tous les yeux étaient fixés sur elle. La famille était pauvre et chaque bol était précieux. Charlotte attendait une semonce, mais la maman se contenta de dire :

― Balaie avec soin, et fais bien attention à ne pas te couper.

Puis elle retourna à son fourneau. Charlotte se pencha pour ramasser les plus gros morceaux. Ce faisant, elle se coupa le doigt et laissa échapper un cri de douleur. La maman se retourna brusquement, et, évaluant la situation, attrapa un bout de tissu. Elle en fit un bandage bien serré autour de la coupure, pour arrêter le sang.

― Tout ira bien, dit-elle doucement.

― Je suis désolée, marmonna Charlotte, qui ne trouvait rien d’autre à dire.

― Marion ! Appela la maman.

Une petite fille aux yeux vifs, d’environ six ans, accourut aussitôt.

― Marion, voudrais-tu finir de mettre le couvert à la place de ta sœur ?

― Oui, maman, répondit celle-ci en se mettant immédiatement au travail.

Dès le retour du père, la famille s’assembla autour de la table. Tout le monde se donna la main et baissa la tête pour prier.

― Pour tout ce que nous allons recevoir, pria le père, nous Te remercions, Seigneur. Amen.

― Amen, retentirent en chœur toutes les voix. Puis, instantanément, le bruit des voix fit place au cliquetis des cuillers.

Dès sa première bouchée de porridge, Charlotte fit la grimace. Il n’y avait pas de beurre, et presque pas de sucre. Elle hésita un moment, puis en reprit une bouchée. Et une autre encore. Elle avait si faim ! Après tout, ce n’est pas si mauvais, se dit-elle.

Après le petit déjeuner, il y avait la vaisselle. La femme demanda à Sara, l’aînée des enfants, de bien vouloir la faire, pendant que Charlotte surveillerait les deux plus jeunes, Victor et Sophie. Ainsi, la maman pourrait sortir.

― Mais j’allais jouer avec ma…Charlotte s’interrompit.

― D’accord, se reprit-elle.

Elle appela les enfants et leur demanda de la suivre.

Cet après-midi-là, à son retour du marché, la maman alla trouver Charlotte. Elle portait une petite bassine d’eau chaude et un linge :

― Comment va ta main ? demanda-t-elle.

― Bien. Ça s’est vite arrêté de saigner, mais ça fait encore un peu mal.

― Ma pauvre petite, laisse-moi nettoyer ta blessure pour qu’elle ne s’infecte pas.

Maman retira le bandage et, avec d’infinies précautions, nettoya la blessure.

― Tout va bien ? S’enquit-elle. Tu n’as pas l’air dans ton assiette.

― Pas vraiment.

― Et pourquoi donc ?

― Je ne sais pas trop, répondit Charlotte, ne sachant que dire.

― J’ai remarqué que tu hésites à rendre service. Depuis quelques temps, tu as tendance à rechigner quand je te demande de faire quelque chose.

Charlotte fixa des yeux le plancher, visiblement embarrassée.

― Il y a une chose que je voudrais que tu saches, poursuivit la maman, en refaisant son pansement. J’ai grand besoin de ton aide dans cette maison, et j’apprécie beaucoup tous les services que tu me rends. Je sais que ce n’est pas drôle pour toi de surveiller ton petit frère, ou ta petite sœur. Surtout quand tu aimerais bien faire autre chose. Je ne pourrais jamais y arriver sans toi. Alors, je voulais te dire merci. Je t’aime.

Personne ne l’avait jamais remerciée de la sorte. Parce que, précisément, elle ne s’était jamais donné la peine d’aider les autres. Elle se sentit honteuse d’avoir été aussi égoïste et d’avoir manqué de gentillesse.

La maman serra Charlotte dans ses bras, puis quitta la pièce.

Charlotte resta là quelques minutes, absorbée par ses pensées. Je veux être plus aimable, à partir de maintenant, décida-t-elle. Je ne sais pas trop comment, mais il y a sûrement des tas de choses que je peux faire pour rendre service.

Ce jour-là, Charlotte ne laissa passer aucune occasion de s’occuper des enfants ou de faire le ménage. Elle aida même la maman et Sara à préparer le dîner. C’était beaucoup de travail, mais en fait c’était amusant. Et puis, chaque fois qu’elle rendait service, ou qu’elle partageait quelque chose, elle se sentait bien au fond d’elle-même. Cette nuit-là, elle s’endormit avec un profond sentiment de satisfaction.

***

― Bonjour Charlotte ! Joyeux Noël ! fit une voix d’enfant auprès de son lit.

Lentement, Charlotte ouvrit les yeux. C’était Jérôme. Voilà qu’elle était de retour dans sa chambre, à la villa Montaignan !

― Comment est-ce que je suis revenue ? s’écria-t-elle en sautant du lit. Oh, mon Dieu ! J’ai dû rêver !

Toute heureuse, elle se mit à rire, et poursuivit :

― C’est merveilleux, je suis revenue ! Je suis si contente de te revoir !

Sur ce, elle l’embrassa de toutes ses forces. Jérôme écarquillait les yeux de surprise.

― Je t’aime Jérôme. Je regrette de ne pas avoir été très gentille avec toi ces derniers temps. Veux-tu bien me pardonner ? Allons mettre le couvert pour le petit déjeuner.

Tous deux dévalèrent les escaliers jusqu’à la salle à manger.

― Joyeux Noël, Maria ! lancèrent-ils à la servante qui entrait chargée d’un grand plateau couvert de mets délicieux. À la vue de la table déjà mise, elle faillit laisser tomber son plateau, de surprise.

― Oh ! Merci de votre aide ! fit-elle avec un sourire. C’est formidable !

Après le petit déjeuner, leur maman demanda s’ils voulaient ouvrir leurs cadeaux. Charlotte s’exclama :

― Oh, maman, j’ai une idée. On pourrait trouver une famille pauvre qui n’a rien pour Noël, et leur offrir des cadeaux. J’aimerais leur donner quelques-uns des miens. Ça leur fera plaisir.

La maman de Charlotte ne put retenir quelques larmes :

― C’est très gentil à toi d’avoir pensé à cela, ma chérie.

Puis elle donna des instructions à la servante. Maria alla préparer un panier de provisions pour leur réveillon. Charlotte lui demanda un sac pour y mettre les cadeaux. La servante s’empressa d’obéir, n’en croyant pas ses oreilles.

Alors que Charlotte remplissait le sac de cadeaux, Jérôme s’approcha d’elle et lui dit à voix basse :

― Moi aussi, je veux partager mes cadeaux.

Une fois le sac bourré de jouets, ils le ficelèrent avec un ruban doré.

Lorsqu’ils parvinrent à la rue Albertson, ils le déposèrent, avec le panier, sur le seuil de la porte. Cachée derrière une palissade, Charlotte vit la maman sortir de sa maison, suivie de ses bambins. Quelle ne fut pas leur surprise en découvrant ce qu’il y avait devant la porte !

― Regardez ce que Dieu nous a envoyé ! s’écria-t-elle joyeusement.

Charlotte sourit. Cela lui faisait chaud au cœur.

Ça fait du bien de penser aux autres, se dit-elle.

 

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Sois un ami
Je suis ce qu’on peut appeler un « Don Quichotte » de la plume. Ce qui fait qu’un écrivain devient un artiste, c’est qu’il découvre sa vraie personnalité dans ses écrits. Il n’est pas assujetti aux « On dit », où, « Il ne faut pas que j’écrive cela ». Il est vrai avec l’inspiration qui lui est donnée, pure dans ses pensées. Le prix d’une telle liberté est : « Si tu peux être vrai avec toi-même, tu ne peux être faux avec personne » Patrick Etienne
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