Transformés par une rencontre

Margaret Manning                                                 

Un jour que je prenais le café avec un ami dans un Starbucks [une chaîne de coffee-shops, omniprésente aux États-Unis], mon ami m’a raconté comment il s’était éloigné de sa foi chrétienne.

Il n’avait pas perdu la foi par caprice ou à la suite d’une crise de doutes intellectuels qu’il n’arrivait pas à réconcilier avec ses croyances auxquelles il avait été très attaché.

Il avait pris ses distances avec la foi parce que son travail de journaliste l’avait introduit dans des cercles chrétiens où il avait fait la connaissance de certains des leaders et intellectuels chrétiens les plus influents.

Il avait abandonné sa foi parce que dans ces milieux chrétiens, il avait vu très peu d’exemples de ce qu’il considérait comme une authentique transformation chrétienne.

Ce qu’il avait pu observer, c’était un groupe d’hommes et de femmes qui ressemblaient davantage au monde qu’à Jésus, et dont le mode de vie n’offrait qu’une lointaine ressemblance avec l’exemple qu’Il nous a donné.

Le décalage flagrant entre leur profession de foi et ce qui leur faisait cruellement défaut au niveau du comportement le fit douter du pouvoir de transformation de l’Évangile. Si le fait d’être chrétiens avait aussi peu d’impact dans la vie de ces responsables — que beaucoup de gens considéraient comme des exemples à suivre — qu’est-ce que cela pouvait bien lui apporter à lui ?

Nous nous sommes tous, à un moment ou à un autre, trouvés confrontés à ce dilemme. Nous n’abandonnons pas tous notre foi ou notre religion, comme l’a fait mon ami, mais nous avons tous été profondément déçus par un leader que nous admirions, par un mentor ou un ami qui s’est avéré avoir des pieds d’argile.

De plus, lorsque nous nous regardons dans le miroir, il faut bien admettre que la transformation n’est pas toujours très évidente. Et si nous ne sommes pas découragés de constater cette absence de transformation chez les autres, nous le serons certainement lorsque nous nous examinerons nous-même sans complaisance.

Pourquoi est-ce si difficile d’être transformés ? Et comment se fait-il que nous manifestions si peu cette transformation, en dépit de notre foi et de nos convictions religieuses.

Nous continuons de nous mettre/ en colère, nos collègues de travail nous énervent, nous succombons à la convoitise et à nos envies malsaines, nous sommes de fidèles idolâtres.

Pour le chrétien, cela pose un sérieux problème, vu que la transformation est clairement inscrite dans la bonne nouvelle de l’Évangile :

Dès que quelqu’un est uni au Christ, il est un être nouveau : ce qui est ancien a disparu, ce qui est nouveau est là.1

Pourtant, comme mon ami a pu le constater, une comparaison impartiale entre les chrétiens et les non chrétiens nous amène à nous demander s’il est véritablement possible d’avoir une transformation authentique et durable.

Peut-être la nature insaisissable de cette transformation trouve-t-elle son illustration dans une conversation que Jésus eut avec Ses disciples :

Pourquoi vois–tu les grains de sciure dans l’œil de ton frère, alors que tu ne remarques pas la poutre qui est dans le tien ? 2

Jésus veut dire que le fait de se focaliser sur les petits travers des autres empêche celui qui agit de la sorte de voir à quel point il a lui-même besoin de transformation.

Trop souvent, notre regard critique est impitoyablement braqué sur les autres.

Nous détectons leurs fautes avant même de poser un regard honnête sur notre propre cœur ; nous ôtons la sciure de l’œil de notre prochain à grands cris, sans être le moins du monde gêné par le tronc d’arbre dans le nôtre.

Jésus a été on ne peut plus clair :

Hypocrite ! Commence donc par retirer la poutre de ton œil ; alors tu y verras assez clair pour ôter la sciure de l’œil de ton frère. 3

En dépit de cet avertissement solennel, l’espoir d’une transformation augmente considérablement dès lors que nous nous faisons l’effort de garder un regard critique sur nous-même plutôt que de persister à ne voir que les défauts des autres.

Le fait de s’appliquer avec diligence peut nous paraître fastidieux et incompatible avec l’espoir. Après tout, prenez l’exemple de l’artiste : on pourrait penser que la créativité est une énergie débridée qui s’épanche sans entrave en un flot continu.

La toile du peintre n’est jamais blanche, la page de l’écrivain jamais vierge, l’argile du sculpteur jamais informe. A aucun moment, l’artiste ne connait l’ennui ou la lassitude dans l’exercice de son art ; au contraire, il baigne dans un débordement naturel d’énergie créatrice tous les jours de sa vie.

Nul besoin de discipline, de répétition ni de structure dans le monde de l’artiste. Mais au fait, en êtes-vous bien sûr ?

Pourtant, n’importe quel artiste vous dira que la créativité c’est quelque chose qui se cultive — et qui s’exerce, si l’on peut dire, comme n’importe quel muscle.

En fait, la créativité se réalise pleinement lorsqu’elle est balisée par la discipline et par la volonté de s’astreindre à la pratique, la routine et la structure.

Plutôt que de constituer un frein à la créativité, la discipline canalise l’effort de création qui peut ainsi s’épanouir et se réaliser pleinement et en toute liberté.

Ces idées erronées concernant le processus artistique font souvent écho aux idées reçues sur le développement et la créativité de la vie spirituelle.

Nous tablons sur des progrès tous azimuts ou des résultats immédiats. Nous voudrions ressentir un déferlement constant de bonnes sensations.

Lorsque nous ne ressentons pas ces choses, ou que nous ne faisons pas perpétuellement l’expérience de la nouveauté dans le rythme des louanges, des prières ou des études bibliques, alors nous en déduisons que quelque chose ne tourne pas rond.

En conséquence de quoi, nous poursuivons des chimères — émotions fortes ou extase spirituelle —, recherchant constamment la nouveauté qui va nous émouvoir ou nous mettre du baume au cœur.

Nous voyons le rituel, la discipline, l’engagement et la structure comme autant d’entraves à notre développement, plutôt que la pauvreté du sol qui nourrit et soutient le développement spirituel.

Nous pensons à tort que la transformation spirituelle relève de l’osmose, un processus sur lequel nous avons très peu de contrôle et qui n’engage nullement notre responsabilité.

Pourtant, ceux qui cherchent à grandir dans la foi devraient prendre exemple sur les artistes qui savent bien que la pratique, la routine et la répétition sont des disciplines indispensables au processus de création.

En effet, la pratique spirituelle aiguise la compréhension et décuple la créativité spirituelle. La routine et la discipline sont les substances nutritives indispensables à l’épanouissement de la vie spirituelle et à sa croissance.

Le chrétien peut aussi nourrir l’espoir d’être transformé en se remémorant les histoires des personnages bibliques pas toujours très brillants qui coopérèrent à l’œuvre rédemptrice de Dieu.

En termes bibliques, cette transformation suppose la fidélité de Dieu, plutôt que la perfection humaine.

Ainsi, Noé s’enivra; Abraham mentit à deux reprises en prétendant que Sarah était sa sœur et non pas son épouse; Gédéon se rendit coupable d’idolâtrie ; Samson rompit ses vœux ; David commit l’adultère; Paul et Barnabé se disputèrent et se séparèrent à cause de Jean Marc ; tous les disciples de Jésus L’abandonnèrent dans le jardin de Gethsémani et s’enfuirent.

Le psalmiste ne manque pas de nous rappeler que Dieu n’est pas ignorant de notre pauvre condition humaine :

Dieu sait de quelle pâte nous sommes façonnés, Il se rappelle bien que nous sommes poussière. 4

Pourtant, en dépit des limites de cette substance poussiéreuse dont nous sommes faits, Dieu accomplit son dessein par l’intermédiaire d’individus imparfaits.

C’est grâce à l’obéissance de Noé que l’humanité fut préservée. Gédéon écrasa les Madianites qui terrorisaient Israël, et c’est grâce à Abraham que toutes les familles de la terre furent bénies.

Ces histoires bibliques nous prouvent que Dieu peut et veut nous utiliser en dépit de notre obéissance au coup par coup.

L’histoire de Jacob dans la Bible nous éclaire un peu plus sur la nature de cette transformation. Le préféré de sa mère, il manigança pour s’approprier le droit d’aînesse de son frère et recevoir la bénédiction de son père. Il traita Léa son épouse avec beaucoup de mépris et, au bout du compte, il se réappropria une bonne partie du dysfonctionnement de ses parents dans sa propre famille ; c’est ainsi qu’à son tour, il favorisa les enfants de son épouse Rachel. Mais voilà, Jacob rencontra Dieu lorsqu’il passa la nuit au gué de Yabbok. Voir Genèse 32:22–32 5

C’est cette lutte avec le Dieu vivant qui produisit en lui cette formidable transformation. Jacob reçut un nouveau nom, Israël, et une hanche disloquée. Il appela ce lieu de transformation Péniel, qui signifie J’ai vu la face de Dieu et je suis encore en vie ! 6

Certes, il eut la vie sauve, mais il devait porter jusqu’à la fin de ses jours la marque de cette rencontre qui l’avait transformé, sous la forme d’un nouveau nom et d’une nouvelle identité — sans oublier un boitement permanent.

Se pourrait-il que l’histoire de notre propre transformation soit le reflet d’une expérience similaire ?

Pour ceux d’entre nous qui suivent le Dieu de réconciliation, l’espérance de l’évangile vivant, Dieu nous donne, effectivement, un nouveau nom et une nouvelle identité dans l’espoir que nous concrétiserons tous les espoirs qu’Il avait fondés en nous.

Mais Dieu s’y emploie d’une manière qui n’efface pas notre humanité. Après tout, Dieu n’ignore pas que nous ne sommes que poussière. Au contraire, Dieu prend cette substance poussiéreuse et la travaille pour en faire une chose de toute beauté.

Bien que nous devions souvent endurer le handicap de notre humanité, il reste que la transformation est un don de la grâce de Dieu.

Le philosophe et théologien Dallas Willard explique que le renouvellement du cœur de l’homme est à la fois nouveau et très ancien, à la fois très prometteur et plein de danger, à la fois révélateur de nos déficiences et de nos faiblesses et éclatant de grâce, une expression de l’éternelle quête de Dieu pour les hommes et du besoin indéracinable de Dieu dans le cœur humain. 7

En fait, ajoute Willard, lorsque le cœur de l’homme est à l’image du Christ, ce n’est pas le résultat d’une réalisation humaine. En définitive, c’est un don de grâce. [8]

Dieu qui nous a créés ne nous abandonnera pas à notre sort, mais Il nous promet de marcher à nos côtés. Dieu nous donne continuellement la grâce pour la transformation, en vue de l’espérance de la gloire de Dieu.

Extrait de http://www.rzim.org/justthinkingfv/tabid/602/articleid/11043/cbmoduleid/881/default.aspx.

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1 2 Corinthiens 5:17, BFC.

2 Luc 6:41, SEM.

3 Luc 6:42.

4 Psaume 103:14.

5 Cf. Genèse 32:22–32.

6 Genèse 32:29–30: Jacob l’interrogea : – S’il te plaît, fais–moi connaître ton nom. – Pourquoi me demandes–tu mon nom ? lui répondit–il. Et il le bénit là. Jacob nomma ce lieu Péniel (La face de Dieu) car, dit–il, j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve. (SEM)

7 Dallas Willard, Rénovation du cœur: Revêtons le caractère du Christ (NavPress: Colorado Springs, CO., 2002), 22.

8 Idem, 23.

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