Si la fin du monde était demain, je voudrais quand même planter aujourd’hui un pommier

Pasteur Marc Pernot

Une légende assure que Luther aurait dit : Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je veux quand même planter aujourd’hui mon pommier. 

C’est autre chose que de l’espérance, c’est faire ce que l’on pense être juste, tranquillement, sereinement, sans se soucier du lendemain. Ou plutôt s’en soucier, car oui, planter un pommier est un projet d’avenir, c’est une visée pour demain.

Mais cette visée n’est pas utilitariste, elle ne mesure pas seulement le rendement, mais la qualité de la démarche, le fait d’apporter quelque chose de nouveau et de bon à ce monde qui le mérite, et qui le méritera jusqu’au bout…

Alors bien sûr, le résultat compte, et l’on préfère voir mûrir les pommes du pommier que l’on a planté. Mais dans cette façon de voir l’existence, la vérité de la démarche suffit déjà à la justifier.

Dans un sens c’est ce que Jésus lui-même sur la croix, comme un geste qui ne produit rien d’autre que de dire l’attachement qu’il a pour ce monde et ceux qui l’habitent.

Et c’est aussi le geste de Luther, petit moine de province qui se lève et appelle l’église chrétienne du monde entier à se réformer. Lui non plus, n’avait aucune chance, mais il aura vu quelque fruits.

Une légende née dans l’église

En réalité, personne n’a jamais retrouvé où Luther aurait dit cette phrase, dans quel livre, dans quelle prédication, quelle lettre, ou à table… Peut-être ne l’a-t-il en réalité pas prononcée mais qu’elle a été déduite de sa pensée.

Mais en tout cas, les circonstances où cette citation est sortie sont significatives. Elle est apparue en 1940 parmi les chrétiens allemands désespérés par la puissance et la folie d’Hitler.

À quoi bon lutter face à une telle, comment dire, fureur ? Cette phrase sur le pommier est venue pour s’encourager mutuellement à oser ne serait-ce qu’un geste positif, tourné vers le bien, vers la vie.

Même à la veille de la fin du monde, planter un pommier. Et chercher quel est ce pommier, quel est mon pommier que je veux planter aujourd’hui en ce monde, en réponse à mon unicité.

Qu’espérons-nous ?

Cette parabole du pommier de Luther dit une espérance qui est de l’ordre de la beauté de l’intention et du geste. Cette parabole dit l’importance de la dimension spirituelle de l’espérance. Et cela, nous en avons besoin pour comprendre la vie.

Souvent, notre espérance en ce monde est d’abord, comme le dit Jésus, pour notre survie en ce monde, dans le que mangerons-nous ? Que boirons-nous de quoi serons-nous vêtus ?

Jésus ne se moque pas de ces besoins, il les connaît et les reconnaît comme légitimes. Notre corps a besoin d’être nourri, abreuvé, protégé, comme celui de n’importe quel animal.

Notre intelligence aussi a besoin d’être nourrie, abreuvée et habillée. Notre sensibilité, notre cœur, notre foi ont chacun besoin d’être nourris, abreuvés, revêtus. Dieu le sait. Et il espère que chacun de ses enfants aura ce minimum, nous dit Jésus.

Mais cela ne renferme pas la totalité de l’espérance, car cela n’explique pas pourquoi nous aurions envie de planter un pommier si la fin du monde était pour demain.

Cela n’explique même pas pourquoi l’amitié est si importante pour nous, et encore moins l’amour, ni pourquoi il y a des choses pour lesquelles nous accepterions de donner notre vie. Cela n’explique pas non plus l’art qui n’apporte rien à ces besoins basiques du corps, au contraire.

Et si l’horizon de notre espérance était dans cette seule survie, nous sommes alors fort démunis puisque de toute façon, ça se terminera mal de ce point de vue-là, par notre mort.

Et que nous sommes exposés à diverses catastrophes qui sont déjà assez pénibles à gérer sans qu’en plus nous ayons l’impression de perdre toute vie et toute espérance en perdant un peu de santé, en perdant notre travail ou notre maison.

Ces besoins de nourriture, de boisson et de vêtement sont réels, légitimes, Dieu même y travaille, et nous y travaillons tous ensemble.

En gros, ce travail est actuellement assuré par le monde économique et par le cadre moral minimal que portent les droits de l’homme et du citoyen. Nous avons bien de la chance.

Mais, qu’il soit athée, agnostique ou croyant tout philosophe est convaincu, je pense, que cela ne suffit pas qu’il faut aussi une dimension spirituelle qui vienne donner du sens, au-delà de la simple question de la nourriture, de la boisson et de la protection minimales.

Nous sommes beaucoup plus libres que nous ne l’avons jamais été dans le passé. Comme nous pouvons choisir d’acheter plein de choses aux 4 coins du monde, nous sommes libres de choisir ce qui donne sens à notre vie, choisir mon pommier dans le verger où je suis né ou un oranger venu d’ailleurs si je préfère.

Personnellement, j’aime cette liberté de choix, et cette sincérité qu’elle permet. Je trouve que l’Évangile du Christ, si je puis dire, est un bon produit, un vraiment bon produit qui n’a pas à rougir de la concurrence, au contraire.

L’Évangile n’écrase pas notre droit à une véritable espérance, pas même dans les choses de ce monde, puisque Dieu aime ce monde et nous aime.

Et puis quel souffle dans cet Évangile, quelle magnifique mise en valeur de la dignité de toute personne même pas très en forme ! et puis cette place centrale donnée à la libre responsabilité, à la bonne volonté gratuite, à la qualité des relations…

Oui, l’Évangile est un des excellents choix possibles pour dire ce que nous espérons.

Mais l’Évangile c’est plus que ça, aussi. Ce n’est pas seulement une réserve de sens. C’est aussi ce sur quoi nous comptons pour que notre espérance se réalise.

Sur quoi comptons-nous ?

Cette question est en réalité bien plus importante, bien plus déterminante encore que tout le reste. C’est là-dessus que Jésus va attirer notre attention.

Certains espèrent s’en sortir par la sagesse, cela aide effectivement, ça éclaire, ça libère, cela peut nous aider à progresser dans le domaine moral et théologique, à mieux comprendre la réalité et son fonctionnement, les causes et les conséquences.

Jésus n’est pas contre l’intelligence, au contraire, il encourage à réfléchir par soi-même, il discute, philosophe, enseigne, il n’est pas contre cette sagesse qui consiste à nous unir et nous soutenir, bien sûr.

Mais il ne nous dit pas de placer notre espérance dans la sagesse, ni dans la morale. C’est juste un cadre de base.

Certains espèrent s’en sortir par la providence de Dieu, comme dans bien des Psaumes, comme les prophètes qui attendaient que le Messie vienne.

Des disciples de Jésus ont espéré qu’il accomplirait cela, imposant la paix, supprimant toute maladie, toute famine, et rendrait les lions végétariens et même les moustiques… Après Jésus, bien des chrétiens ont espéré le retour de Jésus…

Tant de personnes fondent ainsi leur espérance dans l’idée que Dieu conduirait l’histoire, faisant pleuvoir quand il pleut, faisant naître et mourir, tomber malade ou guérir, donnant à manger.

C’est en partie vrai, car Dieu agit pour le bien, mais c’est aussi en partie faux car il n’est pas un magicien, et cette façon d’espérer est source de bien des angoisses, des craintes, des culpabilités mal placées, et des pertes de foi en Dieu.

Mais Jésus ne nous dit pas d’espérer en Dieu, il nous dit de lui faire confiance, il nous dit que Dieu est au courant de nos besoins et qu’il nous aime, il y travaille donc comme il peut, comme il veut, et il fait sans doute au mieux.

Mais alors, si Jésus en nous dit pas d’espérer en notre propre sagesse, ni d’espérer en Dieu, ni d’espérer en Christ… que nous propose Jésus ?

Contrairement à ce que l’on pense parfois, Jésus ne nous dit pas une seule fois d’espérer. Ce n’est pas dans son approche.

Pourtant la notion d’espérance était importante dans l’Ancien Testament, et elle le sera pour l’apôtre Paul, par exemple. Mais pour Jésus, non, ni le mot espérance, ni le verbe espérer ne font partie du message de Jésus, selon les 4 évangiles pour une fois unanimes.

Il y a pourtant un contenu à notre espérance dans l’Évangile, il y a une conception de ce dont nous avons tous besoin pour vivre et pour vivre bien, en particulier de la nourriture pour nous donner de l’énergie, de la boisson pour calmer notre fièvre, des vêtements pour nous protéger.

Il y a aussi ce quelque chose qui donne sens à notre vie, même quand elle toucherait à sa fin, un amour qui peut se manifester dans ce pommier, notre pommier, celui que nous voudrions encore planter si la fin du monde était pour aujourd’hui.

Notre espérance à donc un contenu, mais Jésus ne nous dit pas d’espérer. Jésus propose un autre rapport à notre présent, à notre avenir, et au futur…

Jésus ne nous dit pas d’attendre patiemment un lendemain meilleur ni d’attendre le monde futur. Au contraire, Jésus nous dit de nous occuper d’aujourd’hui.

Et la question d’aujourd’hui, selon Jésus, ce n’est ni d’espérer, ni d’attendre mais c’est de chercher. C’est bien plus actif, bien plus engageant aussi. C’est vivre, aujourd’hui :

Chercher en 1er, chercher avant toute chose et par-dessus tout, le royaume de Dieu et sa justice.

Il y a deux sens au mot chercher, en français comme en grec. On peut chercher comme on cherche des champignons dans les bois, et on peut chercher comme on cherche à faire plaisir à quelqu’un que l’on aime. Le Royaume de Dieu et sa justice sont à chercher dans ces deux sens.

Le royaume de Dieu, ce n’est pas un endroit à chercher, mais c’est l’action de Dieu, c’est cela que nous pouvons chercher.

Plutôt que d’espérer l’action de Dieu on peut déjà ouvrir les yeux et voir qu’il a déjà agi et qu’il agit dans le présent, qu’il agit dans notre monde, qu’il agit dans la personne à côté de moi et parfois par la personne à côté de moi.

Alors que dans le fait d’espérer, il y a en germe une sorte de dégoût de ce monde et du jour que nous vivons.

Par contre, quand on cherche les traces de Dieu, on ouvre les yeux sur des réalités et sur des instants qui sont plus beaux que tout ce que l’on aurait pu rêver,.

Nous pouvons voir que le monde est bien moins mauvais qu’il n’en a l’air, nous pouvons voir que notre vie, que nous-mêmes, que notre voisin sommes déjà au bénéfice d’une sorte de processus de résurrection et de vie.

Et ce règne de Dieu, cette action de Dieu on peut la chercher comme on cherche à faire plaisir à quelqu’un, et c’est même précisément cela. C’est bien plus actif qu’une espérance, c’est une démarche délibérée, dans la prière, et en y consacrant une part de nous-mêmes.

Dans cette double recherche de l’action de Dieu, il y a le passé, le présent et le futur qui s’articulent, qui se construisent. Un passé, un présent et un avenir dont nous sommes au bénéfice et auquel nous participons.

Nous cherchons le Royaume de Dieu. Et nous cherchons sa justice

Chercher la justice de Dieu

C’est bien plus engageant que d’espérer sa justice, ce qui est une bonne idée aussi puisque sa justice est encore de l’amour, bien entendu (comment en serait-il autrement). Sa justice garde le meilleur, sa justice irrigue en profondeur notre être et nos pommiers (Psaume 1er)

Mais chercher la justice de Dieu, c’est bien plus engagé encore que de chercher son action.

Chercher sa justice c’est reconnaître sa puissance de transformation et c’est s’y associer par nos pensées, nos paroles et nos actes, par nos projets.

Et par ce pommier, que chacune et chacun peuvent rêver de voir mis en terre. Parce que nous savons que nous en sommes dignes et que nous en sommes capables.

Mais de toute façon, toutes choses nous serons données par-dessus.

Amen.

***

Matthieu 6:31-34

Jésus dit : Ne vous inquiétez donc pas, et ne dites pas : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi serons-nous vêtus ? Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père, celui qui est dans les cieux, sait que vous avez besoin de toutes ces choses. Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain s’inquiètera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine.

Traduction NEG

***

Patrick commentaire :

Ce texte du pasteur Marc Pernot est très pertinent et intéressant à lire. Bien que je n’écrive pas les choses qu’il dit de la même manière, il soulève de bonnes questions et réponses.

Au sujet de ce qu’est dit de Martin Luther (que cela soit une légende ou pas), Martin a partagé des tonnes de pensées avec son public ; donc, c’est possible qu’il l’ait dit, mais que cela n’a jamais été recordé. Je pense que c’est tout à fait le style de Luther de l’avoir dit.

Quant au sens de cette citation, comme dit un autre fameux proverbe, chacun voit midi à sa porte ! Ce qui veut dire : chacun en tira sa propre conclusion.

Quel sens cela a pour moi ? Que l’homme ou la femme de foi ne se laisseront jamais déstabiliser peut importe ce qui peut arriver autour d’eux !

Rappelez-vous la parabole de Jésus sur les deux maisons :

Quiconque donc entend ces miennes paroles et les met en pratique, je le comparerai à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc et la pluie est tombée, et les torrents sont venus, et les vents ont soufflé et ont donné contre cette maison ; et elle n’est pas tombée, car elle avait été fondée sur le roc. 

Et quiconque entend ces miennes paroles, et ne les met pas en pratique, sera comparé à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable et la pluie est tombée, et les torrents sont venus, et les vents ont soufflé et ont battu cette maison, et elle est tombée, et sa chute a été grande. (Matthieu 7:24-27)

Jésus est le rocher, la Parole de Dieu qu’on peut lire dans la Bible. Si cette Parole demeure dans notre cœur, elle surmontera tous les obstacles de la vie (maladie, catastrophe naturelle, guerre, etc.) – Dieu donnera la grâce, la force, et la foi nécessaire pour traverser ces épreuves !

Parce que tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde (même le COVID-19) ; et c’est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi.

Si j’ai un message important à donner ici, il serait celui-ci : Ne mettez pas votre entière confiance dans les hommes (politiques ou scientifiques), mais dans le Seigneur qui Lui seul sera vous garder durant ces moments difficiles.

Dans Sa Parole Il dit : Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est aisé et mon fardeau est léger. (Matthieu 11:28-30)

Quant à l’espérance, c’est une bonne chose ; c’est le point de départ d’une vraie foi qui dit : oui, je crois en Dieu !

Bien sûr, après, il faut nourrir cette foi pour qu’elle grandisse et devienne un arbre puissant, capable de résister à n’importe quelle tempête de la vie !

Je voudrais terminer par cette note positive de la Bible :

Au contraire, dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Car je suis assuré que ni mort, ni vie, ni anges, ni principautés, ni choses présentes, ni choses à venir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune autre créature, ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur. (Romains 8:38,39)

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