Retrouverons-nous nos animaux de compagnie au Paradis ?

Dieu créa l’Homme à son image… juste l’Homme.

Dans la Genèse, Dieu crée l’Homme en dernier, le sixième jour.

Malgré cette apparition tardive, seul l’humain est fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, car il n’y a que dans l’Homme que Dieu place son souffle.

Il y a donc une différence de nature profonde, en philosophie, on parle de différence ontologique, entre l’animal et l’Homme. Ce dernier est le seul être capable de liberté, de raisonner et de prier.

C’est cette différence qui fait dire à la tradition chrétienne que la résurrection ne concerne que l’être humain.

Rien, dans la nature du chien ou du chat ne mène automatiquement à la résurrection, car si les animaux sont dotés d’un principe de vie qui les fait se mouvoir, ils n’ont pas d’âme immortelle.

Ainsi pour Saint Thomas d’Aquin :

… dans les animaux ne se trouve aucun désir d’éternité, mais ils sont éternels comme espèce, dans la mesure où se trouve en eux un désir de reproduction grâce auquel l’espèce continue d’exister ». (‘De l’immortalité des animaux’  – Eugen Drewermann – Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, II, 82)

Une nouvelle terre et des nouveaux cieux vides ?

Pour autant, on imagine mal la nouvelle création et les cieux nouveaux tant attendus vides de toute présence autre que les hommes et les anges. Car c’est bien, toute la Création qui gémit dans les douleurs de l’enfantement. Il est donc tout à fait permis d’imaginer que le Royaume sera peuplé d’animaux.

À noter également que la vision de l’existence post-résurrectionnelle dans le christianisme, envisage une vie éternelle fort semblable à celle que nous connaissons, en tout cas dans le même corps, mais débarrassée de toute trace de mort, de chagrin, de douleur…

En somme, une vie dans la continuité et l’accomplissement. Il n’est pas interdit de penser que dans cette vie-là, l’animal qui nous a accompagné une longue partie de notre vie, le compagnon pour lequel nous avions un si grand amour, soit bel et bien là.

Non par nature ou obligation ontologique, mais comme grâce et cadeau de Dieu qui ne rechigne jamais à rajouter du miracle au miracle !

Un roi en communion avec son royaume

Enfin, il faut signaler que si Dieu a fait de l’Homme, le roi de la Création, il ne s’agit pas d’être un roi despotique.

En cela comme en bien d’autres choses, le christianisme propose une vision radicalement différente de celle toute moderne issue de Descartes.

Alors que la tradition philosophique voit dans l’animal un objet à la libre disposition et exploitation de l’homme, la tradition chrétienne lui donne la plus grande dignité.

Comme le rappelle l’encyclique Laudato Si’ : en même temps que nous pouvons faire un usage responsable des choses, nous sommes appelés à reconnaître que les autres êtres vivants ont une valeur propre devant Dieu et par leur simple existence ils le bénissent et lui rendent gloire, puisque le Seigneur se réjouit en ses œuvres  (Psaume 104, 31) (Laudato Si n°69)

***

Est-ce mal de trop aimer son animal de compagnie ?

Quand un amour excessif peut cacher un profond mal-être.

Est-ce mal de trop aimer un animal ? On pourrait trancher sur cette question, simplement, en répondant non.

Néanmoins, du point de vue moral, la question n’est pas tout à fait correctement formulée.

Il ne s’agit pas tant de se questionner pour savoir si l’on aime excessivement un animal, mais plutôt de se demander si nous ne serions pas face à un substitut. Une forme d’attachement qui comblerait les personnes en carence d’amour.

Il est bien difficile d’apposer des règles générales.

D’un côté extrême, nous pourrions placer l’amour d’un aveugle envers son chien-guide, qui représente une aide considérable et surtout inestimable.

Dans l’autre extrême, il y aurait cette fameuse actrice, véritable sex symbol des années 60 et 70, qui de nos jours vit entourée de chiens et déclare être profondément déçue par les hommes.

Son attitude serait-elle la conséquence d’un orgueil blessé ?

Ne pas se détourner de l’amour humain nécessaire à l’homme

L’amitié (l’amitié particulière entre époux et entre parents et enfants) existe et se donne d’une façon propre aux personnes humaines.

Même lorsqu’il a des réactions semblables à celles des hommes, un animal ne peut correspondre pleinement.

Voilà pourquoi, le Catéchisme de l’Église catholique affirme que l’on peut aimer les animaux ; on ne saurait détourner vers eux l’affection due aux seules personnes.       (nº 2418)

Le fait de dissimuler le manque d’affection en le remplaçant par l’affection d’un animal de compagnie appauvrit la vie humaine.

Parfois, il peut nous arriver de croiser une dame dans la rue, portant dans ses bras un petit chien, tel un petit enfant.

Au fond et en vérité, cela fait de la peine et nous afflige, car c’est un exemple visible de solitude.

Ne pas confondre amour et besoin possessif

D’autant plus que si l’on pouvait comparer cette affection avec celle que l’on peut ressentir envers les personnes humaines, elle serait entièrement déformée, puisqu’il s’agit d’un amour possessif.

En soi, cela n’est pas mauvais avec un animal – car il est, effectivement, en notre possession – mais cela est inapproprié et complètement égoïste avec une personne.

En guise d’objection, on pourra dire que certaines solitudes ne sont pas choisies.

Prenons par exemple, le cas d’une veuve à qui ses enfants ne prêtent aucunement attention. Il est bien sûr logique et évident qu’elle soit à la recherche d’une fidèle compagnie au moyen d’un animal domestique.

Seulement, c’est une chose de n’avoir aucune autre solution en main et une autre, de se conformer uniquement à cela.

Il ne faut pas s’enfermer physiquement et affectivement avec ses animaux, adorables soient-ils.

Dans tel cas, on ne saurait que trop encourager à rechercher de belles amitiés, sans délaisser ses animaux.

La Genèse l’affirmait déjà : Il n’est pas bon que l’homme soit seul.

(Genèse 2,18)

***

 

 

Plus dans la section

Sois un ami

Related Post