L’influence du christianisme (2ème partie)

(Les différents points de cet article sont tirés du livre d’Alvin J. Schmidt, « How Christianity Changed the World. »[1]
Dans cet article nous nous pencherons sur les profonds changements apportés par le christianisme à la condition et à la dignité de la femme.
Dans la Rome Antique, les femmes étaient soumises à la patria potestas, terme latin qui signifie la puissance paternelle, qui donnait au paterfamilias (le chef de famille masculin) une autorité absolue sur ses enfants, même adultes.
Les femmes mariées restaient sous l’autorité de leur père à moins que le mariage ne soit un mariage manus, ce qui signifie que la femme cessait d’être sous l’autorité de son père pour passer sous celle de son mari.
C’est ainsi qu’un mari pouvait châtier physiquement sa femme en toute légalité. Si elle se rendait coupable d’adultère, il avait le droit de la tuer ; si elle commettait une autre faute grave, le mari était généralement tenu d’obtenir le consentement de sa famille élargie pour la tuer.
La manus donnait à l’homme une autorité totale sur sa femme, si bien qu’elle avait le même statut juridique qu’une fille adoptive.
Les femmes n’avaient pas le droit de s’exprimer en public.
Tous les lieux d’autorité, comme les conseils municipaux, le Sénat et les tribunaux n’étaient accessibles qu’aux hommes.
Si les femmes avaient des questions d’ordre juridique ou des plaintes à formuler, elles devaient les transmettre à leurs maris ou à leurs pères qui porteraient l’affaire devant les autorités compétentes au nom de la femme, puisque les femmes n’avaient pas voix au chapitre sur ces questions.
En général, les femmes étaient tenues en piètre estime.
Dans la culture juive, durant toute l’époque rabbinique (de 400 av. J.-C. à 300 après J.-C.), il existait aussi une forte discrimination envers les femmes.
Elles n’avaient pas le droit de témoigner dans un tribunal, car elles étaient considérées comme des témoins peu fiables. De même, il leur était interdit de prendre la parole en public. Elles n’avaient pas le droit de lire la Torah à haute voix dans la synagogue.
Un enseignement rabbinique prétendait qu’il était « honteux » d’entendre une femme parler en public devant des hommes.[2]
Le service religieux dans la synagogue était dirigé par des hommes. Les femmes présentes étaient séparées des hommes par une partition.
Certaines femmes juives étaient confinées chez elles et n’approchaient même pas la porte extérieure de leur maison.
Les jeunes femmes restaient dans les parties de la maison réservées aux femmes pour éviter d’être vues par des hommes, et lorsqu’elles avaient des visiteurs (d’autres femmes), elles les recevaient uniquement dans ces parties de la maison.
Les femmes mariées vivant dans les zones rurales avaient un peu plus de liberté de mouvement, du fait qu’elles aidaient leurs maris aux travaux des champs.
Toutefois, on considérait qu’il était inapproprié pour les femmes de travailler ou de voyager seules.
Tout revenu qu’une femme mariée était susceptible de recevoir, y compris un héritage, appartenait à son mari.
Dans les Évangiles, nous découvrons que Jésus avait envers les femmes une attitude très différente de celle qui prévalait à l’époque, une attitude qui élevait leur statut.
Par ses enseignements et ses actes, il rejetait la croyance et les pratiques communes selon lesquelles les femmes étaient inférieures aux hommes.
On en voit un exemple dans sa rencontre avec la Samaritaine, rapportée dans l’évangile de Jean.
A cette époque, les Juifs n’entretenaient aucun rapport avec les Samaritains, mais cela n’a pas empêché Jésus de lui demander à boire de l’eau du puits. Elle fut surprise et se demanda pourquoi Il lui demandait de Lui donner à boire, étant donné que les Juifs évitaient toutes relations avec les Samaritains.[3]
Non seulement Jésus ne tenait pas compte du fait qu’elle était Samaritaine, mais en plus Il parlait avec une femme en public, ce qui contrevenait à la loi orale (ces lois religieuses juives qui ne faisaient pas partie des lois originelles de Moïse mais qui furent ajoutées au cours des siècles) : Celui qui parle avec une femme [en public] fait venir le mal sur lui-même.[4]
Un enseignement rabbinique similaire prétendait qu’un homme n’est pas censé converser avec une femme sur la place du marché. [5]
Les évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc rapportent tous que des femmes suivaient Jésus, ce qui pour l’époque était très inhabituel ; en effet, les autres enseignants et rabbins juifs n’avaient pas de disciples féminins.
Il était accompagné des Douze et de quelques femmes qu’il avait délivrées de mauvais esprits et guéries de diverses maladies : Marie, appelée Marie de Magdala, dont il avait chassé sept démons, Jeanne, la femme de Chuza, administrateur d’Hérode, Suzanne et plusieurs autres. Elles assistaient Jésus et ses disciples de leurs biens.[6]
[Lorsqu’Il fut crucifié] Il y avait aussi là quelques femmes qui regardaient de loin. Parmi elles, Marie de Magdala, Marie la mère de Jacques le Jeune et de Joses, ainsi que Salomé. Quand il était en Galilée, c’étaient-elles qui l’avaient suivi en étant à son service. Il y avait aussi beaucoup d’autres femmes qui étaient montées avec lui à Jérusalem.[7]
Après sa résurrection, Jésus est d’abord apparu à plusieurs femmes auxquelles Il a dit d’annoncer aux autres disciples qu’Il était ressuscité.
Après le sabbat, comme le jour commençait à poindre le dimanche matin, Marie de Magdala et l’autre Marie se mirent en chemin pour aller voir la tombe … Mais l’ange, s’adressant aux femmes, leur dit : « Vous autres, n’ayez pas peur ; je sais que vous cherchez Jésus, celui qui a été crucifié. Il n’est plus ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. » … Et voici que, tout à coup, Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Salut à vous. » Elles s’approchèrent de lui, lui embrassèrent les pieds et l’adorèrent. Alors Jésus leur dit : « N’ayez aucune crainte ! Allez dire à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »[8]
L’Église primitive a suivi l’exemple de Jésus, en ne tenant pas compte des normes culturelles de l’époque sur les femmes.
Les femmes jouaient un rôle important dans l’Église, comme en témoignent les épîtres de Paul où il nous dit qu’elles accueillaient des églises chez elles.
Dans la lettre à Philémon, il s’adresse à Appia notre sœur, Archippe notre compagnon d’armes, et l’Eglise qui s’assemble dans ta maison.[9] Nympha avait une église chez elle à Laodicée.[10] Il appelait Prisca et son mari Aquila, qui avaient une église chez eux, mes chers collaborateurs dans l’œuvre du Christ Jésus.[11]
Dans l’épitre aux Romains, Paul écrivait : Je vous recommande notre sœur Phœbé, diacre de l’Eglise de Cenchrées.[12]
Le mot grec traduit par serviteur est diakonos, qui est parfois traduit dans les Epîtres par diacre et parfois par ministre ou serviteur.
Dans les épîtres, Paul se désigne lui-même comme diakonos à de nombreuses reprises. C’est de cette Bonne Nouvelle que je suis devenu le serviteur : tel est le don que Dieu m’a accordé dans sa grâce. [13]
Paul emploie le même mot grec diakonos pour désigner ses collaborateurs et ses co-responsables. Il disait de Tychique qu’il était un serviteur fidèle dans la communion avec le Christ[14] et parlait d’Epaphras comme d’un fidèle serviteur du Christ auprès de vous.[15] Ainsi, lorsqu’il faisait l’éloge de Phoebe en tant que diakonos de l’église, il semble bien que Paul reconnaissait qu’elle était diacre ou ministre au sein de l’église.
Paul a enseigné que chez les chrétiens, Il n’y a donc plus de différence entre les Juifs et les non-Juifs, entre les esclaves et les hommes libres, entre les hommes et les femmes. Unis à Jésus-Christ, vous êtes tous un.[16]
Jésus, Paul et l’église primitive ont lutté contre la tradition et la coutume qui consistaient à garder les femmes isolées, silencieuses, soumises et séparées des hommes dans le culte.
Le message de salut de Jésus trouvait forcément un écho auprès des femmes de l’Église primitive, à tel point que les historiens de l’Église primitive soutiennent que les femmes étaient généralement plus actives dans l’Église que les hommes. C’est ainsi qu’au IVe siècle Saint Chrysostome disait :
Les femmes de cette époque [de l’église apostolique primitive] étaient plus enthousiastes que les hommes.
L’historien W.E.E.H. Lecky a écrit :
Durant les périodes de persécution, les figures féminines sont la plupart du temps aux premières places et aux premiers rangs des martyrs.[17]
L’historien de l’église et théologien allemand Leopold Zscharnack, a écrit:
La chrétienté ne doit pas oublier pas que c’est surtout le sexe féminin qui, pour une large part, a été l’artisan de sa croissance rapide. C’est le zèle évangélique des femmes dans les premières années de l’Église, et plus tard, qui a gagné les faibles et les puissants.[18]
Aux premiers siècles de notre ère, comme les femmes étaient plus nombreuses que les hommes au sein de l’église, certaines épousaient des incroyants. Lorsqu’elles le faisaient, l’écrasante majorité des enfants issus de ces « mariages mixtes » étaient élevés dans l’église.[19]
Durant les 150 premières années du christianisme, les femmes étaient très respectées au sein de l’Église et elles y tenaient une place importante. Malheureusement, par la suite, certains dirigeants de l’Église commencèrent à retourner aux anciennes pratiques et attitudes des Romains à l’égard des femmes, et, petit à petit, les femmes furent exclues des postes de responsabilité au sein de l’Église. Au cours des trois siècles suivants, des dirigeants de l’Eglise incorporèrent dans la doctrine générale du christianisme des points de vue accréditant l’idée de l’infériorité des femmes.
Clément d’Alexandrie (vers 150-215) enseignait que toute femme devrait être accablée de honte à la pensée qu’elle est femme. [20]
Tertullien (mort en 220) a écrit :
[Eve] tu es la porte du diable… Tu as si facilement brisé l’image vivante de Dieu, l’homme. A cause de ce que tu méritais, c’est-à-dire la mort, le Fils de Dieu lui-même a dû mourir.[21]
Cyrille, évêque de Jérusalem (mort en 386), soutenait que les femmes devaient seulement bouger les lèvres quand elles priaient dans l’église. Il écrivit :
Qu’elle prie, que ses lèvres bougent, mais que sa voix ne se fasse pas entendre.[22]
Ces mentalités étaient à la fois désastreuses et néfastes.
Malgré ces mentalités déplorables à l’égard des femmes, celles-ci étaient encore à bien des égards sur un pied d’égalité avec les hommes au sein de l’Église pendant tout cette période.
Par exemple, les femmes recevaient la même instruction que les hommes lorsqu’elles devenaient membres de l’église, elles étaient baptisées de la même manière que les hommes, elles participaient à la communion comme les hommes, et elles priaient et se tenaient à côté des hommes dans les mêmes lieux de culte.[23]
Bien qu’il y ait eu des divergences avec ce qu’enseignait le Nouveau Testament au fil des siècles, il y eut aussi des changements juridiques majeurs et bénéfiques concernant les femmes sur l’ensemble du territoire de l’Empire romain.
Un demi-siècle après que le christianisme fut officiellement reconnu, l’empereur Valentinien Ier abrogea la patria potestas vieille de mille ans en 374 de notre ère, de sorte que le paterfamilias n’avait plus l’autorité absolue sur sa femme ou ses enfants.
Les femmes se virent accorder essentiellement les mêmes droits que les hommes en ce qui concerne la propriété de leurs biens… Elles eurent également le droit de tutelle sur leurs enfants, lesquels étaient auparavant la propriété exclusive des hommes.[24]
Cela signifiait aussi que les femmes pouvaient choisir qui elles épousaient, au lieu que ce soit leur pères qui choisissent leur mari, comme c’était le cas depuis l’Antiquité.
Cela leur permit également de se marier plus tard.
Grâce aux enseignements de Paul, les maris commencèrent à considérer leurs femmes comme des partenaires, spirituellement et pratiquement.
Aujourd’hui, dans le monde occidental, une femme n’est plus obligée d’épouser quelqu’un contre son gré, et une fille n’est plus obligée de se marier alors qu’elle est encore toute jeune –comme c’est toujours le cas dans certains pays.
A l’époque de Jésus, et même avant, de nombreuses sociétés de l’Antiquité, en particulier au Moyen-Orient, pratiquaient la polygynie (un homme pouvait être marié à plusieurs femmes en même temps). La plupart des patriarches et des rois juifs comme Abraham, Jacob, David, Salomon, et d’autres avaient plusieurs épouses. Bien que Jésus soit entré dans un monde qui acceptait la polygynie, lorsqu’il parlait du mariage, c’était invariablement dans le contexte de la monogamie.
C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront plus qu’un.[25]
Vraiment, je vous l’assure, si quelqu’un quitte, à cause du royaume de Dieu, sa maison, sa femme, ses frères, ses parents…[26]
Saint Paul semble apporter son soutien au concept de monogamie lorsqu’il écrit qu’un responsable ne devrait être le mari que d’une seule femme.
Il faut toutefois que le dirigeant soit un homme irréprochable : mari fidèle à sa femme.[27]
La phrase « mari fidèle à sa femme » a été traduite du grec littéral « mari d’une seule femme » Bien qu’il existe d’autres interprétations possibles de ce que Paul a écrit, historiquement la compréhension penche du côté de la monogamie dans le mariage.
Un certain nombre de Pères de l’Église primitive aux deuxième et troisième siècles se sont prononcés contre le mariage polygame.
Lorsque le Nouveau Testament parle du mariage, il est entendu qu’il s’agit d’un mariage monogame. La vision chrétienne du mariage comme relation monogame a profondément influencé les lois de la société occidentale.
Dans les évangiles, nous voyons que Jésus avait de la compassion pour les veuves.
Il ressuscite d’entre les morts le fils d’une veuve[28], accuse les pharisiens de profiter financièrement des veuves[29], et rend hommage à la pauvre veuve qui venait de mettre deux petites pièces dans le tronc du temple.[30] Dans une lettre à Timothée, L’apôtre Paul ordonna à l’Eglise d’Ephèse d’honorer les mères devenues veuves, et dans l’Epître de Jacques, nous lisons:
La religion authentique et pure aux yeux de Dieu, le Père, consiste à aider les orphelins et les veuves dans leurs détresses et à ne pas se laisser corrompre par ce monde.[31]
Au début du IIe siècle, Ignace, évêque d’Antioche, écrivait :
Ne néglige pas les veuves : après le Seigneur, c’est toi qui dois te soucier d’elles et les protéger.[32]
Plus tard, des veuves furent souvent choisies pour être diaconesses dans l’église.
La vie de Jésus, sa mort, sa résurrection et le salut offert à ceux qui croient en Lui ont fait une différence monumentale dans d’innombrables vies au cours des siècles.
Son exemple et son enseignement ont amené ses disciples et l’Église primitive à accorder un plus haut niveau de dignité, de liberté et de droits aux femmes.
C’est pour cette raison que les femmes d’aujourd’hui vivant dans les pays qui ont été influencés par le christianisme ont, pour la plupart, plus de liberté, d’opportunités et de valeur humaine que dans les pays qui n’ont pas subi cette influence.
[1] Alvin J. Schmidt, How Christianity Changed the World [Comment le christianisme a transformé le monde] (Grand Rapids: Zondervan, 2004).
[2] Berakhoth 24a.
[3] Jean 4.7–9.
[4] Aboth 1.5.
[5] Berakhoth 43b.
[6] Luc 8.2–3.
[7] Marc 15.40–41.
[8] Matthieu 28.1, 5–6, 9–10.
[9] Philémon 1.1–2.
[10] Colossiens 4.15.
[11] Romains 16.3. Voir aussi 1 Corinthiens 16.19.
[12] Romains 16.1.
[13] Ephésiens 3.7.
[14] Ephésiens 6.21.
[15] Colossiens 1.7.
[16] Galates 3.28.
[17] W. E. H. Lecky, History of European Morals: From Augustus to Charlemagne : [Histoire de la morale européenne : d’Auguste à Charlemagne] (New York: D. Appleton, 1927), 73.
[18] Leopold Zscharnack, Der Dienst der Frau in den ersten Jabrhunderten der christlich Kirche [Le ministère des femmes dans l’Eglise chrétienne des premiers siècles] (Gottingen: n.p., 1902), 19.
[19] Rodney Stark, The Rise of Christianity: A Sociologist Reconsiders History [L’Essor du christianisme : un sociologue réexamine l’histoire] (Princeton: Princeton University Press, 1996), 127.
[20] Le pédagogue 3.11.
[21] Sur le vêtement des femmes 1.1.
[22] Pro-catéchèse 14.
[23] Schmidt, How Christianity Changed the World,[Comment le christianisme a transformé le monde] 110.
[24] William C. Morey, Outlines of Roman Law [Un aperçu du droit romain] (New York: G. P. Putnam’s Sons, 1894), 150–151.
[25] Matthieu 19.5.
[26] Luc 18.29.
[27] 1 Timothée 3.2.
[28] Luc 7.11–15.
[29] Marc 12.40.
[30] Luc 21.2–3.
[31] Jacques 1.27.
[32] Ignace, Lettre d’Ignace à Polycarpe, dans Les Pères anténicéens, Volume 1:94.
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