DANIEL LE PROPHÈTE

Chapitre 11 (Suite)
Verset 15: Scopas battit en retraite et se replia sur Sidon avec ce qu’il restait de son armée. Il y fut assiégé par Antiochos.
Les armées envoyées à sa rescousse par Ptolémée, sous la conduite de ses meilleurs généraux, furent, elles aussi, battues, et Scopas fut contraint de capituler.
Il quitta la Coelé-Syrie et la Judée avec le reste de son armée. À la suite de cette défaite, les Ptolémées n’exercèrent plus jamais leur domination sur cette région.
Verset 16: C’est ainsi qu’Antiochos III se retrouva roi du Pays Magnifique. Bien qu’il ait été accueilli favorablement par les Juifs et qu’en retour, il les ait traités avec une certaine bienveillance, il reste que le pays avait été dévasté par ces invasions successives et la guerre.
Verset 17: Antiochos conclut avec Ptolémée un traité de paix très avantageux pour ses intérêts ; aux termes de cet accord, il donna sa fille Cléopâtre en mariage à Ptolémée. (Il ne s’agit pas de la célèbre Cléopâtre VII qui régna plus tard sur l’Égypte et qui fut l’épouse de Jules César, puis de Marc-Antoine.)
L’Égypte, ainsi affaiblie, devint ni plus ni moins qu’un protectorat Séleucide. Toutefois, par la suite, Cléopâtre devait se ranger du côté de son mari contre son père.
Versets 18–19: Antiochos s’intéressa ensuite aux possessions des Ptolémées bordant le littoral de l’Asie mineure et, dès 195 avant J.-C., ces territoires tombèrent en sa possession.
Puis il traversa le Bosphore pour parvenir en Thrace, une contrée située au nord de la Grèce.
Grâce à cette manœuvre, il s’attendait à ce que les cités-états grecques s’allient à lui contre Rome, qui avait étendu inexorablement son influence en direction de l’est.
Mais seules les cités de la Ligue du sud de la Grèce s’allièrent à lui, tandis que les autres se rangèrent du côté des Romains.
Les Romains exigèrent qu’il libère tous les territoires qu’il avait conquis en Asie mineure, ce qu’il refusa de faire.
Après sa défaite à la bataille des Thermopyles, il prit la fuite avec le reste de son armée et se replia en Asie, dans ce qui est la Turquie actuelle.
À sa grande surprise, les Romains le poursuivirent. C’était la première fois qu’ils pénétraient en Asie.
Ils livrèrent une bataille décisive à Magnésie, au cours de laquelle Hannibal, le célèbre stratège Carthaginois, conseilla Antiochos ; bien que l’armée d’Antiochos fût deux fois plus nombreuse que celle des Romains, elle fut anéantie au cours de la bataille.
Antiochos prit la fuite, et par le Traité d’Apamée, il perdit toutes ses possessions situées à l’ouest des monts Taurus, au centre de la Turquie.
Il fut également contraint de payer un tribut de 15 000 talents, échelonnés sur une période de douze ans, de livrer sa flotte de guerre et ses éléphants, et d’envoyer des otages à Rome, dont son fils, Antiochos Épiphane.
Il se retira donc dans ses terres, où l’on raconte qu’une foule en colère le tua, ainsi qu’un détachement de ses soldats, alors qu’ils tentaient de faire main basse sur le trésor d’un temple païen.
Verset 20: Séleucos IV Philopator hérita de la couronne et passa la plus grande partie de son règne à payer le tribut dû aux Romains.
Alors que son père avait accordé un traitement de faveur aux Juifs, Philopator n’hésita pas à piller le temple de Jérusalem, dans sa quête d’argent.
Avant d’être assassiné, il négocia la libération de son frère, qui était retenu en otage à Rome, en échange de son propre fils, Démétrios.
Verset 21: Son successeur sur le trône séleucide fut Antiochos Épiphane.
Il rentrait chez lui de Rome lorsqu’il apprit la mort de son frère et que l’usurpateur Héliodore était monté sur le trône.
Aidé par des amis de son frère, Antiochos renversa l’usurpateur, mais au lieu de remettre la couronne à son neveu, qui était le successeur légitime, il le laissa croupir à Rome et monta à sa place sur le trône.
Une bonne partie des versets suivants peuvent s’appliquer à la personne ou aux actes d’Antiochos Épiphane, ou « Epimane » (le Fou), comme l’appelaient ses détracteurs.
Aux yeux des Juifs, c’était assurément un vil personnage.
Il mit Jérusalem à sac par deux fois, il fit périr des dizaines de milliers de Juifs, il leur interdit d’adorer Jéhovah, et on raconte même qu’il aurait ordonné d’égorger un porc dans le Saint des Saints, profanant ainsi le temple, et qu’il fit ériger un autel à Zeus Olympien dans l’enceinte même du temple.
Son règne cruel et tyrannique provoqua la rébellion des Maccabées, qui déboucha pendant quelque temps sur l’indépendance temporaire de la Judée.
Il poursuivit aussi la guerre avec l’Égypte, au cours de laquelle il captura plusieurs villes importantes ainsi que le roi Ptolémée VI.
En fait, la capitale, Alexandrie, fut la seule partie importante du territoire égyptien qui ne tomba pas entre ses mains.
Il fit semblant de se présenter comme le protecteur et le bienfaiteur de l’Égypte, tout en pillant tout ce qui pouvait lui tomber sous la main.
Il envahit l’Égypte à plusieurs reprises, et c’est finalement la menace d’une intervention romaine qui l’obligea à se retirer pour de bon.
Toutefois, s’il est vrai qu’à partir du verset 21, on pourrait appliquer une grande partie de ce qui suit à Antiochos Épiphane, certains éléments ne peuvent absolument pas s’appliquer à lui.
Par exemple, Antiochos ne survint pas en temps de paix et ne s’empara pas du trône par des flatteries.
Au contraire, il fit assassiner l’usurpateur, et assura d’abord la régence au nom d’un autre de ses neveux, qu’il fit assassiner quelques années plus tard, pour prendre sa place sur le trône.
Et il ne partagea le produit de ses pillages et le butin de ses campagnes avec personne d’autre que lui–même.
Il devint aussi le maître de Chypre, après que sa flotte l’eut capturé, donc il est peu vraisemblable que les navires de Kittim soient venus lui livrer bataille.
La nature de l’Alliance Sainte reste à ce jour un mystère, et si un tel prince de l’alliance a effectivement existé durant le règne d’Antiochos, son identité demeure également un mystère.
Mais le coup de grâce donné à l’interprétation qui voudrait qu’Antiochos Épiphane soit cet homme, est porté par Jésus Lui-même, lorsqu’il dit très clairement dans son discours sur la fin des temps :
« Quand donc vous verrez l’abominable profanation, annoncée par le prophète Daniel, s’établir dans le lieu saint » (Matthieu 24:15), et qu’Il en parle comme d’un événement futur et non pas passé ; il est donc impossible que cette prédiction ait pu s’appliquer à Antiochos Épiphane.
Donc, même s’il fut certainement un archétype ou un précurseur du « Roi du Nord », tel qu’il est décrit dans ce passage, il nous faut rechercher l’identité de ce roi ailleurs.
Que nous apprend le reste de ce chapitre sur ce roi ?
Il est méprisable, il use de moyens pacifiques et d’intrigues pour s’emparer “du trône”, il est engagé dans au moins cinq guerres, il est rusé, il s’empare du pouvoir avec une poignée d’hommes, il partage le butin avec ses partisans, il agit contre la Sainte Alliance, il profane le temple juif (le sanctuaire), il interdit les rites religieux des Juifs (le sacrifice perpétuel), et installe « l’abominable profanation »
Il corrompt le peuple, il s’en prend à ceux qui croient en Dieu, il se prétend plus grand que Dieu et profère des blasphèmes contre Lui.
Il vénère un étrange dieu des forteresses et n’a que peu de considération pour les femmes.
Il pénètre dans le Pays de Beauté (Israël) ; il dresse ses tentes royales entre les mers et la magnifique montagne sainte, où la mort finit par le surprendre.
Où avons-nous déjà lu le récit de certains de ces événements ? Aux chapitres 7, 8, et 9. Et comme nous l’avons appris à la lecture de ces chapitres, le personnage dont il est question ici est l’antéchrist.
Au chapitre 7, nous apprenons qu’il profère des insultes contre Dieu, qu’il persécute les saints et qu’il soumet plusieurs rois.
Au chapitre 8, nous apprenons qu’il pénètre dans le Pays de Beauté, qu’il attaque le peuple de Dieu, s’élève au rang de Dieu, interdit le sacrifice perpétuel, a un visage arrogant, est expert en intrigues et ourdit de sinistres complots.
Au chapitre 9, nous découvrons qu’il confirme un traité, avant de le rompre, qu’il fait cesser le sacrifice perpétuel et l’offrande, et qu’il décrète une terrible destruction, au moyen d’une mystérieuse abomination ; et cela dure jusqu’à ce que la destruction qui a été décrétée s’abatte sur le dévastateur.
Même si ce chapitre nous fournit de nouvelles indications, il contient suffisamment de détails sur le comportement et les actes de ce Roi du Nord, qui répètent et confirment ce que nous avons appris sur l’antéchrist, dans les chapitres précédents, pour que nous puissions avancer que le Roi du Nord dont il est question au verset 21 et aux suivants est bien le futur antéchrist.
À partir d’ici, il nous est impossible de relater d’un point de vue historique ce que fait le Roi du Nord, ce personnage méprisable, qui n’a pas reçu la dignité royale, pour la bonne raison que, pour l’instant, tout ceci a lieu dans le futur ;  mais nous pouvons nous faire une idée générale de ses activités.
Versets 21–22: Un des aspects les plus marquants de son règne, c’est qu’il est impliqué dans de nombreuses guerres.
Tout d’abord, il donne l’impression qu’il est disposé à œuvrer en faveur de la paix, juste avant de s’emparer du royaume par ce que l’on pourrait qualifier de coup d’état, politique ou militaire ; ou alors, il profite d’une crise grave, peut-être économique, pour prendre le contrôle de la situation.
Ensuite, il élimine ses opposants, y compris « le chef du peuple de l’alliance », à la faveur d’une invasion armée.
Certains interprètent le verset 22, en disant qu’il faut lire « il est aussi le chef [ou le prince] de l’alliance »
Au chapitre 9 du livre de Daniel, nous apprenons que l’antéchrist « conclura une alliance »
Donc, si l’antéchrist est l’artisan de l’alliance, il y a tout lieu de penser qu’il en est le chef ou le principal garant. Nous connaîtrons la réponse à ces questions lorsque l’alliance sera confirmée, puis rompue.
Verset 23: Au chapitre 9, nous lisons que l’antéchrist conclut une alliance de sept ans qu’il va rompre au bout de trois ans et demi, et ce verset 23 du chapitre 11 nous apprend qu’après avoir conclu un traité, lequel est vraisemblablement l’alliance dont il est question au chapitre 9, il en profitera pour agir avec ruse.
Il se peut qu’à ce moment-là, il soit déjà en train de saper l’alliance ou d’user de duplicité pour cacher ses véritables intentions.
Et il semble qu’il accomplit tout cela avec l’aide d’une « poignée d’hommes » ou d’un « petit nombre de partisans », termes qui traduisent l’hébreu « me` at »
Cela pourrait vouloir dire que l’antéchrist arrive au pouvoir grâce à sa popularité auprès des petites gens, des masses qui ont été séduites par sa politique économique, ou bien qu’il y parvient à l’aide d’un petit groupe restreint d’initiés.
Verset 24: Cela ressemble à la description d’une invasion qui ne rencontre aucune résistance et à l’issue de laquelle il distribue le butin entre ses partisans – ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait jamais fait – et pendant un certain temps, il envisage même d’attaquer des forteresses.
Versets 25–27: Puis, aux derniers jours, un Roi du Midi rassemble son armée pour lui livrer bataille.
Pour l’heure, nous ne connaissons pas l’identité de ce Roi du Sud. Mais rien ne nous empêche d’émettre des hypothèses.
Le Roi du Sud est à la tête d’une immense armée, donc c’est, de toute évidence, un personnage très puissant.
Logiquement, on peut penser que le Royaume du Sud est situé géographiquement au sud du Royaume du Nord, mais il se peut que cette terminologie indique l’endroit où ses armées sont déployées, plutôt que son lieu d’origine.
À l’époque de la Guerre Froide, beaucoup de gens pensaient que ce verset décrivait le conflit opposant l’Union soviétique aux États-Unis.
Ces deux superpuissances avaient des visées stratégiques et politiques sur le Moyen-Orient – sans compter qu’elles espéraient pouvoir contrôler la production d’hydrocarbures de cette région du monde.
[À suivre]
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