DANIEL LE PROPHÈTE

Chapitre 11 A

LE ROI DU NORD

Dans ce chapitre, le messager céleste commence à révéler à Daniel des événements qui vont affecter les Juifs, la nation de Daniel et ses frères de sang, et plus tard les chrétiens, qui seront les frères spirituels de Daniel.
Avant de continuer, il convient de signaler que les informations contenues dans ce passage furent transmises à Daniel et consignées par ses soins, plusieurs années avant que les événements relatés dans les 20 premiers versets ne soient survenus.
Les prédictions de ces versets se sont réalisées dans les moindres détails. Ce qui nous donne de bonnes raisons de croire le reste du chapitre qui ne s’est pas encore réalisé.
Bien que nous n’ayons pas procédé de cette façon jusqu’à maintenant, dans ce chapitre, et ce dès le 2ème verset, nous préciserons à quel passage ou à quel verset notre commentaire se réfère.
Versets 2–4: L’ange révèle à Daniel que le quatrième roi de l’empire perse amassera plus de richesses que tous ceux qui l’avaient précédé, et qu’il attaquera la Grèce avec toute la puissance de son royaume.
Cette prédiction se réalisa lorsque Xerxès marcha sur la Grèce en 480 avant J.-C. Ses sapeurs construisirent deux ponts flottants pour relier les deux rives du détroit qu’on appelle aujourd’hui les Dardanelles, et permettre ainsi à ses armées de le franchir.
Son père, Darius, avait employé la même tactique, mais sa tentative d’invasion avait échoué à la bataille cruciale de Marathon, dix ans plus tôt.
Xerxès ne ferait pas beaucoup mieux. Après avoir vaincu la résistance acharnée des Spartiates, au défilé des Thermopyles, Xerxès ordonna le sac de l’antique cité d’Athènes.
Mais peu après, la flotte de guerre des Grecs fit subir une lourde défaite à sa marine, à la bataille de Salamine.
Ce revers mit en danger ses lignes de communications et ses voies de ravitaillement, ce qui l’obligea à opérer une retraite et à rentrer en Perse.
L’année suivante, une importante armée perse, qui avait pris ses quartiers d’hiver en Grèce, fut mise en déroute par une coalition des cités-états grecques, à la bataille de Platées.
Les invasions perses suscitèrent des appels à la vengeance dans les cités-états grecques, appels qui furent entendus quelques 150 ans plus tard, lorsque les Macédoniens, sous la conduite d’Alexandre, lancèrent l’invasion et la conquête de la Perse.
L’argument principal, invoqué pour justifier l’agression d’Alexandre, étant qu’il fallait venger la profanation passée de la patrie grecque.
Nous savons qu’Alexandre est mort jeune, et que son royaume fut divisé aux quatre vents plutôt que d’être transmis à sa descendance ou à sa famille; et aucun des fragments de son royaume ne parvint à exercer une domination de la même ampleur que le sien.
Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, de larges portions de l’empire ne restèrent sous le contrôle des rois diadoques que pendant quelques années.
Une fois la poussière dissipée, quatre principaux royaumes surgirent des cendres de l’empire d’Alexandre. Mais bientôt, ils recommencèrent à se battre entre eux.
Deux des quatre royaumes émergèrent de cette lutte intestine : le royaume des Ptolémées, qui comprenait principalement l’Égypte et plus tard des parties de l’Anatolie et de l’Asie mineure, et le royaume de Séleucos.
Séleucos gouvernait une immense région qui englobait la partie orientale de l’actuelle Turquie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, l’Afghanistan, l’Iran, l’Iraq, et même des parties de l’Inde.
Et ces deux royaumes se disputèrent continuellement le contrôle d’une région comprenant la Syrie actuelle, le Liban, et Israël.
Verset 5: Nous entrons maintenant dans le sujet des relations compliquées et complexes qu’entretenaient ces deux royaumes et les dynasties qui les gouvernèrent.
Les deux protagonistes de la première partie de ce passage, à savoir le roi du Midi et le roi du Nord, ne sont pas seulement deux individus, mais ils représentent les rois qui se sont succédé sur le trône de ces deux royaumes.
Les rois du sud désignent les Ptolémées, et les rois du nord, les Séleucides.
Les deux premiers rois étaient d’anciens alliés, et bien que l’on ne puisse pas dire que leurs relations étaient chaleureuses, au moins ne se battaient-ils pas entre eux.
Ptolémée I, le roi du Midi, avait occupé la contrée qu’on appelait à l’époque la Coelé-Syrie, ce qui signifie la « Syrie creuse » Au sens strict, il s’agit de la vallée du Liban, mais ce terme est très souvent employé pour désigner toute la région située au sud du fleuve An Nahr al Kabîr, y compris l’Israël actuel, dont la partie sud s’appelait alors la Judée.
D’après les tractations qui avaient abouti aux accords sur la division de l’empire d’Alexandre, ces régions auraient dû revenir à Séleucos.
Toutefois, Séleucos, le « général d’Alexandre devenu plus puissant », était beaucoup trop occupé à agrandir son royaume aux dépens des Diadoques mineurs, pour entrer en guerre contre son allié.
Cette entente n’allait pas durer sous le règne de leurs successeurs.
Verset 6: Nous passons maintenant aux règnes des deux rois suivants, Ptolémée II Philadelphe and Antiochos II Théos.
Pour mettre un terme à la guerre qu’il avait menée pour s’emparer de la Coelé-Syrie contre Antiochos I Sôter puis Antiochos II, Ptolémée donna sa fille Bérénice en mariage à Antiochos II, dans l’espoir de sceller une paix et une alliance durables entre leurs deux royaumes.
Une des conditions posées par Ptolémée était qu’Antiochos divorce de son épouse Laodicé, et que les enfants issus de ce premier mariage soient exclus de la succession au trône.
Ptolémée espérait ainsi faire tomber les possessions des Séleucides sous la domination de l’Égypte, au cours du règne du prochain roi, son petit-fils.
Toutefois Ptolémée mourut deux ans après ce mariage, et Antiochos, qui s’était auto-proclamé dieu, ce qui lui avait valu le surnom de « Theos », qui signifie dieu, reprit sa première épouse et répudia Bérénice.
Laodicé en profita pour assassiner son époux inconstant, puis elle complota la mort de Bérénice et de son fils nouveau-né.
Bérénice s’enfuit à Daphné où elle fut capturée, et tomba avec son fils sous les coups des assassins.
***
Les rois du Nord
SÉLEUCOS I NICATOR, Satrape de 311 à 305 avant J.-C.; roi de 305 à 281avant J.-C. —mort assassiné
ANTIOCHUS I SÔTER, corégent de 292–281 avant J.-C.; roi de 281–261 avant J.-C. — assassiné
ANTIOCHUS II THÉOS, 261–246 avant J.-C.
SÉLEUCOS II KALLINIKOS, 246–225 avant J.-C.
SÉLEUCOS III KALLÉMIES ou SÔTER, 225–223 avant J.-C. — assassiné
ANTIOCHOS III MÉGAS  (Le Grand), 223–187 avant J.-C.
SÉLEUCOS IV PHILOPATOR, 187–175 avant J.-C. — assassiné
ANTIOCHOS IV ÉPIPHANE, 175–163 avant J.-C.
 
Les rois du Midi
PTOLÉMÉE I SÔTER (Sauveur), 305 à 282 avant J.-C.
PTOLÉMÉE II PHILADELPHE (Qui aime ses frères), 284 à 246 avant J.-C.
PTOLÉMÉE III ÉVERGÈTE (Bienfaiteur), 246 à 221 avant J.-C.
PTOLÉMÉE IV PHILOPATOR (Qui aime son père), 222 à 205 avant J.-C.
PTOLÉMÉE V ÉPIPHANE (l’Illustre), 205 à 181 avant J.-C.
PTOLÉMÉE VI PHILOMÉTOR (Qui aime sa mère), 181 à 145 avant J.-C.
***
Versets 7–8: Quand PTOLÉMÉE III Évergète, le frère de Bérénice, un « membre de sa famille », apprit la nouvelle de sa fuite, il rassembla une armée et marcha sur Daphné — initialement pour la secourir, et lorsqu’il apprit la nouvelle de sa mort, pour la venger.
Le temps de recevoir des renforts, il se rendit tout d’abord maître des territoires séleucides de l’ouest, puis, après avoir traversé l’Euphrate, il soumit le pays jusqu’au Tigre.
Des documents historiques montrent que Ptolémée rapporta en Égypte 40 000 talents d’argent, une quantité considérable de vases en or, et 2 400 idoles.
Parmi ces dernières, se trouvaient de nombreuses idoles de dieux égyptiens que Cambyse II avait emportées en Perse, lors de sa conquête de l’Égypte.
Ptolémée ordonna la restitution des vases et des idoles aux temples auxquels ils appartenaient, ce qui lui valut d’être surnommé  « Évergète », c’est-à-dire « bienfaiteur »
Versets 9–10. Séleucos II Kallinikos fut proclamé roi de ce qui restait du royaume séleucide, par sa mère Laodicée, mais une fois sur le trône, il ne parvint jamais à mater les rébellions de ses frères et de ses vassaux.
À sa mort, ses fils, Séleucos Kallémies et Antiochos Mégas, reprirent les armes contre l’Égypte.
Kallémies fut assassiné après seulement deux années sur le trône, et son frère, Antiochos III, devint roi à l’âge de 18 ans. Ses campagnes de 219–218 avant J.-C. portèrent la guerre en Coelé-Syrie.
Versets 11–12: En 217 avant J.-C., Ptolémée IV Philopator livra bataille à Antiochos III, à Raphia, dans le sud de la Palestine.
Ptolémée avait une armée de 70 000 fantassins, dont une phalange égyptienne d’élite nouvellement formée, ainsi que 5000 cavaliers et 73 éléphants.
Au cours de cette bataille épique, Antiochos fut vaincu et se replia sur Antioche.
Dix mille soldats de l’armée d’Antiochos périrent et 4000 furent faits prisonniers.
Versets 13–14: Philopator était un libertin dépravé qui était sous l’empire de ses favorites et de ses ministres.
Mis à part sa victoire à Raphia, il n’accomplit pas grand-chose pour le royaume.
Avant la bataille, les Égyptiens natifs étaient maintenus en servitude dans le pays. Mais afin de renforcer son armée qui était entièrement composée de mercenaires, principalement des Macédoniens, il avait recruté et entraîné des natifs Égyptiens pour les incorporer dans la phalange égyptienne.
Cette décision, dictée par l’opportunisme, devait par la suite lui causer beaucoup de problèmes, puisqu’à leur retour en Égypte ils désertèrent en conservant leurs armes.
Des mercenaires juifs combattirent en Égypte, au service des Égyptiens, des Perses et des Ptolémées, depuis au moins 664 avant J.-C., date à laquelle des documents attestent qu’ils se trouvaient en garnison sur l’île d’Éléphantine, une ville située sur le Nil, dans le sud de l’Égypte.
Il est donc raisonnable de supposer que des mercenaires juifs aient combattu dans l’armée de Ptolémée.
Il se peut que la référence à « des hommes violents de ton peuple » les désignât directement.
Pendant ce temps, Antiochos s’employa à reprendre ses possessions au nord et à l’est.
Il lui faudrait attendre un peu, mais en 200 avant J.-C., son armée s’était renforcée et était aguerrie, et il fut en mesure de renouveler ses prétentions territoriales sur la Coelé-Syrie.
Dès 199 avant J.-C., il s’empara de cette région, mais Scopas d’Aetolia, un général de l’armée de Ptolémée, reprit cette région pour Ptolémée V qui était monté sur le trône.
Cependant, en 198 avant J.-C., Antiochos III battit Scopas à la Bataille de Panium, située près de la source du Jourdain, une bataille qui marqua la fin du règne des Ptolémées en Judée.
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