Accueil Sois un ami L’homme qui avait manqué Noël…

L’homme qui avait manqué Noël…

- Imprimer ce texte - Cliquez sur mon nom pour m'envoyer un message

Partagez cette page avec :

L’homme qui avait manqué Noël…

             (J. Edgard Park)

C’était la veille de Noël et,
fidèle à son habitude,
George Mason était le dernier
à quitter le bureau.

Il se dirigea vers la chambre
forte, en fit tourner les cadrans
puis
ouvrit la lourde porte.

Après s’être assuré qu’elle ne se
refermerait
pas sur lui, il entra.

Un petit carton blanc était scotché
juste
au-dessus de la rangée
supérieure des coffres.

Quelques mots y étaient inscrits.

George y fixa son regard, il ne
pouvait oublier…

Un an plus tôt exactement, il était
aussi
entré dans cette chambre forte.

Et puis, derrière son dos, lentement,
silencieusement, la grosse porte
s’était refermée sur lui!

Il était pris au piège, plongé soudain
dans une
terrifiante obscurité!

Dans un cri rauque comme une
explosion de rage, il se jeta de tout
son poids
contre la porte, mais celle-ci
ne
montra pas le moindre signe de
faiblesse.

Comme aucune minuterie n’en contrôlait
le
mécanisme, la chambre forte resterait
fermée jusqu’à ce que quelqu’un l’ouvre
de
l’extérieur…
 
Le lendemain matin!

C’est là qu’il prit conscience de la terrible
réalité.

Demain, à vrai dire, personne ne viendrait:

demain c’était Noël!

Une fois de plus, il se jeta contre la porte
en
poussant un cri sauvage;finalement, à
bout de force, il se laissa choir sur les
genoux.

Il s’ensuivit un long silence, un silence
perçant
et assourdissant tout à la fois.

Plus de trente six heures allaient s’écouler
avant
que personne ne vienne le libérer:

trente-six heures dans une boîte en acier
d’un mètre
sur deux mètres cinquante,
et d’un
peu plus de deux mètres de haut.

Aurait-il même suffisamment d’oxygène?

Haletant, transpirant à grosses gouttes,
il inspecta le sol à tâtons.

Dans le coin au fond à droite, juste en bas
du
mur, il découvrit un petit orifice circulaire.

Vite, il y enfonça doigt et ressentit,
faiblement mais
distinctement, un courant
d’air frais.

 
Il en éprouva un tel soulagement qu’il éclata
en
sanglots.

Puis, pour finir, il prit le parti de s’asseoir.

Non, c’était impossible, il n’allait pas rester
là enfermé
trente-six heures!

Il y aurait bien quelqu’un pour déplorer son
absence.

Mais qui donc?

Il était
célibataire et vivait seul.

La femme de ménage?

Elle n’était qu’une domestique, et c’est bien
ainsi
qu’il l’avait toujours traitée.

Son frère l’avait invité à passer Noël dans sa
famille, mais les enfants…

Ils  lui tapaient sur les nerfs, et puis ils
s’attendaient à des cadeaux.

Alors il avait décliné l’invitation.

Un ami lui avait demandé de l’accompagner,
le jour de Noël, dans une maison de
personnes
âgées, histoire de jouer du piano,
car il était bon musicien.

Mais il s’était trouvé une excuse.

Il comptait rester chez lui à écouter les
nouveaux
enregistrements qu’il s’était
offerts, tout en savourant un bon cigare.

Donc personne ne viendrait le délivrer.
Personne. Non, personne.

La nuit s’écoula lentement, puis toute la
journée
de Noël et la nuit qui suivit…

Le lendemain de Noël au matin, le chef du
service arriva bureau à l’heure habituelle,
ouvrit la chambre forte, puis se rendit à son
bureau privé.

Sans se faire voir, George Mason se précipita
dans le
couloir en titubant.

Il courut au distributeur d’eau et but à grosses
gorgées.
 
Personne ne le vit sortir.

Personne non plus ne le vit prendre un taxi
pour
rentrer chez lui.

Une fois arrivé à la maison, le temps de se
raser et de
se changer, il avala un petit
déjeuner sur le pouce et retourna à son
bureau, où
ses employés le saluèrent d’un
geste machinal.

Ce jour-là, il rencontra quelques
connaissances,
il eut même une
conversation
avec son frère.

Mais il lui fallut se rendreà l’évidence:

durant la grande célébration de la fraternité
(que Noël est censé être), il avait disparu
de la société des humains sans que personne
n’eût
regretté son absence.
 
Le cœur serré, il se mit à réfléchir sur le vrai
sens
de Noël.

Se pouvait-il que, toutes ces années, il eût
été à ce
point aveuglé par l’égoïsme,
l’indifférence et l’orgueil?

Après tout, donner n’était-il pas l’essence même
de
Noël, parce que c’est le message que Dieu a
donné
au monde en envoyant Jésus ?

Tout au long de l’année qui suivit, à travers
de menues
gentillesses, de petits actes de
générosité qui souvent passaient inaperçus,
George
Mason essaya de se préparer…

Et voilà que c’était à nouveau la veille de Noël…

À reculons, précautionneusement, il sortit de la
chambre forte et en referma la porte.

D’un geste de la main presque affectueux il
toucha la sinistre paroi d’acier et quitta le
bureau.

Maintenant, le voilà qui marche d’un pas décidé,
vêtu de son
sombre pardessus et coiffé de son
chapeau
noir, le même George Mason que
l’année
dernière.

Mais est-ce bien le même homme ?

Il descend la rue, la distance de quelques pâtés
de
maisons, puis hèle un taxi, car il ne veut
surtout
pas être en retard.

En effet, ses neveux comptent sur lui pour les
aider
à décorer le sapin.

Ensuite, il emmènera son frère et sa belle-sœur
à
une représentation de Noël.
 
Pourquoi est-il si heureux ?

Il est chargé de paquets et il lui faut, avec
peine,
se frayer un chemin dans la foule,
mais tout cela le réjouit, le grise même.

Comment une telle transformation est-elle
possible?

Peut-être que le petit carton blanc y est
pour quelque
chose, celui qu’il a scotché à
l’intérieur de sa
chambre forte, premier
jour de
la nouvelle année.

On peut y lire ces mots, écrits de la main
même de
George Mason:

AIMER LES GENS
SE RENDRE
INDISPENSABLE
QUELQUE PART
TEL EST LE SENS DE LA VIE DU BONHEUR!

(Pour la période de Noël,
je posterais des réflexions
et des histoires chaque
jour) Patrick

Imprimer ce texte - Cliquez ici pour recevoir ce texte par courriel
Partagez cette page avec :
Sois un ami
Je suis ce qu’on peut appeler un « Don Quichotte » de la plume. Ce qui fait qu’un écrivain devient un artiste, c’est qu’il découvre sa vraie personnalité dans ses écrits. Il n’est pas assujetti aux « On dit », où, « Il ne faut pas que j’écrive cela ». Il est vrai avec l’inspiration qui lui est donnée, pure dans ses pensées. Le prix d’une telle liberté est : « Si tu peux être vrai avec toi-même, tu ne peux être faux avec personne » Patrick Etienne
Cliquez sur mon nom pour m'envoyer un message