L’histoire de cette robe de mariée est vertigineuse !

Annalisa Teggi

Cette robe de mariée est unique. Evelyn l’a fabriquée avec la soie du parachute qui a sauvé la vie de son mari …

Le musée de l’aviation à New York – The Cradle of Aviation Museum – possède dans sa collection un objet très spécial : une robe de mariée.

Offerte en octobre 2020, elle y sera exposée périodiquement parmi de nombreuses autres reliques de guerre pour rappeler aux visiteurs que même dans les moments les plus sombres de l’Histoire, il y a des histoires merveilleuses d’amour et d’espoir.

Comme cette robe cousue avec de la soie… d’un parachute de soldat.

L’année 1945 dans le monde est marquée par de nombreux mariages dont celui de George et Evelyn Breat. Fiancés avant la guerre, ils ont dû attendre la fin de la guerre pour pouvoir se marier : Georges s’était engagé comme pilote de bombardier B-17, il avait effectué 53 missions aériennes particulièrement dangereuses.

Si le parachute n’était pas là, l’explosif l’aurait tué

Dans un épisode du podcast du musée, son fils Mike Braet raconte comment, au cours d’un vol, l’avion dans lequel il se trouve est touché par un explosif. Mais l’éclat qui aurait dû frapper George se coince par miracle dans le parachute de soie sur lequel il est assis.

Si le parachute n’avait pas été là, cet explosif l’aurait tué, constate Mike.

Comme le parachute est endommagé, l’armée de l’air permet à Georges de le ramener à la maison.

C’est alors qu’Evelyn, sa fiancée, a l’idée de coudre sa robe de mariée à partir de la soie du parachute troué. D’abord, elle commence à enlever les insignes militaires pour ensuite découper les morceaux de tissu intacts. Avec l’aide d’une amie couturière, Evelyn confectionne sa robe de mariée. Et le résultat n’est pas mal du tout :

En parcourant les journaux et le web, il existe de nombreuses histoires de robes de mariée fabriquées à partir du tissu de parachutes de soldats.

Par exemple, en Italie, lorsque les troupes américaines débarquent, de nombreux parachutes – appréciés pour leur soie coûteuse – sont récupérés par tous les moyens en mer comme sur terre. Il ne faut pas oublier que durant ces années de misère, la soie représente une vraie fortune.

Une histoire d’espoir

Mais pour George et Evelyn Braet, cette robe n’est pas seulement belle grâce à sa matière rare. Elle symbolise l’immense gratitude pour les 60 ans de vie commune. Un mariage heureux grâce aussi à cette conviction partagée par les époux que George a échappé à la mort.

La robe de mariée d’Evelyn a survécu à elle et à son mari. Sœur Kate, leur fille, a confié à la télévision locale :

L’histoire de mes parents est une histoire d’amour, mais c’est également une histoire de bravoure et une histoire d’espoir.

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Ces prêtres sauvés d’une mort certaine à Dachau par l’intercession de saint Joseph

Ray Cavanaugh

Pour eux, il n’y a pas de doute. En se consacrant le 22 avril 1945 à saint Joseph, des centaines de prêtres internés dans le camp de Dachau ont été sauvé d’une mort certaine. Ils n’ont jamais oublié de lui rendre grâce.

De 1933 à 1945, plus de 200.000 prisonniers sont passés par le sinistre camp de concentration de Dachau, à quelques kilomètres de Munich, dont près de 3.000 prêtres qui avaient en commun d’avoir manifesté trop ouvertement leur opposition au régime nazi.

Au printemps 1945, alors que les forces alliées sont sur le point de renverser le Reich en déroute, les prêtres et les moines internés à Dachau craignent qu’ordre soit donné aux gardes de les exterminer.

Alors, le 22 avril 1945, ces ecclésiastiques, pour la plupart d’origine polonaise, décident de se consacrer à saint Joseph. Le même jour, ils font serment que s’ils échappent à la mort, ils feront un pèlerinage annuel à Saint-Joseph de Kalisz, en Pologne, l’un des quatre lieux d’apparition du père nourricier de Jésus, reconnus par l’Eglise.

Leurs craintes d’une exécution massive sont  justifiées : Heinrich Himmler, le dirigeant nazi le plus puissant après Hitler, ordonne quelques jours plus tard l’extermination de tous les prisonniers de Dachau.

Celle-ci doit avoir lieu le 29 avril. C’est le jour même prévu pour cette exécution massive qu’une unité de soldats américains vient libérer les prisonniers.

L’Eucharistie en secret

Si le nombre total de morts à Dachau, 31.951, est bien inférieur à celui des camps d’extermination nazis, ce camp était le centre d’expériences médicales barbares.

Les prêtres détenus étaient fréquemment utilisés pour les recherches menées par le professeur Claus Schilling, qui a volontairement infecté les prisonniers avec le paludisme afin d’évaluer l’efficacité de diverses méthodes de traitement.

Pour ceux qui étaient épargnés par ces expériences, Dachau restait un véritable enfer. La faim, la typhoïde et les travaux forcés rythmaient le quotidien des détenus. D’autres sévices les obligeaient à devoir se prosterner dans la boue, les gardes nazis se faisant un devoir de piétiner la tête de ceux qui ne se baissaient pas suffisamment.

Dans de telles conditions, la vie et la foi ont survécu. Les prêtres organisaient des messes clandestines.

Ils étaient si démunis qu’ils devaient diviser une hostie en vingt morceaux ou plus, afin que tous les participants reçoivent l’Eucharistie.

Le clergé de Dachau a également réussi à faire fonctionner un institut de théologie secret. Au total, seuls 856 ecclésiastiques ont survécu, nombreux parmi eux subirent de tels traitements qu’ils ne purent jamais reprendre leurs charges sacerdotales.

Mais ils partageaient tous la même conviction : ils avaient été sauvés par saint Joseph. Et ils sont restés fidèles à la promesse de venir prier au sanctuaire Saint-Joseph à Kalisz chaque 29 avril, commémorant ainsi le jour de leur libération.

En 1970, les prêtres survivants y ont construit une chapelle du martyre et de la gratitude, pour commémorer leurs 1.800 frères clercs décédés au camp.

Le cardinal d’alors, Karol Wojtyła, devenu plus tard le pape Jean Paul II, a assisté à la cérémonie qui marquait l’achèvement de la chapelle.

En tant que pontife, le pape polonais est retourné en 1997 à Kalisz, où il a félicité les prêtres survivants de Dachau qui avaient honoré leur dette de gratitude envers saint Joseph.

Depuis, des prêtres et des fidèles continuent de visiter le sanctuaire pour prier pour les victimes de Dachau. En priant aussi pour leurs anciens bourreaux, comme pour le professeur Schilling, exécuté par pendaison après la libération.

En 2018, l’Église a béatifié 56 membres du clergé de Dachau, et d’autres cas sont à l’étude.

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Hans et Sophie Scholl, la liberté enracinée dans la foi

Aliénor Goudet

Les noms de Hans (1918-1943) et Sophie Scholl (1921-1943) évoquent pour beaucoup la jeunesse résistante de la seconde guerre mondiale.

Nés dans une famille profondément chrétienne, ces jeunes allemands ont sacrifié leur vie pour dénoncer l’injustice et la folie du régime nazi. Et c’est dans une foi solide que leurs convictions étaient enracinées.

Munich, 22 février 1943. En cette belle journée de grand froid, quelque part dans la prison de Stadelheim, deux jeunes étudiants regardent le ciel depuis leurs cellules respectives. Ils le savent : dans quelques heures, ils vont mourir.

Malgré cela, une étrange sérénité règne dans leur cœur. Leurs âmes sont en paix car oui, ils vont mourir mais parce qu’ils ont choisi la justice et la liberté.

Hans a 24 ans et Sophie, sa petite sœur, en a 22. Nés dans une famille de professeurs, ils sont eux-mêmes intellectuels, poètes et philosophes.

Mais les Scholl sont également de fervents protestants, élevés dans l’amour du Christ et de leur pays. C’est pourquoi dès leurs premiers jours aux jeunesses hitlériennes, le frère et la sœur ont pris conscience du terrible sort de leur terre natale.

On voulait leur liberté, leur foi et leur obéissance. On voulait faire d’eux les ennemis de l’humanité et les retourner contre leurs propres compatriotes. Inconcevable pour ces défenseurs de la liberté ! Ils n’ont pu rester silencieux face à ce monstre.

Ni soldats, ni terroristes, les jeunes résistants ont choisi l’arme la plus élégante de toute pour combattre le régime qui dévore leur beau pays : la plume.

C’est sous forme de tracts dénonçant les abus et la folie du nazisme qu’est née la Rose blanche au printemps 1942. L’idée est venue d’Hans. Sa sœur et leurs amis étudiants n’ont pas hésité longtemps à le suivre.

Bien vite, les tracts de la Rose blanche circulent dans tout Munich. Ceux-ci dénoncent sans retenue la Shoah, l’extermination des plus faibles et appellent tous les allemands à se lever contre le Führer.

Leur cibles : les étudiants et les esprits brillants, friands de liberté et assoiffés de justice.

Outre ces qualités, tous les membres de la Rose blanche partagent en commun une foi chrétienne ancrée. Willi Graf, Alexander Schmorell, Traute Lafrenz… Catholiques, orthodoxes ou protestants, c’est en elle qu’ils puisent leur force.

Le sacrifice pour la liberté

C’est elle aussi qui fait que les Scholl sont si sereins à quelques heures de la mort. Car de l’autre côté, c’est la liberté infinie et la paix absolue qui les attend.

Ils repensent au jour où ils ont déversé le sixième tract de la Rose blanche à l’université, il y a quatre jours. Le jour où le concierge Jakob Schmid les a dénoncé pour 3.000 reichsmarks.

Aux mains de la Gestapo, Sophie, Hans et leur ami, Christoph Probst, se sont accusés de tout pour protéger les membres de la Rose blanche.

Et en trois jours, ils ont été condamnés à mort. Le frère pense à sa sœur, la sœur pense à son frère. Leurs courtes vies défilent sous leurs yeux mais ils n’y trouvent aucun regret.

Soudain, les portes des cellules coulissent dans un bruit métallique angoissant. Est-ce déjà l’heure ? On les mène dans une petite pièce ou la fratrie se retrouve avec Christoph. Les compagnons de la Rose blanche s’embrassent une ultime fois.

– Dans quelques minutes, murmure Christoph, nous nous retrouverons dans l’éternité.

Les compagnons de la Rose blanche sont guillotinés, Sophie la première. Hans en criant Vive la liberté !” Et Christoph en se recueillant dans sa foi chrétienne à laquelle il s’est récemment converti.

Les Scholl et la Rose blanche tombent gracieusement, défendant jusqu’au bout la liberté, le plus beau cadeau que Dieu ait offert aux hommes.

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Face au nazisme, les martyrs de l’ombre

Guillaume Desvignes

En portant à l’écran l’histoire de Franz Jägerstätter, exécuté par les nazis pour avoir refusé de servir dans les armées d’Hitler et béatifié en 2007, Terrence Malick révèle l’enfouissement et l’anonymat qui firent la spécificité de la résistance catholique austro-allemande. Et son héroïsme singulier.

Il aura fallu attendre 1964 et la publication du livre du sociologue américain Gordon Zahn, In solitary witness : the life and death of Franz Jägerstätter, pour qu’émerge de l’oubli le nom de ce paysan catholique autrichien, décapité en 1943 dans la prison de Brandebourg, pour avoir refusé de servir par les armes le projet criminel du national-socialisme.

C’est cette dimension solitaire que Terrence Malick a voulu souligner dans Une vie cachée, dont le titre est extrait de Middlemarch, l’un des chefs d’œuvre de la romancière britannique George Eliot :

Car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et si les choses ne vont pour vous et moi aussi mal qu’elles auraient pu aller, nous en sommes redevables en partie à ceux qui ont vécu fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes délaissées.

Guillotinés ou pendus à la hâte dans des prisons sordides, gazés dans les centres d’euthanasie du Reich, rongés par le typhus et la famine dans les camps de concentration, les catholiques allemands qui s’opposèrent à Hitler au nom de leur attachement à l’évangile furent bien souvent considérés comme des traîtres à leur patrie, voire des lâches, et mis à mort dans la solitude, loin de toute place publique où leurs sacrifices auraient été vus de tous pour porter un fruit plus immédiat.

Franz Jägerstätter savait qu’au-delà de sa famille et de sa communauté, sa mort passerait presque inaperçue, n’aurait aucun impact sur le parti nazi et ne précipiterait pas la fin de la guerre a ainsi pu écrire l’auteur américain Jim Forest dans l’introduction de Franz Jägerstätter. Letters and writings from prison.

C’est d’ailleurs ce scandale aux yeux du monde – l’apparente absence d’utilité immédiate de son geste – qui tisse la trame du film de Malick et en fait la puissance.

Mais la poignée de catholiques allemands qui se sont engagés dans une résistance pacifique étaient-ils si persuadés de l’inutilité de leur geste ?

L’historien Xavier de Montclos, dans son étude sur Les chrétiens face au nazisme et au stalinisme, estime pour sa part que ces hommes et ses femmes savaient que la seule valeur (de leurs faits de résistance) étaient le témoignage, et l’issue la plus probable, la mort.

Ce n’est pas par fanatisme ou exaltation qu’ils ont agi.

Consciemment ou non, même à la barre de tribunaux iniques, derrière les barbelés de Dachau ou du fonds de leurs cachots, ils ont sauvé une certaine vision de l’homme et de sa dignité.

La vraie grandeur est sans doute dans cet obscur combat où, privés de l’enthousiasme des foules, quelques individus mettent leur vie en jeu, défendent, absolument seuls, une cause autour d’eux méprisée,

écrit ainsi dans La Rose Blanche Inge Scholl, la sœur d’Hans et Sophie Scholl, 24 et 21 ans, jeunes protestants influencés par saint Augustin, guillotinés le 22 février 1943 dans la prison de Stadelheim, près de Munich, pour avoir distribué dans leur université des tracts antinazis imprégnés de références chrétiennes.

Alors quel fut le fruit du sacrifice de ces sacrifices ?

De celui du journaliste Fritz Gerlich assassiné dès le 30 juin 1934 à Dachau ?

Du directeur de l’Action Catholique Erich Klausener, assassiné le même jour à Berlin par les tueurs d’Heydrich ?

Des 94 prêtres allemands et autrichiens morts à Dachau, dont beaucoup avaient relayé les sermons de Mgr von Galen, l’évêque de Münster ?

Des pères Franz Reinisch, Bernhard Schwentner, Max Josef Metzger, Joseph Müller, Bruno Binnebesel, exécutés à la prison de Brandebourg comme Frantz Jägerstätter ?

De l’objecteur de conscience tyrolien Josef Mayr-Nusser, mort dans un wagon à bestiaux le 24 février 1945 et béatifié en 2017 ?

Et de tant d’autres ?

Notre conduite prouvera que la liberté des hommes subsiste. Il s’agit de sauvegarder la valeur humaine pour qu’un jour elle puisse triompher, disait Christoph Probst, l’un des conjurés de la Rose Blanche, décapité avec Hans et Sophie Scholl après avoir demandé à recevoir le baptême.

Dans une Allemagne asservie par le totalitarisme brun, ces témoins ont incontestablement préservé dans l’obscurité une haute vision de l’humanité sur laquelle l’Allemagne pourra se fonder à l’heure de la reconstruction.

Mais surtout, leur humble sacrifice sonne comma la réactualisation brûlante de la phrase de saint Paul :

J’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.

C’est bien la force de ces martyrs de l’ombre, dont la foi fut la source première, qui permet d’affirmer que par leur sacrifice ils avaient vaincu d’avance ceux qui les asservissaient.

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