Bonne journée

Les chrétiens représentent la communauté

la plus persécutée au monde

Par Youlia Zvantsova

De nombreux chrétiens sont persécutés à travers le monde en raison de leur foi et l’indice ne cesse de monter, la situation étant très alarmante en Afrique et en Asie.

Plus de 340 millions de chrétiens sont aujourd’hui persécutés ou discriminés dans le monde, alors qu’en 2019, ce chiffre était de 260 millions, selon l’ONG Portes Ouvertes.

Valeurs actuelles indique recevoir chaque semaine des nouvelles préoccupantes, notamment du Pakistan.

L’édition rappelle dans ce contexte l’histoire d’une chrétienne pakistanaise qui a été enlevée par un voisin musulman prétendant que la jeune fille, qui n’a que 13 ans, s’était convertie à l’islam et qu’elle l’avait épousé de son plein gré.

L’Aide à l’Église en détresse (AED), fondation internationale catholique qui aide les chrétiens, a pris en charge les frais de justice et d’avocat de cette famille. L’affaire a été portée devant la justice.

Toutefois, l’agresseur, qui avait été arrêté, a été rapidement libéré sous caution, alors que la jeune fille a été placée dans un centre au lieu de retrouver sa famille.

Portes Ouvertes estime qu’au moins un millier de jeunes chrétiennes pakistanaises ont été forcées d’épouser un musulman dans la période d’étude de l’Index mondial de persécution des chrétiens 2021 (évalué du 1er octobre 2019 au 30 septembre 2020)

Ces dossiers ne sont pas non plus sans risque pour les juges, constate Valeurs actuelles. Les magistrats pakistanais qui rendent des décisions de justice en faveur des chrétiens savent qu’ils risquent leur vie en devenant des cibles pour les fondamentalistes.

Le magazine revient sur la tactique de Boko Haram qui attaque les chrétiens pendant les périodes de fêtes religieuses. Ainsi, 12.000 chrétiens ont été assassinés et 200 églises ont été détruites ces dernières années.

Persécutions

L’ONG Portes Ouvertes constate dans son Index mondial 2021, réalisé sur la base de données concernant 150 pays, que l’intensité des discriminations contre les chrétiens s’est considérablement aggravée.

Depuis huit ans, la persécution est en hausse constante: entre l’Index 2017 et l’Index 2021, elle a augmenté de 8,11%. Par ailleurs, 4.761 chrétiens ont été tués.

En outre, 74 pays ont présenté des niveaux de persécution extrême, très forte ou forte.

Le chiffre de 340 millions de chrétiens touchés équivaut à un chrétien sur huit dans le monde, à un sur six en Afrique et à deux sur cinq en Asie.

Les pays où l’augmentation de la persécution est la plus marquée sont la Colombie, la Turquie, l’Irak et le Nigeria, ajoute encore l’ONG.

***

Le bannissement du thème des chrétiens de Syrie

des médias en Occident serait prémédité

Andrei Stenin

Bien que né à Jérusalem, le christianisme, tel qu’on le connaît aujourd’hui, s’est élaboré en Syrie. On y trouve l’une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde.

Avant l’éclatement du conflit en 2011, les chrétiens représentaient 10% de la population syrienne.

La situation s’est aggravée depuis, a déclaré un politologue italien.

Les observateurs constatent que dimanche 9 juin, bien que des médias italiens aient relaté la mort d’une ancienne star du football syrien, devenu symbole de la révolution contre Assad, le problème des persécutions des chrétiens au Proche-Orient, dont l’exode se poursuit à cause de conditions de vie souvent insupportables et de discriminations en tout genre,

n’est pratiquement jamais soulevé dans la presse en Occident.

En effet, cet épisode a été beaucoup plus largement couvert par les médias que, par exemple, celui de la mort d’adolescents chrétiens, tués par un tir de roquettes des radicaux dans la région d’Idlib.

C’est ainsi que cela se poursuit depuis sept à huit ans. À mon avis, le bannissement du thème des chrétiens de Syrie des médias en Occident serait prémédité.

Je l’écris d’ailleurs dans mon livre Siria. I cristiani nella guerra [Syrie. Les chrétiens dans la guerre], a indiqué Fulvio Scaglione, journaliste italien et expert en politique internationale.

Et d’ajouter que les chrétiens de Syrie ne cessaient d’essayer de faire connaître en Occident leur vision de la situation qui se distingue de la vision occidentale politiquement correcte.

Ils s’appliquaient à prouver que la situation en Syrie n’était pas telle qu’on la présentait. Ils exhortaient à faire attention au fait que les chrétiens étaient exterminés et que c’était justement le problème qui devait se trouver au centre, a poursuivi l’Italien.

Selon ce dernier, personne ne veut reconnaître qu’en Irak libéré, les chrétiens se trouvent au bord de la disparition, réduits au cinquième de leur nombre en 2003, soit avant l’invasion anglo-américaine.

On ne cesse de critiquer le gouvernement syrien, en le qualifiant entre autres d’autoritaire, mais il faut avant tout se soucier des minorités confessionnelles dans le pays.

En huit ans de guerre, le nombre de chrétiens a diminué de moitié. Quoi qu’il en soit, ce fait est totalement passé sous silence, parce qu’il ne correspond pas du tout à la vision de la situation par l’Occident, s’est indigné le journaliste.

D’après l’ONG SOS Chrétiens d’Orient, en Irak, il y a trente ans, il y avait un million et demi de chrétiens, mais aujourd’hui selon les chiffres les plus réalistes, on serait autour de 250.000. Le pourcentage de chrétiens en Syrie a baissé de 9 à 6%.

Le thème des chrétiens en Syrie, et en général au Proche-Orient, est extrêmement important, a relevé M.Scaglione.

Dans les pays du Proche-Orient, où habitent essentiellement des musulmans sunnites et des musulmans chiites, […] les chrétiens garantissent le pluralisme, a résumé l’interlocuteur.

***

En Syrie, les chrétiens face à un nettoyage ethnique

de la part des Kurdes ?

Par Louis Doutrebente

Les Kurdes, meilleurs représentants de la démocratie au Moyen-Orient ? Si leurs assauts contre Daech ont souvent été loués par les Occidentaux, leur domination agressive des communautés chrétiennes est passée sous silence, notamment en France.

Mgr Gollnisch, directeur général de l’Œuvre d’Orient analyse la dure situation des chrétiens d’Orient.

Les Kurdes, qui possèdent une belle image dans les pays occidentaux, seraient à l’origine de fortes pressions, voire d’exactions envers les communautés chrétiennes.

Entre mythe et réalité, le vicaire général de l’ordinariat des catholiques orientaux en France et le directeur général de l’Œuvre d’Orient depuis 2010, Mgr Pascal Gollnisch, livre un regard sur cette autre actualité d’Irak et Syrie.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, pourriez-vous me préciser les chiffres démographiques des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient? Et particulièrement en Syrie et en Irak, en 2018?

Mgr Gollnisch : La réponse est difficile, parce qu’il n’y a pas d’instrument sur le terrain qui permettent de savoir quel est le nombre des uns ou des autres. Au Liban, les chrétiens forment environ 40% de la population. En Égypte, on dit qu’ils sont environ 10 millions. Mais en Irak, ils représentent à peu près 3% de la population [1,2 million, ndlr] et en Syrie entre 4 et 5% de la population [0,8 million, ndlr]. Mais comme vous l’imaginez bien, nous n’avons pas beaucoup de moyens de faire des calculs très précis sur des terrains qui sont encore extrêmement fragiles.

Le sort des communautés chrétiennes est-il différent en Syrie et en Irak ? Et si oui, en quoi ?

Mgr Gollnisch : Oui, bien sûr, la situation est très différente parce qu’aujourd’hui en Irak, il n’y a plus à proprement parler de situation de guerre. Il y a des situations de terrorisme, avec des attentats ponctuels, mais il n’y a plus de situation de guerre rangée. En Irak, c’est un temps de reconstruction de ce qui a été détruit par Daech et notamment à Mossoul et dans les environs de Mossoul, qu’on appelle la plaine de Ninive.

Mais le défi pour l’Irak, c’est de savoir si les autorités vont pouvoir mettre en place un gouvernement qui pourra travailler à ce que les différentes communautés puissent vivre péniblement dans le pays. Actuellement en Irak, il n’y a pas de gouvernement. Et tout va dépendre de ce que veut ce futur gouvernement.

Il y a deux possibilités : soit ce sont des chiites qui veulent être dans la vengeance, qui veulent reprendre à eux seuls tout l’Irak et s’opposaient à tout ce qui n’est pas chiite et à ce moment-là, cela ne fera qu’amplifier les problèmes de terrorisme. Ou alors il y a un gouvernement qui est conscient que l’Irak est fait de différentes zones d’influence- les Kurdes, les sunnites et les chrétiens- et qui trouve une formule qui permette à ces différentes communautés de vivre tranquillement. Et à ce moment-là, cela sera quand même autre chose. Mais pour le moment, tout est suspendu au choix que formulera le gouvernement irakien.

En revanche en Syrie, nous sommes encore dans une situation de guerre, dans la mesure où le problème d’Idlib n’est pas réglé et par conséquent il peut encore y avoir un conflit autour d’Idlib. Puis il y a le problème des Kurdes qui n’est pas réglé. Ces derniers veulent à tout prix constituer un Kurdistan en Syrie, donc en Mésopotamie syrienne. Mais au-delà de l’Euphrate [à l’Est du fleuve, ndlr] il n’y a jamais eu de Kurdistan dans l’histoire. Donc, on ne peut pas envisager sérieusement un Kurdistan syrien. On peut envisager qu’il y ait une région où des Kurdes forment une population importante, mais il n’y a jamais eu de Kurdistan syrien. En Syrie il y a aussi des combattants de Daech près de la frontière avec l’Irak, cette situation est donc assez conflictuelle. Il existe aussi un problème analogue à celui de l’Irak pour l’avenir de la Syrie: qu’est-ce que les autorités pourront construire pour éviter une violence par voie de terrorisme, et trouver un projet pour que la Syrie se reconstruise.

Quelle est la situation des chrétiens d’Orient dans le nord de la Syrie, dans une zone qu’on peut appeler de manière non officielle, le Kurdistan syrien, Rojava ?

Mgr Gollnisch : En Mésopotamie syrienne, il y a notamment deux villes importantes qui sont Hassaqué et Qamichli, dans lesquelles il y a des chrétiens et même des évêques. Ce sont des chrétiens syriaques, assyro-chaldéens, arméniens. Et beaucoup de ces chrétiens sont arabophones. Leur langue courante est l’arabe. Ils ont là des églises, des écoles, des œuvres donc, et ils sont chez eux depuis de très nombreuses années.

Or, une partie de la population kurde locale voudrait finalement escamoter tout ce qui est arabophone. Par conséquent, il y a des pressions de certains groupes kurdes par rapport aux chrétiens. Il y a des écoles chrétiennes qui sont saccagées. Il y a parfois des tirs de Kalachnikov devant et sur les évêchés. Il y a donc une sorte de pression. Je ne dis pas que ce sont tous les Kurdes. Mais certains Kurdes veulent exercer une pression pour que les chrétiens finalement quittent la zone et que cela devienne une zone exclusivement kurde. Ce qui serait d’une grande injustice, car les Kurdes sont d’implantations récentes et sont loin d’être majoritaires dans cette zone.

Mgr Gollnisch : Je pense qu’à la fois elles sont organisées et en même temps elles sont le fait d’un certain nombre de factions. Mais il appartient aux autorités kurdes locales d’assurer la sécurité des chrétiens. Donc, factions ou pas factions, de toute façon la responsabilité doit être assumée par les autorités kurdes. Donc c’est à elles de ne pas commettre d’atteinte à la vie ou aux biens des chrétiens, mais d’empêcher que cela soit commis et donc d’empêcher des factions de le faire. Sans cela, ce ne sont plus des autorités.

Quel est l’objectif de cette pression? Est-elle politique ou religieuse ?

La plupart des Kurdes soient musulmans sunnites. Ce n’est pas d’abord un problème religieux, c’est un problème que je qualifierai d’ethnique. C’est-à-dire, que cela devienne un territoire exclusivement kurde, de manière à faire un Kurdistan.
On sait bien que c’est cela que craint la Turquie. En Syrie, cela n’a pas de raison d’être. Autant cela peut peut-être se discuter dans le sud de la Turquie, au nord de l’Irak et même en Iran, où il y a effectivement des régions d’implantations kurdes très anciennes et majoritaires localement. En Syrie, ce n’est pas le cas, donc il n’y a aucune raison qu’il y ait un Kurdistan syrien. Nous nous élevons contre cette appellation
.

La présence des Occidentaux, essentiellement des troupes américaines et françaises dans ces zones, évite-t-elle aux factions kurdes des YPG d’oppresser les communautés chrétiennes?

Mgr Gollnisch : Oui, je pense que la France est consciente du problème et essaie avec les moyens qui sont les leurs —peu de forces spéciales- d’empêcher que les chrétiens soient poussés au départ. Il y a une action plutôt positive de la part de la France […] même si son pouvoir est limité.

En revanche, de la part des Américains, nous le savons, le souci des États-Unis est de combattre Daech. Mais, et ce n’est pas la première fois, les États-Unis font alliance avec des groupes qui après cela peuvent se retourner contre ce qu’on essaierait de mettre en place. C’est-à-dire que le soutien unilatéral kurde, s’il se prolonge, finira finalement par se retourner contre les chrétiens. Et malheureusement, les Américains n’ont pas toujours tiré les leçons des expériences malheureuses qui ont été les leurs.

Cette zone est devenue depuis quelques semaines le cœur du nouvel affrontement des puissances locales, régionales et mondiales. Craignez-vous que les chrétiens qui vivent dans cette région soient de nouveau, passez-moi l’expression, des victimes collatérales ?

Mgr Gollnisch : oui bien sûr, c’est tout à fait à craindre. Il y a déjà des chrétiens qui ont été chassés de chez eux. Si les chrétiens ne forment qu’une petite minorité —et personne ne le conteste- non seulement il y a des dangers individuels pour une famille ou une personne, mais il y a aussi un danger pour la communauté elle-même. Personne n’imagine que les communautés kurde, sunnite ou alaouite vont disparaître. Et il n’y a pas de danger de disparition de ces communautés: il peut y avoir des dangers individuels, mais pas pour les communautés. En revanche, si nous ne prenons pas garde, si nous n’agissons pas, il y a un danger pour les communautés chrétiennes qui peuvent disparaître, des familles qui finissent par jeter l’éponge et partir. Et certains le veulent.

Ils veulent insécuriser les conditions de présence des chrétiens pour les pousser au départ.

Qui dit État faible, dit désir d’autonomie. Existe-t-il une volonté d’indépendance des communautés chrétiennes vis-à-vis des gouvernements centraux en Syrie et en Irak ?

Mgr Gollnisch : Non. Vous pouvez toujours trouver des individus qui me contrediraient, mais globalement, et de manière très nettement majoritaire, les chrétiens ne veulent pas faire un Christianistan. Ils sont très conscients que s’ils faisaient une sorte de Christianistan, de région ou pays exclusivement chrétien, autonome et indépendant, finalement cela se retournerait contre eux à terme. Ils en ont l’expérience dans l’histoire et par conséquent ce qu’ils veulent c’est d’être dans des zones où ils puissent disposer d’une certaine autonomie, bien sûr. Mais ils sont conscients aussi qu’ils ne pourront rester au Moyen-Orient que s’ils arrivent à nouer des relations positives avec certains musulmans.
Si tous les musulmans sont des égorgeurs et égorgent les chrétiens qui vivent-là, il n’y a pas d’avenir pour les chrétiens d’Orient. Il faut qu’on se cotise pour leur offrir des billets d’avion et qu’ils quittent la zone.

Si nous croyons qu’il y a un avenir possible pour les chrétiens d’Orient, c’est parce que nous croyons aussi et que nous savons qu’il y a des musulmans qui souhaitent que les chrétiens restent et qu’ils veulent faire avancer leurs pays et les moderniser. Il n’y a aucune raison que les pays du Moyen-Orient restent indéfiniment sur le bas-côté, sur la route de l’histoire et qu’ils ne puissent pas progresser vers plus de liberté et de citoyenneté.

Ce que veulent les chrétiens, c’est la pleine citoyenneté pour tous. C’est cela qu’ils demandent.

***

Lire mon prochain blog avec mes réactions et commentaires sur ce sujet !

Plus dans la section

Sois un ami

Related Post