Le paysan

Ce sont nos aïeux qui avaient raison,
quand le père réunissait la famille autour de la table,
qu’il bénissait le pain avec une croix en dessous,
puis comme un monarque, un chef de famille,
le partagé autour de lui pour manger la soupe de la mère.
Le pain était bon ! Le vin doux ! L’âtre chaud !
Le père représenté Dieu, l’autorité incontestée et crainte.
La mère, quant à elle, plus douce et réservée, rappelait
à ses enfants de prier le Bon Dieu avant d’aller se coucher.
Les anciens, les vieux, sentaient bon la sagesse et le vécu.
Les enfants aimaient s’agglutiner autour d’eux, serrés
l’un contre l’autre près de la cheminée, avide d’entendre
toutes leurs histoires sorties tout droit de leur besace.

Il fallait travailler la terre, cette terre qui exigeait tant d’eux.
Pas le temps d’être oisif, ce pain, il fallait le gagner, la mériter,
à la sueur de son front, ce lever tôt le matin pour se coucher tard.
Le paysan, ce cul terreux comme on l’appelé dans les villes,
comprenait mieux que quiconque cette terre…
Au diable bougre ! Qu’est-ce qu’il l’aimait cette terre,
quoique parfois, elle lui faisait tant de misères !
Mais de père en fils, on se battait pour la garder.

Les villages de nos campagnes souriaient avec leurs clochers,
qui battaient au gré des angélus et des glas. Ces petits mondes
ruraux vivaient dans des écrins de verdure, où la vie était prise
au sérieux, où le bon sens était de rigueur, où le Bon Dieu,
avait son mot à dire !

Chacun y trouvait sa place ; chacun y avait sa part à jouer.
Qu’on soit maire de la commune ou simple ouvrier qui
travaillait durement dans les champs, qu’on soit commerçant
ou simple forgeron, ou bien même le curé, qui célébrait les
naissances et les mariages, tout ce petit monde était la vie
qu’animaient nos campagnes, la respiration de cette nation.

La vie et la mort étaient partie intégrantes de ce tableau ;        les guerres, les intempéries, les mauvaises récoltes, laissaient
leurs cicatrices profondes, mais jamais, au non jamais, ce
petit monde ne perdait espoir, ne perdait son droit de vivre.

Le monde et ses villes passeront, mais ceux qui appartiennent à la terre, demeureront à tout jamais !

Patrick Etienne

P.S : Je suis un de ces infortunés, un Titi parisien comme on
m’appelle, né et élevé dans le béton et l’asphalte de cette ville
nauséabonde, où le moindre brin d’herbe a du mal à respirer.

Mais pourtant, que cette odeur campagnarde me manque, où
il fait bon de respirer le foin, les semailles et les récoltes, où
la vie a tout un autre sens, où l’homme retrouve ses racines !

Ce monde qui semble disparaître aujourd’hui, est pourtant
le salut pour l’humanité, son havre de paix, la restauration
de son équilibre et l’avenir pour ses enfants !

Terminons par cette petite histoire qui en dit long :

Deux bons amis, l’un banquier et l’autre naturaliste, étaient
engagés dans une profonde discussion en plein cœur dans
un centre-ville très animé.
On pouvait y entendre tous ces bruits qui nuisent tellement
à la santé, comme des marteaux piqueurs sur un chantier
proche, les klaxons incessants d’automobilistes pressés,
le vacarme des voitures et des camions, ainsi qu’une foule
bruyante haussant la voix pour se faire entendre.

Quant au beau milieu de la conversation, le naturaliste
interrompe son ami en lui disant :
« As-tu entendons ce bruit ? On dirait le chant d’un
grillon qui stridule pour une femelle »
Son ami, un peu interloqué, lui répond :
« Comment peux-tu entendre quoi que cela soit dans
un tel vacarme et brouhaha ? »
« Je te dis que c’est le bruit d’un insecte qui ressemble
à celui d’un grillon ! »

Sans plus tarder, notre naturaliste soulève une pierre
proche de lui pour y trouver un grillon en plein chant !

Comme vous pouvez le constater, dans la vie, nous
écoutons ce que nos oreilles veulent bien entendre :
les uns sont remplis du bruit incessant du vacarme
de cette société ; les autres, prennent le temps de
s’échapper pour écouter les sons de la vie !

P.P.S : Ne sommes-nous pas tous des culs-terreux ?
Souvent, le Citadin regarde les paysans avec cette
expression sur leurs visages et parfois avec mépris.
Mais n’avons-nous pas tous de la terre sous nos
chaussures ? Avons-nous oublié d’où cette nation
est sortie et ce que ce bon Sully aimait répéter :
« Labourage et pâturage sont les deux mamelles
De la France »
Le coq, notre mascotte nationale, nous rappelle,
lui, d’où nous sommes sortis…
      « De la terre nous sommes sortie ;
           à la terre nous repartirons ! »

 

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