Le Noël de grand-père Ray
                                                                                                                                                                                                                   
Martin Raymond était responsable
de la bibliothèque municipale de
Watercrest.

Dans sa jeunesse, il avait été à
l’école de Watercrest, et par la
suite, il y avait enseigné
l’histoire.

Mais maintenant il était âgé,
et bien qu’il aimât être entouré
d’enfants, sa mauvaise santé ne
lui aurait pas permis d’assumer
des cours quotidiens.

La bibliothèque était devenue
toute sa vie.

Il quittait d’ailleurs rarement
le bâtiment puisqu’il y louait
une petite chambre au deuxième
étage.

Bien qu’il ne se soit jamais
marié et qu’il  n’ait  jamais  
eu  d’enfants, il était fier
qu’on l’appelle “Grand-père Ray”
 
On prétendait qu’il avait lu
tous les livres de la
bibliothèque, et il en
prenait grand soin.

Certains disaient en plaisantant
qu’après son chien Minnie, les
livres étaient son plus grand
amour.

Tous les enfants aimaient
Grand-père Ray.

D’ailleurs s’ils venaient à
la bibliothèque, c’était
plus souvent pour écouter
ses anecdotes historiques
hebdomadaires que pour
emprunter des livres.

Il n’avait pas son pareil pour
captiver les enfants avec ses
histoires, ses diapositives,
ses films et ses anecdotes sur
les personnages célèbres du
passé.

Il y avait quelque chose de
magique chez lui qui donnait
le sourire à tous ceux qui
le rencontraient, qu’ils
soient jeunes ou plus âges.

On aurait dit que rien ne
pouvait le décourager.

Quand on lui demandait le
secret de cette paix
contagieuse, Grand-père
Ray l’attribuait au fait
que tous les soirs après
la fermeture de la
bibliothèque, il
consacrait une bonne
heure à prier et à
lire sa Bible.

Noël approchait et Grand-père
Ray espérait bien pouvoir
célébrer Noël avec tous les
élèves de Watercrest, dans
la bibliothèque.

La veille du réveillon de Noël,
il avait prévu de transformer
son coin historique en crèche
vivante.

Après tout, la naissance de
Jésus n’était-elle pas un
épisode important de
l’histoire de l’humanité ?

Joseph et Marie seraient là
avec le bébé dans la mangeoire.

Il y aurait aussi quelques
agneaux et un veau prêtés
pour l’occasion par un
fermier du village.

Grand-père Ray avait de nombreux
amis et il ne serait pas difficile
pour lui de trouver des volontaires
pour coudre les costumes ou prêter
du bois et de la paille, ou tout
ce dont il pourrait avoir besoin…

Comme les fêtes approchaient,
Grand-père Ray passa encore en
revue  tous  les  moindres 
détails.

Il voulait que ce soit une occasion
joyeuse et mémorable !

Il acheta un magnifique sapin de
Noël et le recouvrit de décorations.

Quand le grand jour arriva, il ferma
à tous la bibliothèque du matin au
soir, sauf à ceux qui venait l’aider.

Grand-père Ray fut plus occupé que
jamais avec les menuisiers qui
montaient la crèche et avec les
figurants.

Il n’eut même pas le temps d’ouvrir
un livre de la journée.

Mais il y a une chose qu’il n’oublia
pas !

Comme il serait à la fête ce soir,
il décida de prendre son heure de
prière plus tôt  dans  la journée.
 
Alors qu’il demandait à Dieu sa
bénédiction pour la fête qui allait
avoir lieu dans quelques heures,
il eut soudain un sentiment étrange.

Quelque chose comme un
avertissement
de ne pas avoir la
crèche et les
sièges pour les
spectateurs dans
son “coin historique”
comme
d’habitude, mais dans le coin
opposé de la bibliothèque.

“Quelle idée étrange !”se dit-il,
en essayant de se débarrasser de
ce sentiment bizarre.
 
Non seulement il venait de passer
des heures avec les autres
volontaires pour tout préparer,
mais il se faisait tard et les
volontaires étaient prêts à partir !

En plus cela faisait des années
qu’il donnait la fête dans le
“coin d’histoire”.

Déplacer toute la scène et la crèche
ainsi que les décors dans le coin
opposé de la bibliothèque qui était
plus petit, et cela à la dernière
minute semblait ridicule et stupide !

“Je suis en train de devenir fou”
pensa-t-il !

Pourtant, comme les minutes
passaient,
il ne parvenait pas à se
débarrasser
de ce sentiment urgent
qu’il devait
tout déplacer.

Finalement il n’y tint plus.

Il se dirigea vers les volontaires
fatigués qui étaient sur le point de
rentrer chez eux. 

Comment allait-il leur faire accepter
ce surcroît de travail uniquement à
cause d’une impression qu’il avait
eu en priant ?

La plupart des bénévoles étaient
déjà partis, et il n’en restait
que quelques-uns pour une tâche
qui en nécessiterait beaucoup plus.

La détermination de Grand-père Ray,
qui semblait tout à fait convaincu
qu’on n’avait pas le choix, avait
ému ceux qui acceptaient de rester.

Chose étonnante, ils parvinrent à
déplacer la crèche en très peu de
temps.

Ils avaient à peine terminé
lorsque les premiers enfants
arrivèrent.

La soirée se déroula sans aucun
problème !

Tout le monde avait oublié le
changement de dernière minute.

Les enfants grignotaient des
amuse-gueules tout en se mêlant
aux personnages de la crèche.

Ils serraient la main à la
“Sainte famille’’ et prenaient le
bébé Jésus dans leur bras à tour
de rôle, pendant que leurs parents
prenaient des photos ou
discutaient entre eux.

Pourtant Grand-père Ray se
sentait mal à l’aise.

Pourquoi avait-il fallu déplacer
toute la crèche vers une autre
partie de la bibliothèque ?

Etait-il en train de perdre la
tête ?

Il décida de ne plus y penser et
de s’amuser avec ses invités.

Il fit signe à  ses  assistants
d’apporter le gâteau 
d’anniversaire. 

Après tout, c’était l’anniversaire
de Jésus qu’on célébrait ce soir !

Il demanda aux enfants de s’asseoir
en demi-cercle, en faisant face à
la crèche, et tous ensemble
entonnèrent “Joyeux Anniversaire”
et applaudirent lorsqu’on apporta
le gâteau.

Tout à coup, un terrible fracas en
provenance du coin d’histoire
interrompit la fête.

Sous le regard terrifié de
l’assistance, un énorme camion
était en train de défoncer la
bibliothèque !

De toute évidence, le chauffeur
avait perdu le contrôle de son
véhicule alors qu’il empruntait
la bretelle d’autoroute.

Les vitres volèrent en éclats,
les murs s’écroulèrent et les
étagères pleines de livres
s’effondrèrent au passage du
poids-lourd renversé sur le
coté, qui écrasait tout sur
sa lancée.
 
Pendant quelques terribles
instants, il sembla que rien
ne pourrait arrêter ni ralentir
le camion qui se dirigeait vers
la foule terrifiée.

Et soudain, comme par miracle,
il s’arrêta à quelques mètres de
la foule.

Paralysés par la peur, personne
n’avait été capable de courir ni
même de crier durant ces quelques
secondes fatidiques.

Lorsque le calme fut revenu, tout
le monde put sortir du bâtiment
par une porte de derrière qui
débouchait sur un parking.

Des petits groupes se formèrent ;
certains montèrent dans leur
voiture, tandis que d’autres
se dépêchèrent de faire le
tour du bâtiment pour
contempler les dégâts.

La façade de la bibliothèque de
Watercrest avait été entièrement
démolie.

A l’intérieur, des milliers de
livres jonchaient le sol.

A l’emplacement du coin
historique, se trouvait maintenant
un camion renversé et recouvert
de gravats.

Les secours arrivèrent et
dégagèrent le chauffeur de
sa cabine.

On fut soulagé de découvrir qu’il
était sain et sauf, et qu’il n’y
avait eu aucune victime.

La seule partie de la bibliothèque
qui n’avait pas été détruite était
celle où s’étaient assis les
parents et les enfants !

Il fallut un certain temps aux
rescapés pour qu’ils se rendent
compte du miracle qui leur avait
sauvé la vie.

Mais ce Noël là, dans toutes les
églises de la région, tous
remercièrent Dieu de les avoir
épargnés d’une terrible tragédie !

Et de tous ceux qui remercièrent
Dieu à Noël, nul ne fut sans doute
plus reconnaissant que Grand-père
Ray qui avait agi sur une
intuition, en apparence absurde,
placée par Dieu dans son cœur.
                                                       

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