Bonne journée

Le jour où Napoléon s’est offert un saint patron

Anne Victoire Morard

En 1806, l’empereur Napoléon Ier exhume des mémoires un saint ayant vécu au IVe siècle, Neapolis, qui serait le nom antique de Napoléon. Fêté généralement le 2 mai, l’empereur ordonne cependant de le faire célébrer le 15 août, jour de la fête de l’Assomption mais aussi jour de son anniversaire. Retour sur le jour où l’empereur s’est offert un saint patron !

Jusqu’à la campagne de Russie en 1812, Napoléon Bonaparte est auréolé non seulement d’une gloire militaire mais également d’une toute autre gloire, bien étonnante pour celui qui n’a pas été tendre avec la religion catholique.

En effet, le 15 août, ce n’est pas la solennité de l’Assomption pour Napoléon car il a trouvé mieux ! S’agissant du jour de sa naissance et de l’anniversaire de la signature du Concordat en 1801 — symbole d’un retour à l’ordre civil et religieux — Bonaparte a naturellement décidé que serait fêté en France la saint Napoléon !

Népole, saint ou invention ?

Une gloire religieuse pour l’empereur existe bel et bien. Il n’est pas rare, en effet, de trouver des tableaux, vitraux ou même des statues représentent Napoléon sous les traits d’un dieu romain, allant même jusqu’à le représenter dans une attitude quasi christique sortant du tombeau de Sainte-Hélène et ressuscitant pour symboliser la gloire éternelle de l’Empire.

Mais la célébration du 15 août de saint Napoléon n’est pas liée à une quelconque canonisation avant l’heure de l’empereur. Cette fête prend racine à partir d’un obscur martyr du IVe siècle. Publié en 1846, la Légende Céleste : nouvelle histoire de la vie des saints, présente saint Népol ou Néopolus, un martyr persécuté sous le règle de Dioclétien et Maximien :

Parmi tant de fidèles qui versèrent leur sang pour la défense de la foi, saint Napoléon fut un de ces qui soutirent à Alexandrie avec un courage extraordinaire, pour le nom de Jésus-Christ, les tourments les plus inouïs.

Il n’est guère étonnant de voir qu’un parallèle est tissé entre Népol et le général Bonaparte qui, en 1801, rentrait de sa campagne d’Égypte. Pèlerinage sur les pas de son saint patron ou simple coïncidence imaginée par l’auteur de l’hagiographie napoléonienne ?

Mais l’histoire sainte de Népol ne s’arrête pas ici. En 1815 est publié, à Paris, L’Epître selon saint Napoléon. C’est l’année des Cent-Jours, au moment du retour de Napoléon de son premier exil sur l’île d’Elbe avant qu’il ne soit envoyé définitivement sur l’île de Sainte-Hélène où il finira ses jours. L’auteur de cet épitre, puisqu’il n’en est rien antique, souhaitait souligner le lien entre l’empereur et la religion, Népol et même le Christ :

Je vous donne un commandement nouveau parce que les ténèbres sont passées, et que la vraie lumière commence déjà à luire. /…/ annonça le retour du Seigneur. Son apparition subite se répandit aussitôt sur tous les points du royaume. Tous volaient au devant de sa personne majestueuse ; les alleluia résonnaient de toutes parts. /…/ Toues les cours et autorités virent rendre hommage au Seigneur, et l’Empire, éclairé de sa lumière, reprit aussitôt sa première splendeur.

Sympathie catholique et décret impérial

Le culte de saint Napoléon appartient certainement plus à la politique qu’à l’hagiographie, et a connu une grande impulsion après la victoire d’Austerlitz en décembre 1805. Afin de gagner la sympathie des catholiques, dans une période troublée où les fêtes religieuses sont mêlées aux fêtes révolutionnaires, beaucoup ont cherché à donner au nom de Napoléon un caractère sacré pour faire opposition à la tradition qui liait depuis longtemps les Bourbon à saint Louis et qui continuait à inspirer les ambitions des légitimistes français.

Vitrail représentant saint Napoléon sous les traits de Napoléon Bonaparte dans l’église Saint-Louis de Vichy.

Pendant tout le Premier Empire, le 15 août est devenu jour de la fête nationale et, même sous Napoléon III, la fête patronale de l’empereur était d’une importance capitale. Tout au long du XIXe siècle, des célébrations mettaient en avant la gloire de l’empereur et de son divin avènement sur le trône impérial !

Un saint présent dans les églises

Promenez-vous à Milan, vous trouverez un légionnaire romain sous les traits de Napoléon. À Vichy, des vitraux représentent l’empereur auréolé. Dans bien d’autres endroits, saint Napoléon, au physique étrangement ressemblant à l’empereur, est présent un peu partout.

À Milan, dans le musée du Duomo, on retrouve, dans les collections, certains modèles en plâtre du XIXe siècle de nombreux artistes gravitant autour de l’Academia di Brera. Parmi
ces œuvres se trouve une statue étonnante réalisée par Abbondio Sangiorgio en 1858
représentant saint Napoléon.

La sculpture s’inscrit dans une série réalisée dans le but de rendre hommage aux puissances européennes contemporaines : dans le cas présent, le lien avec l’empereur français se concrétise non seulement par le choix du sujet, mais aussi par la ressemblance qui fait clairement référence au visage du jeune Napoléon Bonaparte.

Statues, peintures ou même vitraux, l’art religieux du XIXe siècle a été le moyen de faire passer des messages napoléoniens afin de remettre sur son piédestal l’empereur qui, en 1821 s’est éteint au milieu de l’océan sur l’île perdue de Sainte-Hélène.

***

Napoléon contre Pie VII : duel de géants autour d’un Concordat

Camille Dalmas

Le 15 juillet 1801, le Saint-Siège et le Consulat français signaient le Concordat, accord sur les relations entre la France et les États pontificaux concernant l’Église en France. Le père Bernard Ardura, président du Comité pontifical pour les sciences historiques, raconte comment ce texte, encore très important aujourd’hui, est le fruit de la confrontation de deux personnalités hors du commun : d’une part Barnaba Chiaramonti, connu à partir de 1800 comme le pape Pie VII, et face à lui le consul Napoléon Bonaparte, dont on célèbre le 200e anniversaire de sa mort ce 5 mai 2021.

Dès 1789, la Révolution française a mis fin aux privilèges de l’Église en France et provoqué, en 1790, la scission de l’institution entre une Église constitutionnelle et dépendante de la République française et une Église dite réfractaire, fidèle au pontife.

L’opposition entre le pouvoir du Pape et la France atteint même son sommet quand le pape Pie VI (1717-1799) est fait prisonnier par les armées de la Révolution. 

Camille Dalmas : pourquoi est-ce que son successeur Pie VII et Napoléon se retrouvent quelques années plus tard à négocier la mise en place d’un régime concordataire ?

Père Bernard Ardura : la Révolution française a anéanti la France. Dès lors, nous nous trouvons à l’époque en présence de deux entités qui ont intérêt, l’une et l’autre, à trouver un accord – pour ne pas dire une réconciliation. Bonaparte sait qu’il a besoin des catholiques qui ont été persécutés pendant la Révolution : il y a alors une véritable fracture sur le plan politique – liée à la sacralité de la personne du roi. Mais aussi sur le plan religieux, notamment avec la tentative par la Révolution d’instaurer une religion païenne, qui a finalement échoué. Et se pose bien entendu sur ce même plan le problème de la division des catholiques à cause de l’Église constitutionnelle.

Pour Bonaparte comme pour Pie VII, qui a succédé à Pie VI en 1800, il faut recomposer l’unité religieuse de ce pays. Bonaparte sait que seule une référence explicite au pape peut permettre cette unité. Pie VII, pour sa part, sait qu’en France l’Église romaine n’existe plus sur le plan juridique, qu’elle a perdu tous ses biens et qu’elle est divisée. Pour faire valoir cet accord, Pie VII peut compter sur le cardinal Ercole Consalvi.

Cet homme de confiance du pape va jouer un rôle clef dans les négociations ?

Père Bernard Ardura : Oui, il a été le plus grand secrétaire d’État du Saint-Siège qu’on ait jamais connu. Il a laissé des Mémoires qui sont très précieux pour comprendre cet accord. Cet homme de génie est prêt à tout céder jusqu’au moment où on arrive à ce qui ne peut pas être négocié. Le pape veut que l’Église retrouve son unité et sa liberté, et sur cela, le cardinal Consalvi et lui ne céderont pas. Consalvi, véritable visionnaire, a été l’homme clé des négociations, n’hésitant pas à faire enrager Bonaparte.

Dans une de ses crises de colère dans laquelle le Corse menace de tout rompre, il déclare à Consalvi : Je vous détruirai ! Le cardinal italien lui aurait alors répondu : Depuis 1800 ans, nous autres avons essayé de le faire et n’y sommes pas parvenus !

L’Église catholique va malgré tout être contrainte de céder complètement sur la question des biens du clergé, confisqués dès 1789 …

Absolument, cette prétention est abandonnée. Mais ce n’est pas tout. Le Saint-Siège fait l’impasse sur toute la question des religieux, dont il ne sera pas question dans le Concordat, en particulier parce que tous les biens des religieux ont été vendus comme biens nationaux. Et ce problème restera important jusqu’en 1903.

Quel est le plan de Bonaparte face à ces prétentions et concessions ?

Napoléon Bonaparte a une idée précise de ce qu’il veut. Cette réconciliation avec l’Église n’est qu’un moyen pour rétablir l’autorité de l’État, c’est-à-dire la sienne. L’Église catholique est pensée comme un instrument de sa politique. Pour ce faire il va ajouter au Concordat les fameux articles organiques qui interdisent par exemple aux évêques de se réunir, d’apparaître comme un corps. C’est un acte unilatéral, et le Pape ne les acceptera jamais.

Chacun des 130 diocèses de France sont alors pris individuellement et calqués sur les départements. En trouvant un accord avec la religion catholique, il veut dans les faits renforcer la mainmise qu’il a sur toutes les dimensions de la société française, et pense les évêques comme de simples préfets violets.

Le fait que l’accord prenne beaucoup de temps à être trouvé est-il la preuve que les deux signataires ne sont pas du tout sur la même ligne ?

Il va prendre beaucoup de temps parce que Napoléon va évidemment exiger des choses extraordinaires que ne pourra pas accepter l’Église catholique. Chacun défend son autorité. L’accord va par exemple donner lieu à un acte unique dans l’histoire de l’Église : le Pape va demander la démission de tous les évêques. C’est un événement qui a une portée considérable : l’autorité du Pape va en sortir affermie.

Plus tard, Napoléon fera pour sa part venir le Pape pour son couronnement sans lui donner de véritable place, en faisant un simple instrument de son triomphe.

Pourquoi le Saint-Siège accepte ce genre de concessions humiliantes, ou encore le fait de voir son clergé embrigadé par le pouvoir français ? Est-ce parce que le rapport de force est en la faveur de Bonaparte ?

Pie VII accepte avant tout l’ensemble de ces concessions pour que l’Église puisse à nouveau être libre dans l’exercice du culte. C’est l’objectif supérieur sur lequel il ne transigera jamais, même quand il est enlevé à Rome en 1809 puis fait prisonnier par l’empereur à Fontainebleau.

Sa confrontation avec Napoléon montre que même doté de sa seule force morale, le pontife avait une vraie fibre diplomatique.

Pourquoi le Concordat cède-t-il aux demandes du pouvoir français sur la question des nominations des évêques ?

Encore une fois c’est une question de priorité. La question des évêques n’est pas à l’époque un problème considérable, d’autant plus que d’autres pays ont déjà à l’époque mis en place des concordats. Le Pape avait donc accepté de donner la mission canonique aux évêques choisis par le gouvernement français.

Les choses ont évolué en faveur du Saint-Siège depuis. En Alsace et Moselle où subsiste le Concordat aujourd’hui, le Président de la République accepte de nommer les évêques que le Pape a choisi.

La lecture du Concordat par Napoléon s’inscrit à la fois dans la longue tradition gallicane mais est aussi le fruit des Lumières – comme le montre l’approche libérale du gouvernement avec la reconnaissance des religions minoritaires, protestants et juifs. Pour le Saint-Siège, peut-on dès lors parler, avec la signature de ce Concordat, d’un basculement dans une autre époque ?

Oui parce que, dans ce Concordat, l’autorité du Pape est reconnue. Par exemple dans le cas de la Pragmatique Sanction de Bourges en 1438 [dans laquelle le roi Charles VII s’était affirmé comme gardien des droits de l’Église en France, ndlr], on était dans du pur gallicanisme.

Dans le cas du Concordat, on reconnaît que seul un accord avec le Pape peut régler la question religieuse, et la réconciliation nationale après la Révolution. Comme le pape veut à tout prix que l’Église puisse exercer librement sa mission, il consent à beaucoup de concessions.

Tous les problèmes sont-ils résolus pour le pape en 1801 ?

Non, et Pie VII va alors envoyer le cardinal Giovanni Battista Caprara qui est envoyé comme légat en France pour résoudre tous les problèmes. Ce dernier va notamment être particulièrement actif pour réconcilier les réfractaires et les constitutionnels. Si Pie VII est en apparence une personnalité assez effacée, son légat est bien vu comme son représentant. Et dès lors, c’est bien le pontife qui domine la scène, et Napoléon le sait.

Un autre fait va jouer en la faveur de Pie VII : ses voyages en France. Tout d’abord le premier voyage en France, après le Concordat, est à la fois le plus long voyage officiel du pape dans le pays, et un immense succès populaire. Le second, quand il est libéré de Fontainebleau, donne lieu à un manœuvre importante du pouvoir pour éviter de le faire passer par la vallée du Rhône où on craint qu’il ne soulève les foules d’enthousiasme. On choisit alors de lui faire contourner le Massif central

Le Pape sort-il vainqueur de cette gigantomachie ?

Oui, on peut le dire. Ce Concordat a coûté cher à l’Église, mais le but que poursuivait le Pape a été atteint : l’Église constitutionnelle a disparu. Le texte a été par la suite modifié, se libérant notamment des articles organiques pendant la Restauration.

Puis la confrontation a repris sous d’autres formes pendant des années jusqu’au début du XXe siècle. Pie VII aura été un Pape extrêmement fin, qui, en dépit d’une apparence de faiblesse, a fait montre d’une volonté de fer.

Sa confrontation avec Napoléon montre que même doté de sa seule force morale, le pontife avait une vraie fibre diplomatique. Et pour favoriser la réconciliation qu’il souhaitait pour la France et son Église divisée par la Révolution, il va aussi savoir se montrer conciliant, faisant preuve d’une miséricorde extraordinaire.

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Pour Napoléon, la non-confessionnalité de l’État ne signifiait pas séparation.

Thierry Lentz

Le 5 mai 1821, Napoléon meurt à Sainte-Hélène. Deux cent ans après, que reste-t-il de l’héritage de l’Empereur dans les relations entre l’Église et l’État ?

Après le Concordat, les relations se tendent entre Napoléon et les catholiques. Pour le directeur de la Fondation Napoléon, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages et de publications sur l’œuvre de l’Empereur dont un récent Pour Napoléon (Perrin), l’Église apparaît comme le vainqueur de l’affrontement. Pour autant, l’héritage napoléonien continue de marquer la conception française de la laïcité.

Aleteia : le Concordat, signé en 1801, est voulu par Napoléon pour refaire la fusion nationale. L’Église a-t-elle tiré parti de la pacification napoléonienne ?

Thierry Lentz : Le Concordat est, à l’origine, un accord avantageux pour l’Église. Il lui permet de reprendre une place dans la société française, sous certaines conditions, tandis que les gouvernements révolutionnaires avaient voulu l’en priver. En gros, l’accord reprend les pratiques du gallicanisme, ce dont Rome aurait certes voulu se passer mais que Pie VII accepte finalement pour faire rentrer sa fille aînée dans le sein de l’Église.

Les choses se gâtent cependant très rapidement, avec la publication unilatérale par le gouvernement français des fameux articles organiques qui bouleversent le fragile équilibre du Concordat en faveur de l’État. Le conflit va aller crescendo et aboutir à l’occupation des États romains, à l’excommunication de Napoléon et à l’arrestation du pape. Ceci étant dit, la victoire de Napoléon ne durera pas.

À l’arrivée, à la restauration des Bourbons, l’Église peut apparaître comme le vainqueur de l’affrontement, ce qui, cette fois, lui permettra de jouer à front renversé et de refuser… la révision du Concordat dans les années 1820.

Mieux, elle fera son retour dans les grandes instances étatiques et l’enseignement. Au final, on peut dire que malgré ou même grâce aux orages des années napoléoniennes, elle fait un remarquable retour dans la société française, position qui ne lui sera plus contestée pendant trois quarts de siècle.

Les relations de Napoléon avec l’Église catholique sont de fait ambiguës. Son objectif est l’ordre public : il se montre favorable au sentiment religieux, mais il consacre bien une forme de tutelle de l’État sur la religion. N’a-t-il pas contribué à semer le germe d’une hostilité qui resurgit en permanence à travers une conception négative de la laïcité ?

La question principale dans les relations Église-État est en effet pour Napoléon l’ordre public. Il n’intervient quasiment pas dans les croyances, sauf à la marge lors de la rédaction du nouveau catéchisme. Celui-ci est dit impérial car on y demande aux fidèles de prier pour l’empereur et pour la France, ce qui n’a rien de rédhibitoire pour les catholiques.

En revanche, dans le cadre d’une société en ordre, au sein de laquelle l’État joue un rôle central, il ne tolère aucun empiètement, ce que d’ailleurs les évêques ont généralement bien compris et admis. Sans doute cette attitude rigide et constante a-t-elle joué sur la relation entre les deux institutions de façon durable. Restaurateur des cultes, Napoléon en est aussi le réorganisateur. C’est à l’État qu’il revient de donner leur place aux religions et de sanctionner les écarts.

Peut-on dire que la « marque napoléonienne », qui appartient dites-vous à l’identité française, s’est retrouvée dans la loi de 1905 ?

La non-confessionnalité de l’État, proclamée par la Révolution et assise par le Code civil, est incontestablement un héritage napoléonien. Mais elle est surtout constituée d’un faisceau de solutions pratiques, comme l’acceptation du divorce civil, l’exclusion de l’Église des actes d’état-civil, etc.

Sur ce plan, Napoléon n’était pas pour autant un doctrinaire. Il acceptait une intervention des cultes dans la vie politique et sociale, à condition (mais c’est une condition importante) qu’elle ne remette pas en cause la primauté du pouvoir civil et le sacro-saint ordre public.

Cette non-confessionnalité ne signifiait pas une séparation, la prise en charge des salaires ecclésiastiques, la nomination des évêques par le chef de l’État suivie de leur investiture par le pape formaient un ensemble de collaborations qui obligeaient à se parler et à collaborer. Si le conflit fut vif au sommet parfois, il ne troubla guère les pratiques cultuelles de l’ensemble de la population.

L’art politique napoléonien pourrait-il servir aujourd’hui dans la lutte contre le communautarisme et les séparatismes ?

On dit souvent que pour organiser le culte musulman, l’État pourrait s’inspirer de ce que Napoléon a fait pour l’assimilation des juifs, par ses décrets de mars 1808. On oublie cependant que si la solution trouvée fut à terme un grand succès, elle comprenait aussi des concessions importantes de la part des Français juifs et une certaine dose de contrainte.

C’est sans doute ici que le bât blesse pour reproduire la procédure ou s’en inspirer : après 1808 et la réorganisation complète du culte mosaïque, l’État fit preuve de constance et, surtout d’autorité, pour ne tolérer aucun manquement du côté de ses nouveaux partenaires … qui d’ailleurs jouèrent toujours parfaitement le jeu.

Le nerf d’une telle négociation est donc bien une clarté de vue, une constance et, pour l’application concrète, l’autorité de l’État. Ce sont au fond des conditions qui paraissent manquer aujourd’hui.

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