La naissance de Jésus (2ème partie)

Dans son récit sur la naissance de Jésus, Luc commence par nous relater la naissance de Jean le Baptiste, qui était à la fois un parent de Jésus et le précurseur du Messie. Luc souligne les nombreuses références à l’Ancien Testament et fait le lien entre les promesses de Dieu à Israël et l’accomplissement de ces promesses dans la naissance de Jésus.
Nous faisons la connaissance d’un prêtre nommé Zacharie dont l’épouse, Élisabeth, était une descendante d’Aaron, le frère de Moïse et premier prêtre d’Israël.[1] Zacharie et Élisabeth étaient tous deux justes aux yeux de Dieu et observaient tous les commandements et toutes les lois du Seigneur de façon irréprochable. Ils n’avaient pas d’enfant, car Élisabeth  était stérile et tous deux étaient déjà très âgés.[2]
A l’époque biblique, l’infertilité était souvent perçue comme une punition divine et une occasion de honte.[3] Toutefois la situation de Zacharie et Élisabeth n’est pas sans rappeler celle de couples vertueux de l’histoire d’Israël qui étaient, eux aussi, stériles mais qui conçurent un enfant suite à l’intervention de Dieu : Abraham et Sara[4], Elqana et Anne[5], Isaac et Rébecca[6], Jacob et Rachel[7], et les parents de Samson.[8]
En sa qualité de prêtre, Zacharie officiait dans le temple deux fois par an. La prêtrise comportait vingt-quatre ordres ou classes sacerdotales. Chaque classe servait dans le temple à tour de rôle, pendant une semaine, tous les six mois. Par conséquent, à tout moment, il n’y avait qu’un seul groupe de prêtres officiant dans le temple.[9]
Cette année-là, suivant la coutume des prêtres, il avait été désigné par le sort pour entrer dans le sanctuaire du Seigneur et y offrir l’encens.[10] Un des rituels quotidiens du temple consistait à brûler de l’encens avant le sacrifice du matin et après le sacrifice du soir. Ces offrandes d’encens avaient lieu dans le sanctuaire, appelé le Lieu Saint, lequel était le deuxième lieu le plus sacré après le Saint des Saints. C’était un grand honneur pour un prêtre d’être désigné pour offrir ce sacrifice, et chaque prêtre avait le droit de le faire une seule fois dans sa vie. Pour avoir cet honneur, le prêtre était choisi par tirage au sort, et on considérait celui que le sort avait désigné comme étant choisi par Dieu. Sur les cinq prêtres participant au service, un seul était choisi pour offrir l’encens.
L’autel des parfums était situé dans le sanctuaire même, séparé du Saint des Saints – le lieu où Dieu était censé résider – par une épaisse tenture. Seul le grand-prêtre était autorisé à pénétrer dans le Saint des Saints, et seulement une fois par an, à l’occasion de Yom Kippour, le jour du Grand Pardon. Le rituel de l’offrande du parfum sur l’autel, qui n’était séparé du Saint des Saints que par une tenture, mettait Zacharie plus près de la présence de Dieu que n’importe qui d’autre, à part le Grand Prêtre. C’était un grand honneur.[11]
Alors que Zacharie se trouvait dans le sanctuaire, tout à coup, un ange du Seigneur lui apparut, debout à droite de l’autel des parfums. Quand Zacharie le vit, il en fut bouleversé et la peur s’empara de lui.[12] La droite était considérée comme la place d’honneur, ce qui pourrait être une indication de l’importance de l’ange, qui n’était autre que Gabriel – ce même ange qui, six mois plus tard, rendra visite à Marie, et qui, des siècles auparavant, avait été porteur d’un message pour Daniel. Zacharie avait réagi de la même façon que Daniel, qui avait dit: « J’entendis une voix, venant de la rivière Oulaï, lui crier : Gabriel, explique à cet homme la vision qu’il a eue. Gabriel s’approcha de l’endroit où je me tenais. Terrifié, je me jetai le visage contre terre. » [13]
L’ange dit à Zacharie : « N’aie pas peur, Zacharie, car Dieu a entendu ta prière : ta femme Élisabeth te donnera un fils. Tu l’appelleras Jean. Il sera pour toi le sujet d’une très grande joie, et beaucoup de gens se réjouiront de sa naissance. Il sera grand aux yeux du Seigneur.[14] Dans l’Ancien Testament, lorsque Dieu nommait un enfant, il s’agissait souvent de quelqu’un qui aurait une importance particulière pour le salut des hommes. Le fait de dire que beaucoup de gens se réjouiraient de sa naissance et qu’il serait grand aux yeux du Seigneur renforçait l’idée qu’il aurait un rôle très important à jouer dans le plan divin du salut.
L’ange annonce à Zacharie que son fils ne boira ni vin, ni boisson alcoolisée et qu’il sera rempli de l’Esprit Saint dès le sein maternel.[15] Quand les prêtres accomplissaient leur service dans le temple, ils s’abstenaient de boissons alcoolisées, tout comme ceux qui faisaient un vœu de nazaréen.[16] Le fait de s’abstenir de boissons alcoolisées était un signe de séparation de la vie normale pour pouvoir se consacrer à une tâche divine, soit temporairement soit pour toute la vie. Donc là, nous voyons que Jean est choisi par Dieu avant même sa conception.[17]
L’ange donne à Zacharie un aperçu du futur de l’enfant.
Il ramènera beaucoup d’Israélites au Seigneur leur Dieu. Il viendra comme messager de Dieu avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour réconcilier les pères avec leurs enfants et ramener les désobéissants à la sagesse des justes ; il formera un peuple prêt pour le Seigneur.[18]
Le rôle de Jean sera celui d’un prophète chargé d’amener la réconciliation spirituelle à la nation, en faisant revenir beaucoup de gens au Seigneur. Sa venue, dans l’esprit et la puissance d’Elie, renvoie à la promesse faite par Dieu, quatre siècles auparavant, dans le livre de Malachie :
Avant la venue du jour du Seigneur, ce jour grand et terrible, je vous enverrai le prophète Élie. Il fera la paix entre les pères et leurs enfants, ainsi qu’entre les enfants et leurs pères. Alors, je ne viendrai pas détruire votre pays. »[19]
La tâche de Jean est de préparer le peuple d’Israël à la venue du Seigneur, en les amenant à la repentance. La fin de la période d’attente du Messie, et la délivrance, approchent. Dieu s’est mis en marche. [20]
C’est alors que Zacharie rétorque à l’ange:
Comment saurai–je que cela est vrai ? Car je suis vieux et ma femme aussi est âgée.[21]
C’est le signe que Zacharie a des doutes; sur quoi, l’ange répond:
 Je suis Gabriel. Je me tiens devant Dieu, qui m’a envoyé pour te parler et t’annoncer cette nouvelle. Alors, voici : tu vas devenir muet et tu resteras incapable de parler jusqu’au jour où ce que je viens de t’annoncer se réalisera ; il en sera ainsi parce que tu n’as pas cru à mes paroles, qui s’accompliront au temps prévu.[22]
En signe de confirmation, Gabriel déclare que Zacharie restera muet, et sans doute sourd également [23], jusqu’à ce que tout ce qui lui a été annoncé s’accomplisse.[24]
Tout au long de l’Ancien Testament, nous voyons Dieu donner des signes à son peuple, comme ce fut le cas pour Abraham[25], Moïse[26], Gédéon[27], Ezéchias[28] et Ahaz.[29] Comme pour les signes dans l’Ancien Testament, le signe donné à Zacharie garantit que la promesse de Dieu s’accomplira mais, dans ce cas précis, c’est aussi pour le punir de son incrédulité. Dans l’Évangile de Luc, Dieu donne des signes de sa propre initiative, [30] mais Il ne voit pas favorablement les demandes de signes.[31] [32]
A la fin de sa période de service dans le temple, Zacharie rentre chez lui et, peu de temps après, nous apprenons que sa femme, Élisabeth, est enceinte – comme l’avait annoncé l’ange Gabriel. Quand elle se rend compte qu’elle est enceinte, Élisabeth réagit en exprimant sa gratitude par des louanges : « C’est l’œuvre du Seigneur ! Il a jeté maintenant un regard favorable sur moi, et effacé ce qui faisait ma honte aux yeux de tous. »[33] On imagine aisément la joie qu’elle a dû éprouver à ce moment-là.
On nous précise qu’Élisabeth resta confinée chez elle pendant cinq mois. Aucune explication ne nous est fournie, mais il est possible qu’elle soit restée confinée chez elle jusqu’à ce que sa grossesse soit évidente, afin d’éviter cinq mois supplémentaires de la honte qu’elle avait eu l’habitude de porter pendant toute sa vie de femme mariée. Au bout de cinq mois, tout le monde a surement remarqué son état et a compris que Dieu avait jeté sur elle un regard favorable.[34]
Puis le récit nous transporte six mois après la visite de l’ange Gabriel à Zacharie. Gabriel est alors envoyé en mission dans le village de Nazareth, situé dans la région de Galilée, au Nord de la Judée, pour apprendre à Marie qu’elle va devenir la mère du Messie.
L’ange annonce à Marie que son fils sera grand. Il sera appelé « Fils du Très–Haut », et le Seigneur Dieu Lui donnera le trône de David, son ancêtre. Il régnera éternellement sur le peuple issu de Jacob, et son règne n’aura pas de fin.[35] Il est probable que Marie ait déduit de ces informations et de l’emploi du titre Fils du Très–Haut que son fils deviendrait le roi d’Israël.[36] Au fur et à mesure du déroulement de sa vie, il apparait de plus en plus clairement que son rôle sera très différent de ce que l’on pourrait attendre du Messie des Juifs. Nous découvrons qu’Il est en fait le Fils de Dieu.
Comme la réponse de Marie à l’annonce de l’ange Gabriel a déjà été commentée dans l’article précédent, nous allons maintenant passer à  la visite de Marie à sa cousine Élisabeth. Peu de temps après la visite de Gabriel, et après avoir accepté de devenir miraculeusement la mère du Sauveur, on nous dit que Marie partit pour se rendre en hâte dans une ville de montagne du territoire de Judée. Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth.[37]
Nazareth est une ville de la Galilée, située à environ 110 kilomètres au nord de Jérusalem, qui est en Judée. Il est intéressant de noter que l’ange est apparu à Zacharie dans le temple, à Jérusalem, dans le Lieu Saint situé tout près du Saint des Saints. En revanche, il apparaît à Marie à Nazareth, en Galilée, assez loin du centre de la foi juive. Dieu était en train de faire quelque chose d’entièrement nouveau, et au fur et à mesure de la progression du récit de l’Évangile, nous allons voir que l’action va s’éloigner du temple et se concentrer sur le Fils de Dieu. Comme l’explique Brown :
Si l’apparition de l’ange à un prêtre, en l’occurrence Zacharie, dans le temple de Jérusalem, marque la continuité avec les institutions de l’Ancien Testament, l’apparition de Gabriel à Marie, qui a lieu à Nazareth, – une ville à laquelle aucune attente de l’Ancien Testament n’est liée – signale le caractère entièrement nouveau de ce que Dieu est en train de faire.[38]
Dès son arrivée chez Élisabeth, Marie salue sa cousine; au moment où celle–ci [Élisabeth] entendit la salutation de Marie, elle sentit son enfant remuer en elle. Elle fut remplie du Saint–Esprit et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie plus que toutes les femmes et l’enfant que tu portes est béni. Comment ai–je mérité l’honneur que la mère de mon Seigneur vienne me voir ? Car, vois–tu, au moment même où je t’ai entendu me saluer, mon enfant a bondi de joie au dedans de moi. Tu es heureuse, toi qui as cru à l’accomplissement de ce que le Seigneur t’a annoncé. »[39]
Marie salue Élisabeth comme le demande l’étiquette, puisqu’Élisabeth était son aînée, une descendante d’Aaron, l’épouse d’un prêtre, et qu’elle avait été bénie de Dieu sous la forme d’une grossesse assistée divinement. Au moment où Élisabeth entend la salutation de Marie, son enfant se met à remuer dans son ventre, ce qui l’incite, sous l’inspiration du Saint-Esprit, à bénir Marie et l’enfant qu’elle porte en elle. Pour le lecteur de l’Évangile, c’est la confirmation de ce que l’ange a annoncé à Marie lorsqu’il lui est apparu : Marie est bel et bien enceinte. Alors qu’Élisabeth est, d’un point de vie social, la supérieure de Marie, elle se place d’elle-même en position d’infériorité et honore son invitée en la reconnaissant comme « la mère de mon Seigneur » et en l’appelant « bénie plus que toutes les femmes », confirmant ainsi le message de Gabriel concernant la faveur divine dont a bénéficié Marie.[40]
Marie répond par ce magnifique hymne de louanges que nous appelons aujourd’hui le Magnificat.
Alors Marie dit : « Mon âme chante la grandeur du Seigneur et mon esprit se réjouit à cause de Dieu, mon Sauveur. Car Il a bien voulu abaisser son regard sur son humble servante. C’est pourquoi, désormais, à travers tous les temps, on m’appellera bienheureuse. Car le Dieu tout–puissant a fait pour moi de grandes choses ; saint est son nom. Et sa bonté s’étendra d’âge en âge sur ceux qui Le révèrent. Il est intervenu de toute sa puissance et Il a dispersé les hommes dont le cœur était rempli d’orgueil. Il a précipité les puissants de leurs trônes, et Il a élevé les humbles. Il a comblé de biens ceux qui sont affamés, et Il a renvoyé les riches les mains vides. Oui, Il a pris en main la cause d’Israël, Il a témoigné sa bonté au peuple qui Le sert, comme Il l’avait promis à nos ancêtres, à Abraham et à ses descendants pour tous les temps. »[41]
Comme les autres hymnes de louanges des Psaumes, celui-ci comporte trois parties : premièrement, une introduction sous forme de louanges adressées à Dieu; deuxièmement, l’hymne proprement dit, qui explique la raison des louanges et qui commence souvent par « car » ; troisièmement, la conclusion.
L’introduction de Marie, sous la forme d’une louange, commence ainsi : « Mon âme chante la grandeur du Seigneur et mon esprit se réjouit à cause de Dieu, mon Sauveur. »[42] Elle continue avec la partie principale de l’hymne (versets 48 à 53), qui commence par : « Car Il a bien voulu abaisser son regard sur son humble servante ».[43] Le même mot grec, qui a été traduit pas « car » dans ce verset, a été traduit 173 fois par  « parce que » ou « puisque » dans le Nouveau Testament. La raison (ou le « parce que ») des louanges concerne les attributs de Dieu (tout-puissant, saint, bon) et ses œuvres (Il est intervenu dans toute sa puissance, a dispersé les orgueilleux, a précipité les puissants de leurs trônes, a élevé les humbles, comblé les affamés). La conclusion résume les exploits de Dieu (Il a pris en main la cause d’Israël) et ses attributs (Il a témoigné sa bonté au peuple) en venant au secours de son serviteur Israël.[44]
Marie demeura chez Élisabeth pendant environ trois mois, probablement pour l’assister au cours des derniers mois de sa grossesse. On ne sait pas avec certitude si elle est partie avant ou après l’accouchement d’Élisabeth ; cela a très bien pu être l’un ou l’autre. Ces deux femmes, qui jouèrent un rôle d’une importance capitale dans le salut de l’humanité, purent se réconforter mutuellement et s’entraider avant la naissance de leurs enfants. Nul doute que les mois passés avec Élisabeth fortifièrent Marie en prévision de ce qui l’attendait lorsqu’elle rentrerait chez elle et qu’elle devrait expliquer à Joseph qu’elle était enceinte.
NB:
Sauf indication contraire, les passages bibliques cités sont extraits de la Sainte Bible, version du Semeur, copyright © 2000 par  Société Biblique Internationale. Tous droits réservés. Avec permission. Les autres versions citées sont la Bible en français courant (BFC), la Parole de Vie (PDV), et Parole vivante (PVV).
[1] Tu feras approcher Aaron et ses fils de l’entrée de la tente de la Rencontre, et tu les feras se laver dans l’eau ; puis tu revêtiras Aaron des vêtements sacrés, tu l’oindras pour le consacrer et il exercera pour moi la fonction de prêtre. (Exode 40:12–13).
[2] Luc 1:6–7.
[3] Genèse 16:4; 29:31; 30:1, 22–23; 1 Samuel 1:5–6.
[4] Genèse 18:11–14.
[5] 1 Samuel 1:1–2.
[6] Genèse 25:21.
[7] Genèse 30:22–23.
[8] Juges 13:2–3.
[9] Green, L’Evangile de Luc, 68.
[10] Luc 1:9.
[11] Green, L’Evangile de Luc, 70.
[12] Luc 1:11–12.
[13] Daniel 8:16–17 BFC.
[14] Luc 1:13–15.
[15] Luc 1:15.
[16] Nombres 6:1–4.
[17] Green, L’Évangile de Luc, 75.
[18] Luc 1:16–17 BFC.
[19] Malachie 4:5–6 PDV.
[20] Green, L’Évangile de Luc, 76, 78.
[21] Luc 1:18 BFC.
[22] Luc 1:19–20.
[23] Luc 1:62-63.
[24] Bock, Jésus d’après les Ecritures, 59.
[25] Genèse 15:7–17.
[26] Exode 4:1–17.
[27] Juges 6:36–40.
[28] 2 Rois 20:1–11.
[29] Esaïe 7:10–17.
[30] Luc 1:36; 2:12.
[31] Luc 11:16, 29–30; 23:8.
[32] Green, L’Évangile de Luc, 79.
[33] Luc 1:25.
[34] Green, L’Évangile de Luc, 81.
[35] Luc 1:32–33.
[36] Green, L’Évangile de Luc, 81, 60.
[37] Luc 1:39–40.
[38] Brown, La naissance du Messie.
[39] Luc 1:41–45.
[40] Green, L’Évangile de Luc, 81, 94.
[41] Luc 1:46–55.
[42] Luc 1:46–47.
[43] Luc 1:48.
[44] Brown, La naissance du Messie, 355–56.

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