La mangeoire et l’auberge

Une lecture plus attentive du récit de la naissance de Jésus dans l’Évangile nous donne une image quelque peu différente que celle des traditions qui se sont développées autour de sa naissance.

Pour commencer, examinons l’endroit où Jésus vit le jour et quel type d’hébergement Marie et Joseph trouvèrent. Joseph et Marie se rendirent à Bethléem parce que Joseph était de la lignée royale du roi David et qu’il était obligé de retourner dans son village d’origine pour le recensement qui avait lieu.

Il est fort probable que beaucoup de gens étaient venus séjourner dans le petit village de Bethléem pour cause de recensement, ce qui signifie que la plupart des hébergements étaient occupés.

Aujourd’hui tout le monde semble être d’avis que Joseph et Marie se rendirent à l’auberge locale où les voyageurs séjournaient habituellement, mais comme il n’y avait plus de place, ils ne purent y rester.

Le fait que le village de Bethléem n’était pas sur une des routes principales fait qu’il est peu probable qu’il ait eu une auberge commerciale.

Le mot grec employé par Luc, qui a été traduit par auberge, est katalyma, et il apparait trois fois dans le Nouveau Testament. Les deux autres fois il est traduit par salle des hôtes. (Luc 22.11 et Marc 14.14) 

Quand Luc écrivit le récit du bon Samaritain amenant l’homme qui avait été laissé pour mort dans une auberge, il employa le mot grec pandocheion. (Luc 10.34) 

Il est probable qu’il disait qu’il n’y avait plus de place dans la salle réservée aux hôtes plutôt que dans l’auberge.

Dans la Palestine du premier siècle, les maisons de paysans comportaient deux pièces : la salle principale dans laquelle la famille faisait la cuisine, mangeait et dormait, et une pièce séparée réservée aux invités, qui était soit attenante, à l’extrémité de la maison et dotée d’une entrée séparée, soit à l’étage, sur le toit de la maison.

La pièce ou salle principale de la maison comportait également un endroit pour les animaux, qui était situé en contrebas du sol de la pièce principale ou qui était séparé de la pièce par de gros piliers.

A l’époque, les villageois abritaient les animaux dans leur maison pendant la nuit pour empêcher le vol et pour chauffer leur maison. Ils faisaient entrer leur troupeau chaque soir, et le matin venu, ils les emmenaient au dehors.

(Kenneth Bailey, Jesus Through Middle Eastern Eyes [Jésus à travers les yeux du Moyen-Orient] (Downers Grove, Ill: IVP Academic, 2008), 28–34) 

Les lecteurs du premier siècle de l’Évangile de Luc auraient très certainement compris que Joseph avait été obligé d’emmener sa femme enceinte à Bethléem comme l’exigeait le recensement.

En leur qualité de descendants de David, Joseph et Marie auraient été bien accueillis par les villageois.

Il est probable que Joseph aurait eu des parents ou des amis à Bethléem, mais même dans le cas contraire, comme il était de la lignée de David, on aurait tout fait pour lui offrir l’hospitalité, surtout quand on considère que Marie était enceinte.

Pour les gens de la cité de David, le fait de refuser l’hospitalité à un descendant de David et à sa femme enceinte aurait couvert le village de honte.

Dans des circonstances normales, ils auraient été hébergés dans la chambre d’hôtes de quelqu’un. Toutefois, à cause du recensement, beaucoup d’autres gens étaient obligés de se trouver là aussi, si bien qu’aucune chambre d’hôtes n’était disponible dans aucune des maisons du village.

Dans le respect des traditions d’hospitalité du village, ce qui était une chose normale dans n’importe quel village juif de l’époque, Joseph et Marie furent logés dans la pièce principale, chez quelqu’un, probablement chez un parent ou un ami, et pendant qu’ils séjournaient là, la grossesse de Marie arriva à son terme, et elle donna naissance à Jésus.

Après sa naissance, le bébé fut emmailloté dans des langes en tissu, comme le faisaient les pauvres de l’époque, et on l’allongea dans une mangeoire—c’est-à-dire, soit dans une mangeoire creusée à même le sol de la pièce principale où les animaux étaient logés, soit dans une mangeoire en bois qui servait à nourrir les petits animaux, et qui aurait probablement été déplacée de l’étable et amenée dans la pièce principale de la maison.

Cette version des circonstances entourant la naissance de Jésus est conforme à la culture juive de l’époque. Alors, d’où viennent certaines interprétations traditionnelles de l’histoire de Noël ?

Un certain nombre d’interprétations proviennent d’un document ancien datant d’environ 200 après J.-C., appelé le proto-évangile de Jacques. Des érudits ont déterminé avec certitude que l’auteur n’était pas l’apôtre Jacques, qu’il n’était pas juif, et qu’il connaissait mal la géographie palestinienne et les traditions juives.

Il relate la naissance et la vie de Marie, et continue avec la naissance de Jésus.

C’est de cette histoire que les gens ont eu l’idée que Marie aurait commencé à accoucher la nuit où elle est arrivée à Bethléem, que Jésus serait né dans une grotte, que Marie aurait été seule pendant son accouchement, que Joseph était âgé et qu’il aurait déjà eu d’autres fils, et que Marie n’était pas seulement vierge avant la naissance de Jésus, mais qu’elle resta vierge perpétuellement. Certaines de ces notions se sont introduites dans le récit traditionnel des croyances Protestante, Catholique, et Orthodoxe.

Bien entendu, le fait de savoir si Jésus est né dans une caverne, une étable ou dans la maison d’un village n’a pas en soi une grande importance, et cela ne vaut certainement pas la peine qu’on en débatte.

Ce qui compte c’est qu’Il soit né, qu’Il soit mort pour les péchés du monde, et que tout le monde puisse l’entendre. Si nous connaissons Jésus c’est qu’à un moment donné de notre vie quelqu’un nous a parlé de Lui. Nous avons été tellement bénis de l’apprendre.

Jésus nous a demandé de partager ce que nous avons reçu avec les autres. C’est la commission dont Il nous a chargés. Il nous demande de planter la semence dans le cœur des gens, ou de l’arroser, ou d’en récolter les fruits, suivant les cas. Il nous demande, à nous qui sommes ses disciples, de montrer son amour aux autres et de leur parler de Lui ; donc Il nous demande de Le faire connaître à ceux qui ne L’ont pas encore rencontré.

Il vous guidera et vous indiquera quelle méthode employer suivant les personnes vers lesquelles Il vous conduira, puisque chaque personne est différente et a des besoins différents. Mais tout le monde a besoin de Lui. Tout le monde a besoin de son amour, de sa paix et du salut. Chacun de nous a les moyens de L’amener et d’amener son amour dans la vie des autres, alors faisons tout notre possible dans ce sens, vous voulez bien ?

***

Ces bergers crasseux

Une de mes images préférées de Jésus, lorsque j’étais petite, était celle de Jésus le Bon Berger, qui porte un agneau dans un bras et tient sa crosse de l’autre main.

Peut-être notre image des bergers et de leurs brebis a-t-elle été formée sur le modèle de certains des plus célèbres bergers de Dieu dans la Bible, comme Abel, Abraham, Joseph, Moïse, le roi David, et Jésus, notre Bon Berger.

Mais cette image cache un aspect peu connu de Noël. On pourrait croire que ces bergers, qui gardaient leurs troupeaux sur une colline des environs de Bethléem, étaient des membres respectés de la société.

Leurs contemporains ne les considéraient-ils pas comme des témoins fiables et honnêtes, des personnes respectables et dignes de confiance ? Sinon, pour quelle raison les anges leur auraient-ils confié un message aussi important que celui d’annoncer la naissance du Messie ?

Qui d’autre que des personnages respectés par la société auraient été invités à se rendre auprès de Jésus et à L’accueillir à son arrivée sur terre pour accomplir la mission la plus importante de l’histoire humaine ?

Ces bergers n’ont pas été simplement envoyés à la rencontre d’un émissaire du Dieu de l’univers. Ils ont été conviés à rencontrer Dieu en personne !

Que peut-il y avoir de plus important ?

Selon certains historiens, les bergers de l’époque étaient considérés comme étant tout au bas de l’échelle sociale. Le mot que les Pharisiens employaient pour les désigner a été traduit par pécheurs dans les bibles de langue française.

C’était un terme péjoratif désignant des personnes viles et impures. Ils passaient leurs journées à s’occuper d’animaux, ils dormaient souvent à la belle étoile, entourés d’excréments et sans doute de maladies.

Ils n’auraient pas été trouvés dignes d’offrir un sacrifice à Dieu, et auraient encore moins été considérés comme des personnages importants représentant l’humanité à la cérémonie donnée en l’honneur de son arrivée sur terre.

Les bergers étaient méprisés par les gens respectables, surtout par les Juifs religieux et l’élite d’Israël ; on les rangeait souvent dans la même catégorie sociale que les collecteurs d’impôts et les prostituées.

Si l’on se place du point de vue limité des hommes, Dieu envoya une bande de gueux crasseux et puants pour constituer le comité d’accueil de son Fils et annoncer la bonne nouvelle du salut à tous ceux qui voudraient l’entendre.

Si l’on replaçait la scène dans le contexte du monde moderne, on dirait qu’un chœur d’anges est apparu à un groupe de sans-abris qui dormaient dans la rue sur des morceaux de carton ou campaient sommairement sous des bretelles d’autoroute.

Dieu voit ce qu’il y a au fond du cœur de chacun. Peu Lui importe que quelqu’un soit vêtu de haillons ou de vêtements somptueux.

La Bible nous dit que les bergers se dépêchèrent d’aller voir le nouveau-né, donc ils n’eurent pas le temps de prendre un bain ou de mettre de beaux vêtements ; d’ailleurs, ils n’en avaient probablement pas. (Luc 2 :15-18)

Ils se dépêchèrent, comme ils étaient, d’aller voir directement leur Seigneur et Roi, et on imagine aisément qu’ils étaient tout excités de raconter leur expérience à Joseph et Marie, lesquels les accueillirent chaleureusement et à bras ouverts.

Pour quelle raison Dieu a-t-Il choisi les bergers ? Pourquoi a-t-Il accordé cet insigne privilège à des personnes qui, aux yeux des hommes, étaient indignes d’un tel honneur ?

Peut-être savait-Il qu’ils étaient animés d’une foi pure et simple ?

Ce serait eux qui courraient se prosterner devant le fils nouveau-né de Dieu, sans chercher à analyser ou à comprendre le pourquoi et le comment. Ce serait eux qui annonceraient la nouvelle à tous ceux qui voudraient l’entendre.

Non seulement Dieu honora les bergers, mais Il leur confia la responsabilité et le privilège d’annoncer la bonne nouvelle au monde.

D’une certaine manière, Dieu commença dès cet instant le processus de formation de ses disciples, en confiant à ces bergers la tâche d’annoncer au monde la naissance du Sauveur.

Nous pouvons suivre l’exemple de Dieu, et témoigner en donnant généreusement le message de Jésus, sans nous arrêter à l’apparence des gens ou à leur statut social, ni à leur niveau d’instruction ou à d’autres détails de ce genre.

Ne jugez pas sur l’apparence, mais portez un jugement juste. (Jean 7:24)

Certaines des personnes vers lesquelles Il nous guidera seront tellement reconnaissantes et heureuses d’apprendre la bonne nouvelle, comme le furent les bergers, qu’elles iront à leur tour dire aux autres ce qu’Il a fait pour elles pour les faire entrer dans son royaume. Laissez-Le toucher votre cœur et vous donner envie d’apporter son amour à ceux qui en ont besoin.

Maria Fontaine

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