La baguette, une révolution pour les pauvres

Isabelle Cousturié

Ce 15 novembre (2018), le symbole du pain égalitaire fête ses 225 ans …

Avec sa mie blanche et moelleuse, sa croûte dorée et croustillante, les français raffolent de la baguette de pain. Et les étrangers nous l’envient.

À vrai dire, c’est sans doute le seul héritage de la Terreur qui ne fait pas polémique.

En effet, c’est à cette époque sombre qu’est né le concept d’un pain égalitaire, incarnation d’une France soucieuse d’égalité entre tous les citoyens, après un fossé qui n’a cessé de se creuser entre le pain des pauvres et le pain des riches depuis le Moyen Âge.

Même taille et même poids pour tout le monde

Denrée de première nécessité, parfois l’unique aliment en période de disette, le pain a été taxé très tôt dans l’histoire de France.

Au VIIe siècle, le roi Dagobert est la première autorité connue à faire usage de la taxation.

Au XVIIIe siècle, le pain constitue 90 % de la nourriture française. On en consomme jusqu’à un kilo et demi par jour : le pain blanc, signe de pureté et d’élégance, pour les bourgeois et les aristocrates, et le pain brun pour les autres, voire très noir pour les pauvres.

Pratique héritée du Moyen Âge où l’art de la panification avait déjà ses codes et ses lois allant dans ce sens. Un décret de la convention nationale met fin à cette pratique le 15 novembre 1793, stipulant que tous les Français doivent dorénavant manger le même pain :

La richesse et la pauvreté devant également disparaître du régime de l’égalité, il ne sera plus composé un pain de fleur de farine pour le riche et un pain de son pour le pauvre. Tous les boulangers seront tenus, sous peine d’incarcération, de faire une seule sorte de pain : Le Pain Égalité.

Et gare à ceux qui dérogent à la règle.

Les boulangers qui ne respectent pas le décret de la convention nationale risquent l’emprisonnement.

À sa naissance, la forme de la baguette n’est pas encore clairement définie.

C’est Napoléon Bonaparte, en 1856, qui statue définitivement, optant pour une forme allongée, afin que les soldats puissent les transporter, dans une poche à l’arrière de leur habit, et pour une taille et un poids précis, 40 cm pour un poids total de 300 grammes contre les 80 cm pour 250 grammes aujourd’hui.

Après la Seconde Guerre mondiale la baguette se généralise. Et son prix est fixé par arrêté préfectoral jusque dans les années 1980.

Un symbole toujours aussi fort

La baguette reste un symbole fort de la culture française. Sa consommation est estimée à 320 baguettes par seconde dans toute la France.

Chaque année à Paris se déroule le Grand Prix de la baguette parisienne. Le vainqueur devient pour un an le fournisseur officiel de pain de l’Élysée.

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Alexandre Lenoir, sauveur des églises sous la Révolution

Caroline Becker

Au cours de la période révolutionnaire, alors que les congrégations religieuses sont dissoutes et les biens du clergé confisqués, un jeune Parisien, soucieux des trésors patrimoniaux que contenaient les églises, décide de tout mettre en œuvre pour les sauvegarder.

En 1795, il crée le musée des Monuments français pour y exposer ces chefs-d’œuvre. Retour sur le destin exceptionnel d’Alexandre Lenoir.

Né en 1761, Alexandre débute sa carrière comme peintre avant d’évoluer vers une carrière d’historien.

Le 3 juin 1791, à l’âge de 31 ans, en pleine période révolutionnaire, son maître Gabriel François Doyen, le nomme à la tête du dépôt des Petits-Augustins, créé six mois auparavant.

Sauvegarder les richesses patrimoniales de la tourmente révolutionnaire

Ce dépôt, installé dans le couvent de Petits-Augustins — aujourd’hui l’école des Beaux-Arts de Paris depuis 1817 — servait à accueillir les richesses lapidaires et les tombeaux des églises et couvents de Paris.

Ce dépôt avait été créé par la Commission des monuments chargée d’inventorier les biens des églises.

En effet, même si le désir des révolutionnaires était de supprimer tous les symboles de la royauté et de la noblesse, ils avaient conscience que certaines œuvres d’art devaient être conservées pour les générations futures.

Ainsi la mission d’Alexandre Lenoir était claire : il fallait sauver de tout vandalisme, trafic et destructions les œuvres appartenant désormais à la nation.

Mais pour Lenoir, ardent défenseur du patrimoine, la mission va au-delà. Il ne se cantonne pas à inventorier et trier les œuvres saisies.

Profondément attaché à ce patrimoine, il va jusqu’à s’interposer face aux révolutionnaires, qui, le jour de l’exhumation des restes royaux à Saint-Denis, étaient prêts à briser les tombeaux.

Sa fougue s’exprime à nouveau à la Sorbonne lorsqu’il défend le tombeau de Richelieu face à la horde de révolutionnaires hystériques.

La naissance du musée des Monuments français

Son énergie le pousse à fonder quatre ans plus tard un lieu unique, refusant de laisser les chefs-d’œuvre s’entreposer vulgairement dans un dépôt.

En 1795, on lui accorde l’autorisation d’installer un espace muséal au sein du couvent des Petits-Augustins : le musée des Monuments français voit ainsi officiellement le jour.

S’ensuivent de grands travaux de réaménagements avec l’aide des architectes Antoine-Marie Peyre et Charles Percier.

Soucieux d’offrir aux visiteurs une vision complète de l’histoire de l’art, Alexandre Lenoir organise son musée de manière chronologique.

La salle d’introduction propose un résumé de la sculpture depuis l’Antiquité jusqu’au XVIIIe siècle, puis se succèdent des pièces consacrées à chaque siècle.

Alors que le musée du Louvre, nouvellement créé, a le monopole pour exposer la peinture, Lenoir se cantonne exclusivement à la sculpture, aux objets d’art ainsi qu’aux fragments d’architecture.

Parmi les richesses exposées, on pouvait admirer les gisants de Charles V et Jeanne de Bourbon, les vitraux de la basilique Saint-Denis, les tombeaux des ducs d’Orléans ou encore ceux de grands artistes tels Jean-Baptiste Lully et Charles Le Brun.

Alors qu’à l’origine le dépôt accueillait uniquement des œuvres issues de Paris, Lenoir n’hésite pas à insister auprès du ministère de l’Intérieur pour rapatrier des monuments plus éloignés situés à Gaillon, Anet, Ecouen, voir Saintes et Cluny.

C’est ainsi qu’il installe, dans la cour du couvent, le portique de la façade du château d’Anet — réalisé par Philibert Delorme au XVIe siècle — encore visible aujourd’hui dans l’actuelle école des Beaux-Arts.

Une muséographie innovante

Au fil des années, Lenoir construit une collection impressionnante grâce aux saisies révolutionnaires mais également par ses nombreux achats et transferts.

Au-delà d’être un fervent défenseur du patrimoine, Lenoir est aussi un visionnaire. Il a une conception très personnelle de l’histoire de l’art. Il lui arrive, ainsi, d’assembler des monuments entre eux pour leur donner un sens nouveau.

Il avait la volonté de concevoir une muséographie innovante, extraordinaire, pour glorifier les monuments, quitte à occulter leur contexte d’origine. Il désirait avant tout un musée pédagogique pour esquisser une histoire globale de la sculpture tout en magnifiant certaines grandes figures historiques.

Ses recompositions arbitraires lui valent quelques critiques, notamment celle de Boutard, en 1802, qui dénonce, dans le Journal des débats, l’introduction sans scrupules, dans la composition de plusieurs tombeaux, des morceaux qui non seulement leur sont absolument étrangers, mais qui souvent contrastent bizarrement.

Ce musée, véritable lieu contemplatif de l’art français, et actif durant presque vingt ans, attire de nombreux visiteurs venus de toute l’Europe.

Fermé sous la Restauration par Louis XVIII, en 1816, les œuvres sont dispersées, rendues aux églises ou bien transférées au musée du Louvre et au musée de Cluny.

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Noël Pinot, premier pauvre de sa paroisse et martyr de la Révolution

Marzena Devoud

Ami des pauvres et des malades, le bienheureux Noël Pinot, fêté le 21 février, est mort en martyr lors de la Révolution française. Guillotiné en habits sacerdotaux, il a exprimé dans ses derniers mots le sens de toute vie chrétienne :

Mon Dieu, qui a donné votre vie pour moi, qu’avec plaisir je donne la mienne pour Vous.

Découvrez son histoire bouleversante.

Le bienheureux Noël Pinot prêtre catholique de l’Ouest de la France est l’un des nombreux prêtres martyrs de la Révolution française. Durant cette période sombre pour l’Église catholique en France, où dès avril 1792, les vœux religieux sont interdits ainsi que les congrégations religieuses.

La Constitution civile du clergé force les membres de l’Église à jurer sur la Constitution. Ceux qui refusent sont passibles de l’exil, d’emprisonnement ou tout simplement de mort.

Premier pauvre de la paroisse

Né le 19 décembre 1747 à Angers dans une famille de 16 enfants, Noël Pinot devient curé en 1770. Vicaire à Bousse (Grand Est), instituteur à l’école de Montsabert à Coutures (Maine-et-Loire) puis vicaire à Corzé, il revient finalement en 1781 à Angers comme aumônier de l’hôpital des incurables.

Souhaitant être un prêtre instruit, il obtient à l’âge de 41 ans, le diplôme de Maître ès arts de l’Université d’Angers. En 1788, il est nommé curé de Louroux-Béconnais et c’est là que sa vocation prend une dimension profonde.

Il décide de se dépouiller de tous ses biens et d’habiter dans une chambre basse sans feu. Il souhaite devenir le premier pauvre de la paroisse et consacrer sa vie aux malades et aux pauvres.

Comme de nombreux prêtres au cours de la Révolution, Noël Pinot refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé, rappelant que ses pouvoirs spirituels ne lui viennent que de Dieu et non d’une loi civile. Sans entrer dans le débat, le prêtre souligne qu’il ne s’agit pas pour lui de politique mais de liberté de religion.

Le 27 février 1791, après avoir célébré la messe, il monte en chaire pour expliquer son refus. Le maire l’interrompt, mais c’est à ce moment-là qu’un paroissien intervient au nom des fidèles pour prendre la défense du curé.

Trois années de véritable calvaire commencent alors entre la prison, les tribunaux et l’interdiction de poursuivre son ministère. Déterminé, il retire sa soutane et prend des habits de paysan pour pouvoir se cacher dans sa paroisse et continuer à annoncer l’Évangile.

Guillotiné en vêtements liturgiques, il meurt un vendredi à 15h

Dénoncé par un paroissien qu’il avait aidé auparavant, il est arrêté le 8 février 1794 alors qu’il se préparait à célébrer la messe clandestine dans la grange d’une ferme angevine.

Ses bourreaux le feront monter sur l’échafaud avec les vêtements liturgiques qu’il portait lors de son arrestation.

Saluant ses fidèles pour leur dire adieu, il récite le psaume 42, puis donne son chapelet à une petite fille en lui demandant de le garder en souvenir de lui. Ses derniers mots résument sa vie :

Mon Dieu, qui avez donné votre vie pour moi, qu’avec plaisir je donne la mienne pour Vous.

Nicolas Pinot meurt à l’âge de 47 ans. C’était un vendredi à 15h. Il sera béatifié en 1926 par le pape Pie XI. L’association privée des fidèles Oratoire bienheureux Noël Pinot œuvre aujourd’hui pour sa canonisation.

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Le ciel compte un nouveau saint, martyr de la Révolution française

Louise Alméras

Le miracle du bienheureux Salomon Leclercq (1745-1792)  est enfin reconnu.

En 1792, la Révolution française fait rage dans la capitale française et l’Église catholique est en danger. Le frère Salomon est le premier martyr et bienheureux des Frères des Écoles chrétiennes.

Pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé, rejet passible d’exil, d’emprisonnement ou de mort, il fut arrêté le 15 août et emprisonné au couvent des Carmes, avec de nombreux évêques, prêtres et religieux.

On célèbre sa fête le 2 septembre, jour où ils furent tous massacrés à l’épée.

Ce mois de septembre fut particulièrement sanglant avec l’exécution de 3 000 personnes en raison de leur foi, laïcs compris. La plupart des frères résistèrent et durent abandonner leurs écoles, leurs communautés et se cacher pour vivre dans la clandestinité ; 191 personnes dont le frère Salomon furent ainsi béatifiées par le pape Pie XI le 17 octobre 1926.

Une guérison miraculeuse au Venezuela

Un miracle s’est produit au Venezuela suite à une prière adressée à ce martyr français.

La petite fille de 5 ans Maria Alejandra Hernandez fut mordue par un serpent venimeux et passa deux jours sans aucun soins médicaux, si bien qu’à son arrivée à l’hôpital les médecins voulaient amputer sa jambe pour la sauver.

Pendant ce temps, les sœurs et les enfants du foyer de l’Hermitage dans lequel elle résidait priaient ardemment devant la statue du bienheureux Frère Salomon posée près de l’autel, encouragés par Mgr Rafael Febres Cordero.

Aussitôt et de manière inattendue, elle récupéra l’usage de sa jambe et sa santé, sans aucune explication scientifique.

C’était en 2007, et il aura fallu un peu plus de cinq ans pour clore l’enquête diocésaine commencée en janvier 2011, date à laquelle l’intercession du bienheureux martyr a été attestée par le diocèse de Caracas.

Le miracle est enfin reconnu et le bienheureux Salomon va être canonisé.

Le pape François a autorisé ce mardi 10 mai la Congrégation pour la cause des saints à promulguer le décret validant ce miracle.

Deux autres décrets ont été autorisés à être publiés par la même Congrégation, l’un pour le martyr du bienheureux italien Ludovico Pavoni (1784-1849) et l’autre reconnaissant les vertus héroïques du père Rafael Almansa (1840-1927), prêtre diocésain qui fut aumônier pendant trente ans de l’église San Diego à Bogota.

L’Église nous rappelle ainsi le sens de la communion des saints, sa vocation universelle et l’incroyable action de l’intercession.

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