Bonne journée

Il retrouve un mot caché dans le mur d’une chapelle depuis 1856

Caroline Becker

Victorien, 27 ans, maçon tailleur de pierre a fait une découverte extraordinaire le 14 janvier dernier. Alors qu’il travaillait sur le mur de la chapelle Sainte-Croix-de-Jérusalem à Dijon, il a retrouvé, caché derrière une pierre, un manuscrit de 1856.

Lorsque j’ai trouvé le papier, mon collègue ne m’a pas cru, raconte Victorien, maçon tailleur de pierre à Dijon. Alors qu’il travaillait sur le mur de la chapelle Sainte-Croix-de-Jérusalem (Dijon) pour faire passer des fils électriques, Victorien remarque qu’une pierre bouge un peu. Pas très bien scellée, il décide de la retirer pour faciliter le passage des gaines et de la replacer ensuite.

Que ne fut pas son étonnement lorsqu’il remarque, placé juste derrière, un petit morceau de papier plié en six ! Intrigué, il le prend délicatement et l’ouvre. Sur le feuillet parfaitement intact, un texte en français recto/verso écrit à la main. Sur le recto, la date de 1856 est inscrite en gros.

Cela faisait 165 ans que le papier était là », confie Victorien, très ému. « Ce qui est impressionnant c’est qu’il est parfaitement intact. Il a été protégé tout ce temps de la lumière et de l’humidité.

Sur ce papier, écrit par un certain Nicolas Godard, natif de Moloy près de Dijon, ce dernier explique qu’il travaille actuellement à la réparation de la chapelle et qu’il a été, par le passé, marin congédié de la frégate à vapeur L’Orénoque après avoir fait la campagne de Crimée à l’âge de 18 ans.

Il poursuit en disant : Celui qui met un frein à la fureur des flots sait aussi des méchants arrêter les complots. Une citation extraite de la pièce Athalie de Jean Racine. Suivent les noms de plusieurs ouvriers ayant certainement travaillé avec lui sur la chapelle.

Il poursuit en précisant la date du jour et l’adresse d’une boutique : 10 août 1856, boutique de Monsieur Lambert, platrier couvreur du Cheval blanc, rue Saint Nicolas.

Puis, il finit en déclarant : Au moment où ces lettres sont écrites la plus grande misère existe à Dijon.

Très heureux, Victorien réalise la chance qu’il a eu de faire cette découverte rarissime.

Je suis plus ému en découvrant ce papier manuscrit que s’il avait s’agit de pièces monnaies ! Il raconte une histoire, il y a une personne humaine derrière, confie-t-il.

Conscient que ce petit bout de papier, aussi simple soit-il, fait désormais partie du patrimoine commun, Victorien a immédiatement appelé le service culturel de la ville de Dijon pour partager sa découverte.

Le manuscrit est désormais rangé précieusement dans les archives de la ville mais sera consultable du grand public et numérisé sur le site internet.

Victorien, qui a déjà aussi eu l’occasion de dissimuler un petit mot dans le cadre de son métier, perpétue ainsi une jolie tradition qui existe depuis longtemps chez les artisans. Reste à savoir dans combien de temps le sien sera découvert.

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Un tableau de la “Sainte Famille” de Jordaens retrouvé par hasard en Belgique

Caroline Becker

Une oeuvre du célèbre peintre flamand Jacob Jordaens représentant la Sainte Famille, et que l’on pensait être une simple copie, vient d’être authentifiée de la main du maître.

Il sommeillait tranquillement dans le bureau d’un échevin de la ville de Saint-Gilles en Belgique. Le tableau représentant la Sainte Famille n’était pas sans rappeler les œuvres du célèbre élève de Rubens, Jacob Jordaens, mais jusque-là, tout le monde pensait qu’il s’agissait d’une simple copie.

En réalité, ce tableau, accroché à cinq mètres de haut depuis les années 1960, n’avait jamais vraiment fait l’objet d’une analyse profonde.

C’est à l’occasion d’un inventaire des biens culturels de la commune de Saint-Gilles, lancé en 2019, que les experts se penchent plus attentivement sur le tableau. En le décrochant puis en le retournant, ils font une découverte incroyable.

Les initiales du peintre Jacob Jordaens apparaissent au dos. Pour confirmer une telle trouvaille, une recherche en dendrochronologie est menée pour connaître la date et la provenance du bois. Le résultat est sans appel. L’œuvre date bien de l’époque du maître flamand.

Sur ce tableau figurent l’Enfant-Jésus entouré de Marie, Joseph et sainte Anne.

Un thème cher à Jordaens qui a déjà, par trois fois, illustré ce thème de la Sainte Famille dans des œuvres aujourd’hui conservées au Metropolitan Museum de New York, à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et l’Alte Pinakothek de Munich.

Avec ce nouveau tableau, antérieur aux œuvres déjà connues, la Belgique possède ainsi la première version connue de ce thème par l’artiste.

Envoyé en restauration, le tableau sera exposé fin 2021 aux Musées royaux des Beaux-arts de Belgique à Bruxelles.

Jacob Jordaens est un peintre et graveur flamand, né le 19 mai 1593 à Anvers, où il meurt le 18 octobre 1678.

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L’église du Carla Bayle, un lieu de beauté et d’unité

Isabelle du Ché

En plein de cœur de l’Ariège, le village du Carla Bayle, protégé par d’épais remparts, est un haut lieu des arts. Son église a bénéficié du talent des artistes présents sur cette ancienne place forte du Moyen Âge. À l’image des façades colorées des maisons, l’église s’est dernièrement parée de fresques éclatantes. Découverte.

L’Annonciation, la Jérusalem céleste, la Création avec Adam et Eve, telles sont les trois dernières réalisations qui ont paré l’église du Carla Bayle cette année. Ces fresques perpétuent une longue tradition.

En effet, pas moins de 23 artistes, croyants ou non, ont offert leurs œuvres depuis six ans.

Un chemin de croix a d’abord été réalisé par quatorze artistes. Pour Mgr Eychenne, l’évêque du lieu passionné d’art :

Travailler à un projet de fédération d’artistes très différents, tant par leur culture que par leur tempérament autour d’un projet commun a procuré un lien de communion.

Paroissienne engagée, Michèle Martinez a œuvré à la réouverture et à la restauration de cette église. Elle insiste sur le fait que cet édifice n’est pas une salle d’exposition, mais une église qui vit, un lieu sacré où l’on prie, où l’on célèbre les sacrements.

De fait, la présence eucharistique y a été rétablie en 2014.

Les artistes, en œuvrant dans cette église, sont portés par quelque chose de plus grand qu’eux, s’enthousiasme l’active mécène.

Ils concèdent que leur travail est d’une autre nature qu’ailleurs car ce lieu les aide dans leur recherche de spiritualité confirme Monseigneur Eychenne.

Dans le chœur, sur un puissant fond bleu outremer, des maisons aux coupoles parées à la feuille d’or représentent la Jérusalem céleste, là où nous allons tous, à la fin des temps, explique son créateur Tristan Râ.

Ayant longtemps séjourné en Ouzbékistan, ce peintre orientaliste s’est inspiré de ses bulbes raffinés et de ses couleurs vives. Toutes de guingois, ces maisons semblent sortir du tohu bohu pour parvenir à ce lieu — Jérusalem — où la paix se reconstruit, analyse l’évêque.

Les trois religions y sont représentées, invitant à comprendre Jérusalem comme un lieu de contrastes et de défis.

Adam et Eve se font face, au-dessus de la porte de cette église du XVIIe siècle.

Shaka, célèbre artiste du street art, a imaginé les personnages de façon très dynamique.

Dans la chapelle du Saint-Sacrement, l’ange Gabriel et la Vierge Marie se font face. Le premier, au visage lumineux et doux est agenouillé ; la seconde paraît surprise, tournant sa tête vers l’arrière, en direction de l’archange.

Des tonalités à la Giotto colorent cette Annonciation, réalisée par Clermonde Oulmont.

Que l’on compose ou que l’on contemple ces œuvres, chacun a une vocation d’artiste-créateur.

Pour Mgr Eychenne, disciples-missionnaires, créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et donc, institués aussi, en quelque sorte, co-créateurs, nous sommes appelés à préserver la beauté de la Création et à prolonger cette harmonie dans les espaces que nous aménageons.

Dans cette petite église au clocher-mur, caractéristique du style toulousain, se joue ainsi un mystère de beauté et d’unité.

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La célèbre Maison Chéret a trouvé son successeur !

Louise Alméras

C’est un orfèvre qui tient cette boutique. Son art est assez particulier, il fait des objets qui incitent à des réflexions sur le destin, lit-on dans La Boutique de l’Orfèvre, la pièce de théâtre écrite par le futur saint Jean Paul.

Cette phrase résonne particulièrement chez Antoine Chevillard. Le jeune successeur de la Maison Chéret, institution des objets liturgiques à Paris, y trouve un résumé parfait de la vocation de ce lieu. On peut dire que le destin s’est mêlé plus d’une fois de la pérennité du magasin.

La boutique est petite mais l’intérieur est vaste. Plusieurs objets illuminent l’oeil, comme les grandes icônes russes ou les ostensoirs, véritables œuvres d’art. On sent d’emblée la quête du beau dans la sélection des objets.

J’ai remarqué que nous avons beaucoup d’artistes religieux en France et beaucoup n’ont pas le temps ou le talent de vendre leur travail à leur juste valeur, explique Antoine Chevillard.

Notamment parce que l’art et le commerce ne font pas toujours bon ménage. Il se trouve que c’est mon domaine.

Il y a un an, le projet qu’il porte depuis longtemps en lui est près de se concrétiser. Madame Chéret a déjà la boutique dont il rêve, assez ancienne. La suite fait son chemin bien vite.

Un jour, un entrepreneur me parle de sa volonté de vendre sa boutique, voire de la fermer, se souvient Antoine.

Je lui propose peu de temps après une offre de rachat. Et, le jour de ma rencontre avec elle, l’article sur la maison Chéret paraît sur Aleteia, que je découvre plus tard. Elle y évoque justement sa quête d’un successeur au risque de mettre les clefs sous la porte.

Le clin d’œil est encourageant. Et en juillet 2020 la succession a lieu, véritablement, rue Mayet.

Ici, tous les objets ont une présence

Le jeune homme a donc la grande responsabilité de prendre la suite d’une maison réputée. En réalité, il ne débarque pas vraiment dans ce domaine. On pourrait même penser que c’est son destin.

Je porte déjà l’orfèvrerie dans mon ADN depuis quatre générations, car ma famille y est depuis les années 1850. D’où ma première orientation professionnelle dans la joaillerie.

C’est donc naturellement qu’il reprend le flambeau. De son côté, Madame Chéret prend soin de la passation et vient régulièrement le voir pour prodiguer conseils, encouragements et attentions à la boutique où elle a donné tant.

Les biens en vente sont tous le fruit de ses relations durables avec les artistes et elle tient à ce que cela dure. C’est aussi cela le cœur de la maison Chéret, un échange constant et vivant avec celui qui fabrique l’œuvre, sans jamais transiger sur la qualité.

Et le résultat est bien là.

Tous les clients le disent en venant ici. Ils sentent une force, une présence créative. Ce sont des objets qui appellent à une certaine profondeur et à une réflexion. Tous les objets ont une présence.

Ainsi, nous pouvons admirer les sculptures de Pascale Bulloz, les pièces en métal de Jean-Jacques Bris, les créations de Michael Greschny ou celles de Gérard Beaucousin, la plupart vivant dans des coins reculés de France.

La diversité des pièces permet de toucher chaque sensibilité.

Les pièces contemporaines interrogent, supposent de prendre du temps, quand les icônes ont un effet plus immédiat.

Quand on prie devant une icône, on y trouve le même sens théologique profond que la Parole de Dieu. Une icône est reçue dans la prière et exprime la même chose. En la regardant, on est enseigné, l’icône nous transforme, ce qui suppose un véritable acte de foi pour l’accepter.

Entre modernité et patrimoine

L’enjeu de l’objet liturgique au XXIe siècle est de taille à l’heure où tout est consommable et, disons-le, de plus en plus médiocre. C’est un risque que le jeune entrepreneur est très heureux de prendre. Et de s’inquiéter du fait que ce qui est offert au plus grand nombre n’est plus de qualité, tout est jetable.

Il déplore surtout qu’on perde le sens de la qualité des choses, dans le profane aussi bien que dans le religieux ; à plus forte raison doit-on s’en soucier pour les objets de foi.

Il égrène quelques chapelets en bois, très simples mais très beaux, confectionnés par des religieuses.

On prie avec des chapelets en plastique, on accepte de célébrer la messe avec des objets qui ne sont pas précieux ; j’essaye de garder le sens.

À voir jusqu’à la qualité des cartes postales, après le bronze, le bois soigné ou la dinanderie en étain, on peut être sûr qu’il n’y soit pas tombé. Et ça redonne effectivement l’envie de s’élever.

La boutique doit aussi sa pérennité à l’alliance perpétuelle entre modernité, quête de qualité et adaptation aux évolutions de l’Église et des temps.

Madame Chéret a toujours été sur le fil rouge de la création. En plus de l’orfèvrerie, de la chasublerie, des crucifix et des médailles, elle a fait entrer les terres cuites, elle a recréé de nouvelles collections de dinanderie en étain, plus sobres, abordables et adaptées à un usage portatif, raconte son successeur.

Elle a toujours eu à cœur de soutenir les créateurs et artistes, d’être en relation avec eux, pour garder cette volonté commune d’être toujours à la pointe de la recherche. Ce qu’est devenu la réputation de la maison. Le but est de toujours porter ce mouvement.

Pour honorer la démarche de la maison Chéret, il ne souhaite rien révolutionner et encore moins baisser en qualité.

C’est important d’inscrire l’objet sacré dans l’histoire et dans le patrimoine, rappelle-t-il.

Les collections Chéret sont d’ailleurs entrées au trésor de Notre-Dame dans le département XXe. Aujourd’hui, ce que nous proposons a vocation à être des œuvres du XXIe siècle. D’où l’échange permanent avec les artistes.

La prochaine collaboration porte sur une nouvelle réflexion sur la chasublerie avec une femme dont il juge le travail remarquable.

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