Note : voici quelques histoires que j’ai rassemblées pour votre inspiration personnelle. Certaines de ces histoires, vous les retrouverez écrits dans mes anciens blogs. Elles sont des histoires vécues, et qui pourraient vous arriver personnellement. La vie est pleine de mystères et de surprises, n’est-ce pas ? Et nous avons chacun des choses insolites qui nous sont arrivées… ! Bonne lecture !
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Petites histoires insolites et inspirantes (Part 17)

Le refuge dans la tempête

Avez-vous déjà eu l’expérience de ne presque pas faire un acte charitable pour découvrir plus tard que sans cette action de votre part, une expérience très importante n’aurait pas pu  arriver  à  quelqu’un d’autre ? Quand je suis tenté d’être indifférent ou paresseux de cette façon, je me souviens invariablement de ce Noël en Corée, en 1951.
Il était  déjà  tard  dans  l’après-midi du 24 décembre. J’étais revenu au QG en camion après un trajet froid et misérable sous la neige. Après avoir ôté tous mes vêtements mouillés, je me suis allongé et j’ai commencé à somnoler. Un jeune soldat entra, je l’entendis dire au garde :
— J’aimerai bien pouvoir parler de ça au sergent !
— Allez-y je lui dis, je ne dors pas.
Ce soldat me rapporta alors qu’un groupe de civils coréens avait été forcé de quitter leur village incendié par l’ennemi. Dans le groupe se trouvait une femme sur le point d’accoucher. Ces informations provenaient d’un garçon qui disait que ces gens avaient grand besoin d’aide. Ma première réaction fut :
— comment allons-nous pouvoir les trouver dans cette neige ?
En plus j’étais épuisé. Pourtant quelque chose me dit qu’on devrait essayer.
— Allez chercher Crall, Pringle et Graff’’ demandai-je au garde.
Quand ces soldats arrivèrent, je leur expliquai mon plan et ils furent d’accord pour m’accompagner. Nous avons rassemblé de la nourriture et des couvertures. Puis mon regard s’arrêta sur les caisses de colis de Noël dans un coin de la pièce. C’était des cadeaux envoyés par des organisations de charité des Etats-Unis. Nous en avons pris une bonne pile chacun et nous sommes partis en jeep.
Après avoir conduit quelques kilomètres,  la neige devint si aveuglante que nous avons décidé de continuer à pied. Après un laps de temps qui nous parut interminable, nous sommes arrivés à une mission abandonnée. Le toit n’était plus là, mais les murs étaient intacts. Nous avons allumé un feu dans la cheminée en nous demandant bien quoi faire après !
Graff ouvrit un des colis de Noël et en sortit un petit sapin de Noël artificiel et des bougies de couleur qu’il plaça sur la cheminée. Je savais qu’il n’y avait aucun sens à continuer dans ce blizzard. Nous avons décidé de laisser la nourriture là, ainsi que les couvertures et les colis de Noël dans l’espoir que quelqu’un dans le besoin les trouverait. Puis nous sommes revenus aux QG fatigués et transis de froid.
En Avril 1952, je fus blessé en action et transporté à l’hôpital de Won Ju. Un après-midi, alors que je me reposais au soleil, un jeune Coréen se joignit à moi. Il était très loquace et je n’écoutais qu’à moitié ses bavardages. Puis il commença à me raconter une histoire qui me fit littéralement sauter  de  ma  chaise !
Quand il eut fini, je l’emmenais à notre aumônier qui m’aida à trouver un responsable de l’église coréenne locale qui confirma l’histoire de ce jeune garçon.
— Oui, c’était un vrai miracle, un acte divin’’, nous dit cet homme d’église.
Puis il nous raconta comment, la veille de Noël dernier, il avait fait partie d’un groupe de civils coréens qui erra pendant des jours après que des soldats Nord-Coréens aient brûlé leur village. Ils étaient pratiquement morts de faim quand ils arrivèrent à la vieille mission. Une femme enceinte parmi eux avait désespérément besoin d’un endroit pour mettre son bébé au monde.
— Quand nous nous sommes approchés de la mission, nous avons vu de la fumée qui sortait de la cheminée, dit l’homme ; nous avons eu peur que des soldats Nord-Coréens soient là, mais nous nous sommes approchés quand même ! A notre grand soulagement, la mission était vide. Mais chose incroyable, il y avait des bougies sur la cheminée ainsi qu’un petit arbre de Noël ! Il y avait de la nourriture, des couvertures et même des cadeaux ! C’était un miracle !
Les yeux du vieil homme se remplirent de larmes quand il dit comment ils tombèrent tous à genoux pour remercier Dieu de cette délivrance. Ils firent un lit pour la femme enceinte et construisirent un toit en branche au-dessus d’elle. Il y avait beaucoup de bois à brûler et de nourriture à manger et ils furent confortables pour la première fois depuis des semaines ! C’était la veillée de Noël.
— Le bébé est né le jour de Noël, dit l’homme en marquant une pause ; la situation n’était pas très différente de cette autre naissance, il y a bien des années !’
Vous ne savez jamais à l’avance quand vous allez avoir un rôle spécial à jouer dans un des miracles de Dieu !
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« Dieu qui peut sauver cet homme d’une mort certaine »

C’était la veille de Noël 1875. Ira D.Sankey remontait la rivière Delaware en bateau à vapeur. C’était une nuit calme et étoilée et beaucoup de passagers étaient sur le pont.
Mr Sankey fut invité à chanter. Il était dans son intention de chanter une chanson de Noël, mais il se sentit poussé presque contre sa volonté à chanter « Saviour like a shepherd lead us » (Sauveur, comme un berger guide-nous) Il se fit un calme profond. Les paroles et la mélodie qui émanaient de l’âme du chanteur  flottaient  sur  le pont et la rivière tranquille. Chacun à bord fut profondément touché. Quand la chanson fut terminée, un homme au visage buriné par le soleil s’approcha de Mr Sankey et dit :
— Avez-vous jamais servi dans l’armée fédérale ?
— Oui, répondit Mr Sankey, du printemps 1860 jusqu’à la fin de la guerre.
— Vous souvenez-vous si vous étiez de garde un soir de pleine lune 1862 ?
— Oui, répondit Mr Sankey, de plus en plus surpris.
— Moi aussi, dit l’étranger, mais je servais dans l’armée confédérée. Quand  je  vous  ai  vu  vous tenir  à votre poste, je me suis dit, ce gars-là ne va pas sortir d’ici vivant. J’ai épaulé mon arme et visé lentement. Je me tenais dans l’ombre, complètement dissimulé, alors que la lumière de la lune était sur vous.
A cet instant, comme il y a quelques minutes, vous avez levé les yeux vers le ciel et vous avez commencé à chanter. La musique et spécialement les chansons ont toujours eu un effet merveilleux sur moi, et j’ai ôté mon doigt de la gâchette.
— Laissons-le  finir sa chanson, me dis-je, je le tuerai après ; il est ma victime quoi qu’il arrive et ma balle ne peut pas le manquer. Mais la chanson que vous chantiez était la même que vous avez chanté ce soir. Je pouvais entendre les paroles parfaitement :
— Nous sommes à toi, mon Dieu, tu es le gardien de nos âmes…
Quand vous avez fini votre chanson, il était impossible de vous viser à nouveau.
— Le Dieu qui peut sauver cet homme d’une mort certaine, doit certainement être grand et puissant, pensais-je ! Depuis ce jour, j’ai travaillé ici et là, mais quand je vous ai vu vous tenir là et prier comme l’autre fois, je vous ai reconnu. Mon cœur fut blessé alors par votre chanson. Maintenant, s’il vous plait, aidez-moi à trouver la réponse aux questions qui me troublent l’esprit.
Profondément ému, M. Sankey prit dans ses bras l’homme qui pendant la guerre avait été son ennemi. Et cette nuit-là cet homme découvrit et accepta le bon berger comme son sauveur.
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Mon fusil de Noël

Par Matthew B. Miles
Mon père n’a jamais eu beaucoup de compassion pour les fainéants, ni pour ceux qui gaspillent leurs biens et qui ensuite ne peuvent subvenir à leurs besoins. Mais pour ceux qui étaient véritablement dans la nécessité, il avait le cœur sur la main. C’est de lui que j’ai appris que les plus grandes joies de la vie viennent en donnant, et non pas en recevant.
C’était la veille de Noël 1881 ; j’avais 15 ans et le sentiment que le monde entier autour de moi s’effondrait parce qu’il n’y avait pas assez d’argent pour m’acheter le fusil que je voulais tant cette année-là pour Noël.
On avait fini nos corvées plus tôt que d’habitude ; je pensais que P’pa voulait avoir un peu de temps pour qu’on puisse lire la Bible ; donc après le souper, j’ai enlevé mes bottes et je me suis étiré devant le feu en attendant que P’pa descende sa vieille Bible. Pour être honnête, je continuais à m’apitoyer sur mon sort, et je n’avais aucune envie de lire les écritures.
Mais P’pa ne descendit pas la Bible. Au lieu de ça, il s’emmitoufla bien et sortit. Je ne comprenais pas pourquoi, parce qu’on avait déjà fini toutes les corvées ; mais bien vite je n’y pensais plus ; j’étais bien trop occupé à ruminer ma déception ; P’pa revint bientôt. C’était une de ces nuits claires et froides, et il y avait de la glace dans sa barbe.
— Viens avec moi, Matt ; mais habille toi bien parce qu’il fait froid ce soir !
J’étais vraiment contrarié ; non seulement je n’avais pas eu mon fusil pour Noël, mais en plus P’pa me demandait de ressortir dans le froid sans raisons apparentes ! On avait déjà fini toutes nos corvées, et je ne voyais pas ce qu’il pouvait bien y avoir à faire dehors surtout dans une nuit comme celle-là. Mais je savais que P’pa n’était pas très patient avec ceux qui traînent les pieds.
Je me suis levé, j’ai remis mes bottes puis j’ai mis mon manteau, mon écharpe, ma casquette et mes moufles ; Ma me fit un sourire mystérieux au moment où je sortais ; il se passait quelque chose mais je ne savais pas quoi !?
Dehors, je devins encore plus perplexe ; Là devant la maison, les deux chevaux étaient attelés au grand traîneau ; je compris tout de suite que quoique ce soit qu’on allait devoir faire n’allait pas être un petit travail de 5 minutes.
On n’attelait jamais le grand traîneau à moins d’avoir quelque chose de très lourd à tirer. P’pa était déjà sur le siège, les rennes en main. A contre cœur, je m’assis à ses côtés ; le froid commençait déjà à m’envahir et je me sentais misérable. P’pa fit le tour de la maison et vint s’arrêter devant la réserve de bois ; il descendit et je le suivis.
— Je pense qu’on aura besoin des grandes ridelles, dit-il, viens m’aide.
Les grandes ridelles ! Là je compris qu’on était parti pour un travail de plusieurs heures ! Après avoir changées les ridelles, P’pa entra dans la remise et en ressortit les bras chargés de bûches, les bûches que j’avais passé tout l’été à descendre de la montagne et à scier tout l’automne. Pourquoi faisait-il tout ça ? Finalement je lui demandai :
— P’pa, qu’est-ce que tu fais ?
— Est-ce que tu es passé chez la veuve Jensen dernièrement ?
La veuve Jensen vivait à environ 3 km de chez nous. Son mari était mort il y avait un peu plus d’un an et elle se retrouvait seule avec 3 enfants, dont l’aîné avait juste 8 ans.
— Oui, je l’ai vu il n’y a pas très longtemps ; mais pourquoi ?
— J’y suis passé ce matin, dit P’pa, et j’ai vu le petit Jacky qui cherchait quelques branches dans la remise ! Ils n’ont plus de bois, Matt !
Ce  fut  tout  ce qu’il  dit, puis il retourna dans la remise chercher une autre brassée de bois. Je le suivis. On remplit le traîneau si haut que je me demandais si les chevaux allaient être capables de le tirer !
Puis P’pa se dirigea vers le fumoir et décrocha un jambon et un gros morceau de bacon. Il me les tendit et me demanda de les mettre sur le traîneau et de l’attendre ; quand il revint, il portait un sac de farine sur l’épaule et un autre petit sac de quelque chose dans la main gauche.
— Qu’est-ce qu’il y a dans le petit sac ? Demandai-je.
— Des chaussures ! Ils n’ont plus de chaussures. Le petit Jacky avait juste de vieux  chiffons  autour  des pieds quand je l’ai vu ce matin ; et j’ai aussi quelques sucreries pour les enfants ! Ca ne serait pas vraiment Noël s’il n’y avait pas quelques sucreries !
On parcourut les 3 km en silence jusque chez les Jensen. J’essayais de comprendre ce que P’pa faisait ; on n’était pas riche nous-même. Bien sûr on avait beaucoup de bois, bien que ce qui restait maintenant fussent des troncs qu’on allait devoir scier et fendre avant de pouvoir s’en servir. On avait de la viande aussi et de la farine, qu’on pouvait partager, mais on n’avait pas d’argent ; alors comment P’pa leur avait-il acheté des chaussures et des sucreries ?
Pourquoi faisait-il tout ça ? La veuve Jensen avait d’autres voisins plus proches que nous ! Ce n’était pas à nous de l’aider !
On arriva par derrière la maison des Jensen et on déchargea le bois aussi vite que possible. Puis on s’approcha avec la viande, la farine et les chaussures et on frappa à la porte qui s’ouvrit de quelques centimètres.
Une petite voix demanda timidement,
— Qui est-ce ?
— C’est Lucas Miles madame, et mon fils Matt. Pouvons-nous entrer quelques minutes ?
La veuve Jensen ouvrit la porte et nous fit entrer. Elle avait mis une couverture par-dessus ses vêtements. Les enfants, eux aussi emmitouflés dans des couvertures, étaient assis devant un tout petit feu qui ne donnait presque pas de chaleur. La veuve Jensen chercha une allumette pour allumer la lampe.
— On vous a apporté quelques bricoles madame, dit P’pa en posant le sac de farine.
Je posai la viande sur la table, et P’pa lui tendit le sac avec les chaussures ; elle l’ouvrit avec hésitation et en sortit les chaussures, une paire à la fois ; il y avait une paire pour elle et une paire pour chaque enfant—des bonnes chaussures, les meilleurs ; des chaussures qui allaient durer.
Je la regardai attentivement. Elle se mordait la lèvre inférieure pour l’empêcher de trembler et des larmes remplirent ses yeux et commencèrent à couler sur ses joues. Elle regarda P’pa comme si elle voulait dire quelque chose, mais rien ne sortit.
— On a apporté un chargement de bois aussi, Madame, dit P’pa.
Puis en se tournant vers moi :
— Matt, voudrais-tu en amener un peu pour ranimer ce feu ?
Quand je sortis pour chercher du bois, je n’étais plus le même. J’avais un nœud dans la gorge, et bien que je n’aime pas l’admettre, j’avais les yeux plein de larmes. Dans mon esprit je revoyais ces trois petits assis près du feu et leur mère debout là avec de grosses larmes qui lui coulaient sur les joues et tant de gratitude dans le cœur qu’elle ne pouvait même pas parler.
Une joie indescriptible remplit mon âme, une joie que je n’avais jamais ressentie auparavant. Plusieurs fois déjà j’avais donné à Noël, mais jamais cela n’avait fait une telle différence. Je pouvais voir qu’on avait pratiquement sauvé la vie de ses gens.
Un  bon  feu  ronronna  bientôt  dans la cheminée et l’esprit de chacun se détendit. Les enfants commencèrent à sourire quand Pa leur donna des biscuits, et la veuve Jensen regardait avec un sourire qui n’avait sans doute pas éclairé son visage depuis longtemps.
Finalement elle dit :
— Que Dieu vous bénisse ! Je sais que c’est Dieu lui-même qui vous a envoyé ; les enfants et moi avions priés pour qu’Il nous envoie un de ses anges pour nous aider.
Malgré moi, ma gorge se serra à nouveau et mes yeux se remplirent de larmes. Je n’avais jamais pensé à P’pa en ces termes auparavant, mais maintenant que la veuve Jensen le disait, je pouvais voir que c’était vrai. J’étais maintenant sur qu’il n’y avait jamais eu sur terre un homme meilleur que mon père. Je commençais à me remémorer toutes les fois où il avait aidé des voisins et la liste semblait sans fin.
P’pa insista pour que chacun essaye ses nouvelles chaussures avant qu’on parte, et elles allaient toutes parfaitement.
Au moment de partir, P’pa pris chacun des enfants dans ses bras pour les embrasser. Ils s’accrochaient à lui et ne voulaient pas qu’on parte. Je pouvais voir que leur père leur manquait et j’étais content d’avoir toujours le mien.
A la porte, P’pa se tourna vers la veuve Jensen et dit :
— Ma femme veut vous inviter pour le repas de Noël demain midi; la dinde sera plus qu’on ne peut manger à 3, et un homme devient coléreux s’il doit manger de la dinde 3 jours de suite ! On viendra vous chercher vers 11 heures ; ce sera  bien  d’avoir des petits enfants avec nous pour Noël.
En effet, j’étais le plus jeune ; mes deux frères et mes deux sœurs étaient tous mariés et vivaient loin.
— Merci tellement, Mr Miles, et je n’ai pas besoin de dire que Dieu vous bénisse, parce que je sais qu’il va le faire.
Dehors, sur le traîneau, je ressentis une chaleur qui venait de l’intérieur et je ne remarquais même pas le froid. Après s’être éloigné un peu, P’pa se tourna vers moi ;
— Matt, je voudrais t’expliquer quelque chose ; ta mère et moi avions économisé toute l’année pour pouvoir t’offrir ton fusil, et ce matin j’étais parti pour aller l’acheter, mais en chemin j’ai vu le petit Jacky qui cherchait du bois, les pieds entourés de chiffons et j’ai su ce que je devais faire ; alors j’ai dépensé l’argent pour acheter les chaussures et quelques friandises pour ces enfants ; est-ce que tu comprends ?
Je compris et mes yeux s’embuèrent à nouveau. Et j’étais tellement heureux qu’il l’ait fait. A ce moment là, le fusil me sembla bien loin dans ma liste de priorités ; P’pa m’avait donné tellement plus ; il m’avait  donné  cette  lumière  sur le visage de la veuve Jensen et les sourires radieux des enfants.
Pour le restant de ma vie, chaque fois que j’ai revu un des Jensens, ou chaque fois que j’ai fendu un bloc de bois, je me suis souvenu ; et ce souvenir m’a toujours  apporté  la  même joie que j’avais ressentie ce soir là en rentrant à la maison au côté de P’pa.
P’pa  m’avait donné bien plus qu’un fusil cette nuit là ; il m’avait donné le plus beau Noël de ma vie.
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Un échange de cadeaux

J’ai grandi avec l’impression que Noël est une période où des choses étranges et merveilleuses se passent où des visiteurs sages et royaux arrivent à cheval, où à minuit les animaux dans les étables se mettent à parler, et où, la lumière d’une étoile fabuleuse, brille.
Dieu était descendu parmi nous sous la forme d’un petit enfant. Noël a toujours été pour moi un moment d’enchantement, et jamais autant que l’année où mon fils eut 8 ans. C’était l’année où mes enfants et moi-même sommes allés vivre dans un  mobil-home  douillet,  dans  une  région boisée, juste à la sortie de Redmond, Washington.
Comme les fêtes approchaient, nos cœurs étaient joyeux, et n’étaient découragés ni par la pluie hivernale ni par la boue qui  salissait notre intérieur. Durant tout Décembre, Marty fut plein d’entrain et plus occupé que nous tous. Il était mon plus jeune, un garçon blond, gai et joueur, avec l’habitude mignonne de vous regarder en penchant la tête sur le côté comme un  petit chien  quand vous lui parliez. En fait, la raison de ceci était que Marty était sourd de l’oreille gauche, mais il ne s’en plaignait jamais.
Depuis plusieurs semaines je l’observais. Je savais qu’il se passait quelque chose en lui dont il ne me parlait pas. Je vis avec quel enthousiasme il faisait son lit, sortait les poubelles, mettait la table soigneusement et aidait Rick et Pam à préparer le dîner. Je vis comment il mettait minutieusement de côté le peu d’argent de poche qu’il recevait sans rien en dépenser. Je n’étais pas sur de ce qu’il mijotait, mais je soupçonnais que cela avait à faire avec Kenny.
Kenny était le copain de Marty, et depuis qu’ils s’étaient rencontrés, au printemps dernier, ils étaient inséparables. Si vous en appeliez un, les deux rappliquaient. Leur terrain  de jeux était  la prairie où ils attrapaient des grenouilles et des lézards, cherchaient des trésors cachés, ou passaient l’après-midi à nourrir de cacahuètes les écureuils !
Les  temps  étaient  durs  pour  notre petite famille et nous devions nous serrer la ceinture pour y arriver. Avec mon petit boulot au supermarché et beaucoup d’ingéniosité, nous arrivions à vivre décemment. Mais pas la famille de Kenny. Ils étaient désespérément pauvres, et sa mère  avait  beaucoup de difficultés à nourrir et à habiller ses deux enfants. Ils étaient une famille unie, mais la mère de Kenny était fière et avait des principes stricts.
Marty et Kenny restaient parfois tranquilles à table pour nous aider à faire une guirlande, puis soudain, l’un chuchotait quelque chose à l’oreille de l’autre, et les deux se faufilaient dehors et se glissaient prudemment sous la clôture électrique qui séparait notre foyer de celui de Kenny.
Un soir, peu avant Noël, alors que j’étais en train de faire des biscuits pour les fêtes, Marty m’approcha et me dit d’un air fier et satisfait :
— Maman, j’ai acheté un cadeau pour Kenny ; Tu veux le voir ?
— Ainsi c’était ce qu’il mijotait, pensais-je.
— C’est quelque chose qu’il veut depuis   longtemps.
Après   avoir essuyé ses mains, il sortit de sa poche une petite boîte. En ouvrant le couvercle, je découvris la boussole que mon fils, en économisant son argent de poche si fidèlement, avait pu acheter. Une petite boussole qui aiderait un aventurier de  8 ans à ne pas  se perdre dans les bois.
— C’est un très beau cadeau, Marty !”
Mais une pensée pénible me vint à l’esprit. Je savais comment la mère de Kenny ressentait leur pauvreté. Ils arrivaient à peine à s’offrir des cadeaux entre eux, et faire des cadeaux aux autres était hors de question. J’étais sûr que la mère de Kenny ne permettrait pas que son fils reçoive quelque chose sans rendre la pareille. Gentiment et avec précaution, j’expliquai le problème à Marty qui comprit parfaitement.
— Je sais, Maman, je sais ! …Et si c’était un secret ? Et s’ils ne savaient jamais qui l’a donné ?
Je ne savais pas quoi lui répondre.
La veille de Noël fut pluvieuse et froide. La pluie continuait à tomber. Je regardai par la fenêtre et ressentis une tristesse étrange. Il me semblait que des choses merveilleuses et magiques n’arrivaient que quand les nuits sont claires et étoilées.
Comme je me retournai pour surveiller le pain  qui chauffait  dans le four, j’aperçus Marty qui se faufilait dehors. Il avait mis son manteau par-dessus son pyjama et tenait une petite boîte bien empaquetée dans sa main.
Il traversa le pré détrempé, se glissa sous la clôture électrique et se retrouva dans le jardin de la maison de Kenny. Il gravit les marches à pas de loup, ouvrit la porte moustiquaire et déposa son cadeaux sur le seuil de la porte. Puis, en retenant sa respiration, il appuya un grand coup sur la sonnette. Il se retourna rapidement, descendit les quelques marches en courant, et traversa le jardin à toute allure pour ne pas être vu.
Puis soudain il se cogna contre la clôture électrique !
Le choc l’envoya rouler par terre. Quelques secondes, il resta étendu sur le sol. Je me précipitai pour sortir l’aider, mais je me retins en pensant que la mère de   Kenny pourrait me voir dans la lumière si j’ouvrai la porte.
Lentement Marty se releva, et confus, continua  son  chemin jusque chez nous.
— Marty, lui criai-je, alors qu’il entrait en titubant, qu’est-ce qui s’est passé ?
Ses lèvres  tremblaient  et  ses  yeux s’embuèrent.
— J’ai oublié la clôture et je suis rentré dedans ! Je le pris dans mes bras.
Il était encore abasourdi et une marque rouge commençait à se former sur son visage entre la bouche et l’oreille. Rapidement je m’occupai de sa blessure et une tasse de chocolat chaud l’aida à retrouver son sourire. Ce soir-là quand je le mis au lit, il me dit :
— Tu sais, maman, Kenny ne m’a pas vu. Je suis sûr qu’il ne m’a pas vu.
Cette soirée de Noël, je me couchai confuse. Il semblait que ce qui était arrivé était une chose bien triste pour un petit garçon qui accomplissait sa mission de Noël en faisant ce que Dieu veut que chacun de nous fasse : donner aux autres, et donner dans le secret en plus !
Je ne dormis pas bien cette nuit-là. Au fond de moi, je ressentais comme une déception que la nuit de Noël était venue et qu’il n’y avait eu aucun enchantement. Mais je me trompais.
Le lendemain matin, la pluie avait cessé et le soleil brillait. La marque sur le visage de Marty était très rouge, mais je pouvais voir que la brûlure n’était pas sérieuse.
Nous avons ouvert nos cadeaux et bientôt Kenny frappait à notre porte impatiente de montrer à Marty sa nouvelle boussole et de lui parler du mystère de son arrivée. Il était clair que Kenny ne soupçonnait rien, et comme les deux discutaient, Marty souriait et souriait encore.
Puis je remarquai que, comme les deux garçons comparaient leurs cadeaux en secouant la tête et en bavardant, Marty ne penchait plus sa tête comme il le faisait avant. Marty semblait écouter avec son oreille sourde !
Quelques   semaines   plus   tard, un rapport arriva du docteur scolaire pour confirmer ce que Marty et moi savions déjà : Marty avait maintenant une ouïe parfaite des deux oreilles ! Le mystère sur la façon dont Marty retrouva l’ouïe est resté précisément cela : un mystère !
Les docteurs supposèrent bien sûr que le choc de la clôture électrique en fut responsable. Peut-être. Mais quelle qu’en soit la raison, je suis reconnaissante envers Dieu pour l’échange de cadeaux qui eut lieu cette nuit-là.
Et vous voyez que, malgré tout, des choses étranges et merveilleuses arrivent encore la nuit de Noël. Et il n’est pas besoin que la nuit soit claire pour suivre une étoile fabuleuse !
Diane Rayner
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