Des étoiles et des serviteurs
Philip Yance

Ma carrière de journaliste m’a souvent donné
l’occasion d’interviewer des « stars », dont
des joueurs de football américain, des acteurs,
des chanteurs, des auteurs à succès, des
hommes politiques, et des célébrités de la télé.

Ce sont ces gens-là qui sont très présents dans
les media.

Nous nous comportons servilement en leur
présence, nous analysons leurs moindres
gestes et nous nous intéressons aux moindres
détails de leur vie : quels vêtements ils portent,
ce qu’ils mangent, quel programme d’aérobic
ils suivent, quelles personnes ils aiment, quel
dentifrice ils utilisent.

Et pourtant, mon expérience limitée me permet
d’affirmer que j’ai pu vérifier le bien-fondé du
principe de Paul Johnson, à savoir que nos
« idoles » sont parmi les personnes les plus
malheureuses qu’il m’ait été donné de
rencontrer.

La plupart d’entre eux ont des problèmes
maritaux ou des mariages brisés. Ils suivent
pratiquement tous une psychothérapie à vie.
Le comble de l’ironie, c’est que ces héros
plus grands que nature sont des êtres
tourmentés qui doutent d’eux-mêmes.

J’ai aussi eu l’occasion de faire la connaissance
de personnes que j’appellerai des « serviteurs »

Des docteurs et des infirmières qui travaillent
auprès des laissés-pour-compte et des exclus
d’entre les exclus, les lépreux de l’Inde rurale.

Un diplômé de Princeton qui gère un hôtel pour
les sans-abri à Chicago. Des travailleurs de la
santé qui ont quitté un emploi très lucratif pour
aller servir leurs semblables dans un coin perdu
du Mississippi.

Des bénévoles humanitaires qui œuvrent en
Somalie, au Soudan, en Éthiopie, au
Bangladesh, et dans d’autres hauts lieux
de la souffrance humaine.

Les médecins dont j’ai fait la connaissance en
Arizona et qui ont maintenant essaimé dans les
jungles d’Amérique du Sud où ils traduisent la
Bible dans des langues obscures.

J’étais prêt à les admirer et à rendre hommage
à ces serviteurs de l’humanité, à les honorer
pour leur magnifique exemple. Je n’imaginais
pas que je pourrais les envier.

Maintenant, quand je réfléchis et que je compare
ces deux groupes de personnes, les stars et les
serviteurs, il est clair que les serviteurs sont ceux
qui sont dignes d’honneur et que ce sont eux, les
privilégiés.

Il ne fait pas l’ombre d’un doute que je préférerais
de loin être en compagnie des serviteurs plutôt que
des stars: ils possèdent une profondeur d’esprit,
une richesse de caractère, et ils ont même une
joie que je n’ai rencontrées nulle part ailleurs.

Les serviteurs travaillent de longues heures pour
un salaire modeste ; personne ne les applaudit, ils
« gaspillent » leurs talents et leurs dons auprès
des pauvres et des incultes.

Et pourtant, en perdant ainsi leur vie, ils lui
donnent tout son sens.

Les pauvres en esprit et les humbles sont bénis,
j’en suis maintenant persuadé. Le royaume des
cieux leur appartient, et ce sont eux qui
hériteront de la terre.

**************************************

Stéphane Grellet, un Quaker d’origine
française, mourut aux États-Unis en 1855.
Il serait sans doute resté un parfait inconnu
s’il n’avait écrit une petite prière qui
survécut à l’épreuve du temps :

« Je ne passerai qu’une seule fois dans
ce monde. Tout le bien que je peux faire,
donne-moi de le faire tout de suite ;
toute la bonté que je peux manifester
à mes semblables, donne-moi de la
manifester sans plus attendre !
Car je ne repasserai jamais plus
par ici »

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