La nuit où les Tokyoïtes ont été
«Bouillis et cuits à mort»

« La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent
pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se
massacrent pas. » (Paul Valery)

Arnaud VAULERIN Correspondant à Kyoto 9 mars 2015 à 17:33

A Tokyo, après le bombardement du 10 mars 1945. Un tiers de la
capitale, en grande partie bâtie en bois et à l’habitat serré, a été
détruit. (©The Center of the Tokyo Raids and War Damage.
Japan Professional Photographers Society.)

Le 10 mars 1945, l’armée américaine déversait un tapis de bombes explosives et incendiaires sur la capitale pour acculer le Japon à la défaite.

L’attaque a été éclipsée par le feu atomique des 6 et 9 août 1945.
Mais ce qui s’était passé cinq mois plus tôt à Tokyo constitue

«l’un des raids aériens les plus meurtriers de tous les temps, surpassant Dresde, Hambourg et Nagasaki, d’une échelle comparable à Hiroshima, et certainement l’un des plus destructeurs», 

écrivait l’historien militaire et ancien pilote américain
Kenneth P. Werrell. Ce 10 mars, le Japon commémore les
soixante-dix ans de cette attaque conçue par les Etats-Unis
sous le nom de code «opération Meetinghouse»
au cours de laquelle des milliers de Japonais ont été
«brûlés, bouillis et cuits à mort», selon les mots du général
d’aviation Curtis Lemay, responsable de ce crime de guerre.

Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, le nord et l’est de la
capitale japonaise ont subi un déluge de bombes explosives
et d’engins incendiaires qui ont réduit à néant plus de
40 kilomètres carrés (un tiers de la ville) et tué 95 000
personnes, selon le chercheur Masahiko Yamabe du Centre
de Tokyo sur les raids aériens et les dommages de guerre,
qui nous a autorisé à publier une série de clichés attestant
de l’ampleur du carnage.

En l’espace de quelques heures, 335 B-29, des avions au
large rayon d’action, ont déversé plus de 1 700 tonnes de
bombes sur Tokyo. La quantité et la densité étaient telles
que plusieurs engins s’abattaient en même temps sur une
seule et même maison.

Des foules piégées dans le chaos

Rare Occidental alors en poste au Japon où il travaillait
pour l’Agence France Presse, le journaliste français
Robert Guillain a raconté cette «nuit d’horreur» des
Tokyoïtes qui ont «subi l’ordalie du napalm».
Il a détaillé le plan d’attaque des Américains qui ont
envoyé leurs premières forteresses volantes pour

«marquer par les flammes le centre de la zone à détruire».

Les avions suivants

«en délimitèrent le contour et le quadrillèrent de feu pour enfermer les habitants, puis ce fut l’arrosage à
volonté.

Sous les ailes des terrifiants oiseaux qui
semblaient voler en tous sens et à des hauteurs
diverses, de 1 500 à 3 000 mètres, tombaient des
milliers de cylindres de métal qui déversaient sur
la ville une rosée incendiaire,

première version du napalm».

Dans une capitale en grande partie bâtie en bois
et à l’habitat serré, ce raid de terreur prit d’abord
pour cible les civils, des foules en fuite piégées
dans le chaos.

«Pendant quelque temps, les B-29 étaient encore
là, survolant l’enfer, et rouges eux-mêmes comme
s’ils étaient en feu, par le reflet des incendies sous
leurs ailes, écrit Guillain. Puis ils laissèrent le
reste du travail au vent qui se chargeait de faire
rejaillir l’embrasement d’un quartier à un autre.»

Ceux qui ne périrent pas à cause des «chevelures
de feu descendant du ciel», moururent asphyxiés,
noyés ou écrasés dans la panique, d’autres furent
«bouillis» dans les réservoirs d’eau ou la rivière
Sumida, les derniers finirent «rôtis dans des
bâtiments modernes de briques ou de béton».

Des témoins ont évoqué «l’odeur de la chair
humaine grillée». Des historiens, comme le
spécialiste du Japon moderne Michael Lucken,
ont rappelé comment ce «drame éveilla dans les
esprits le souvenir du tremblement de terre de
1923». Le 1er septembre de cette année-là, un
puissant séisme à Tokyo avait dégénéré en un
immense incendie, également très meurtrier.

«En incendiant des quartiers populaires de
Tokyo, en détruisant les domiciles, les
magasins et les infrastructures, des usines
comme la compagnie aéronautique Nakajima,
les forces aériennes américaines ont voulu
infliger un maximum de dégâts à la capitale
pour casser le moral du Japon et le dissuader
de continuer sur le chemin de la guerre»,
analyse Masahiko Yamabe du Centre de
Tokyo sur les raids aériens et les dommages
de guerre.

«L’un des massacres les plus
impitoyables et barbares»

Cette nuit du 9 mars, Tokyo ne subissait pas
son premier assaut aérien. Depuis le 24
novembre 1944, les bombardiers américains
avaient pris pour cible la capitale. Mais ce
n’est qu’à partir de la fin février 1945 qu’ils
utilisèrent des bombes incendiaires en grand
nombre, notamment des M-69.

Ces «bombardements stratégiques» étaient la
signature de Curtis Lemay, général d’aviation
basé à Guam pour piloter la campagne du
Pacifique. Ce dernier avait demandé à ses
troupes de multiplier les vols à basse altitude,
de déverser des tapis de bombes et

de recourir au napalm.

Un assistant du général Mac Arthur, le
commandant suprême des forces alliées
dans le Pacifique Sud-Ouest, évoqua le
bombardement de Tokyo comme

«l’un des massacres les plus impitoyables et barbares de non-combattants de toute
l’histoire».

Ce raid constitua un précédent dans un Japon
qui refusait de plier face à l’avancée des alliés
dans le Pacifique. Même si la censure et la
propagande de guerre atténuèrent l’ampleur
du raid,

«les Japonais savaient maintenant, cinq mois
avant la bombe atomique, qu’ils avaient perdu
la guerre», écrivait Robert Guillain en 1986.

Les villes d’Osaka, Kobe, Nagoya, puis Tokyo
à nouveau (du 24 au 26 mai), Aomori, Hokkaido
durent affronter les forteresses volantes jusqu’à
la capitulation, le 15 août 1945.

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Chercher à entamer le moral
d’un régime, aussi criminel
fût-il, en massacrant sciemment
une population civile parfaitement
innocente, c’est du terrorisme
de masse. Les bombardements
de Dresde, Tokyo, Hiroshima
et Nagasaki sont des crimes de
guerre purs et simples.

************
+
Patrick commentaire :

Je crois que cet article parle de lui-même, et
c’est à la conscience de chacun d’en tirer des
conclusions.

Pour ma part, je voudrais rajouter un autre
aspect de ces horreurs de guerre.

Les Américains ont un lourd passé de ce
genre d’action dans leur histoire.

Mais ici, on ne parle pas de guerre, soldats
contre soldats. Ici, on parle de villes entières
remplies de civils ; des femmes, des enfants,
des bébés, d’handicapés, d’infirmes de guerre,
de gens qui ne sont pas responsables des
décisions de leurs leaders.

Maintenant, il y a eu de grandes atrocités des
deux côtés, comme il y a souvent dans ce genre
de conflits. Mais ici, dans ce conflit, il y a une
différence majeure à penser.

Les Japonais à cette époque n’avaient pas une
culture chrétienne, mais basée sur la guerre.

Quant aux Américains, l’histoire est très
différente. Aux Etats-Unis, à cette époque,
presque tout le monde allait à l’église, lisaient
la Bible et les évangiles.

On a du mal à croire que ces Chrétiens qui
lisaient les paroles du Christ tous les jours,
puissent accepter de participer à de tels actes
de barbarie ; même au nom de la guerre.

J’ai lu plusieurs commentaires intéressants
sous cet article quand il a été publié ; certains
d’entre eux par nos chers alliés, les Américains.
(Un de ces commentaires se trouve juste au-
dessus de mon commentaire)

Voici les justifications qu’ils avancent :
« Il fallait abréger la guerre pour sauver la vie
de milliers de soldats »… En tuant de pauvres
civiles ?
« Les Japonais comme les Allemands ont fait
pareil »… Donc, c’est de la vengeance, pas
de la guerre ! C’est ce que le Christ a enseigné ?

En plus, si vous lisez bien l’article, il est question
De NAPALM.

(Dans l’armement le napalm, inventé en 1942, est de l’essence gélifiée, habituellement utilisée dans les bombes incendiaires. Sa formule est faite pour brûler à une température précise et coller aux objets et aux personnes.)

Alors, dites-moi, qu’est-ce qu’un crime de guerre ?
L’utilisation de napalm, d’armes atomiques,
etc. rentrent-ils dans cette catégorie ?

Je voudrais juste conclure ce blogue avec ce
ce simple principe :

La règle d’or, ou « Ne faites pas
aux autres, ce que vous ne
voudriez pas qu’on vous fasse»

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Bien des hommes sont tombés à travers
toutes ces guerres. Qu’elles soient justes
ou injustes, un seul homme, c’est déjà,
beaucoup trop !

Patrick Etienne

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