Charles de Foucauld

– la confession renversante qui lui a donné la foi

Aliénor Goudet

De riche héritier débauché et indiscipliné à ermite retiré dans le désert d’Algérie, Charles de Foucauld (1858-1916) a vécu une conversion plutôt renversante. Ce chemin a pourtant été long et laborieux mais l’éveil à la vraie foi de cet homme extraordinaire remonte à un instant bien précis : une confession inattendue à Paris.

Paris, 1886. Il fait bon en cette matinée d’octobre. C’est sans doute l’un des derniers jours chauds de l’année. Vêtu d’un costume blanc, un homme rondelet marche lentement dans le quartier de Saint-Lazare.

Il est tôt, et il ne croise presque personne à part quelques oiseaux matinaux. Mais si le ciel est dégagé, l’esprit de Charles ne pourrait être plus nuageux.

Il songe à sa jeunesse débauchée et indisciplinée au sein de l’armée. Il n’a que 28 ans mais en cet instant, il lui semble avoir gaspillé une vie entière. Pourtant, les trois dernières années à la découverte du Maroc ont été pleines d’aventures et de découvertes.

Mais si ses connaissances linguistiques et culturelles ont été enrichies par l’exploration du monde arabe, c’est un gouffre de manque qu’il a découvert au fond de lui-même. Un gouffre dont il sait intuitivement que le seul remède est Dieu.

Les nombreuses rencontres avec les tribus israélites lui ont fait découvrir la beauté de la relation à Dieu. Le Coran lui parle et il admire la ferveur des peuples musulmans, mais il y manque toujours quelque chose.

Au fond de lui, il désire être encore plus proche de Dieu que cela. C’est une conviction sans appel : c’est l’amour de Dieu qu’il veut découvrir puisque c’est lui qui peut combler la faim de son âme. Et pourtant, il en est si loin … comme perdu au milieu d’un désert de doute.

Enfin, Charles arrive à l’immense église Saint-Augustin. Il est tôt mais quelques fidèles plutôt âgés attendent de pouvoir se confesser.

L’abbé Huvelin, le directeur de conscience de sa chère cousine Marie que cette dernière lui a conseillé d’aller voir, est sûrement bien occupé au confessionnal. Alors Charles s’agenouille sur un prie-Dieu et courbe la tête. Il repense encore à son triste passé sans Dieu qu’il trouve aujourd’hui si vide de sens.

– Mon Dieu, dit-il, si vous existez, faites que je vous connaisse.

Il répète cette formule comme une litanie encore et encore. Les secondes deviennent des minutes. Les minutes deviennent des heures. Mais pour Charles, le temps s’est arrêté et il serait resté une éternité ainsi si une main ne s’était posée sur son épaule pour le ramener à la réalité. Mais lorsqu’il lève les yeux, il ne voit personne. N’était-ce qu’une impression? C’est alors qu’il voit l’abée Huvelin sortir du confessionnal. Il se lève et de ce pas, le rejoint.

– Bonjour mon père. Je suis Charles de Foucauld. J’aimerais que vous me parliez de Dieu. Je voudrais avoir des lumières sur Lui.

– Confessez-vous ! réplique l’abbé

– Mais je ne suis pas venu pour cela…

– Confessez-vous.

Réalisant qu’il ne pourrait avoir de réponse sans adhérer à cette vive requête, Charles obéit docilement. Il s’agenouille et confesse douze années de fautes. Le père Huvelin lui donne l’absolution … et soudainement, le gouffre de son âme disparaît et devient un puits de lumière qui brûle l’ombre du doute qui planait dans l’esprit de l’ancien soldat.

Une nouvelle conviction le saisit au cœur : Dieu est là, tout près. Et il l’appelle.

– Ah mon père, s’exclame-t-il, submergé par la clarté, que dois-je faire pour servir le Seigneur et propager cette lumière ? Que dois-je donner ? Où dois-je aller ?

– Calmez-vous, Charles. Cette soudaine passion peut être éphémère. Apprenez d’abord à la tirer de votre prière et de votre vie quotidienne. Lisez l’Évangile, apprenez des saints. Si Dieu vous appelle réellement, le temps n’aura pas d’emprise sur cette vocation.

Si l’abbé Huvelin reste prudent face à la nature impulsive de Charles, la vocation, elle, est bien réelle. Il suggère au nouveau croyant de partir en pèlerinage en Terre Sainte, en Galilée et en Judée pour y découvrir la vie du Christ parmi les hommes. Mais sur le champ, il lui propose aussitôt de communier.

Au cours de ses pèlerinages, Charles est séduit par l’image du Christ souffrant. C’est décidé : il sera pauvre parmi les pauvres. La Providence divine veut, qu’une fois consacré, il retourne en Syrie puis en Algérie dans ce monde arabe qu’il aime pour tenter de fonder une communauté et convertir.

Si ces deux missions n’aboutissent pas, tous ceux qui croisent son chemin trouvent en lui une humanité honorable et digne d’amitié.

Charles de Foucauld trouvera la mort à Tamanrasset où il est tué par un jeune rebelle touareg lors d’une invasion du fort de de l’Assekrem, le 1er décembre 1916. Il est béatifié par le pape Benoît XVI en 2005 et en cours de canonisation depuis mai 2020.

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Charles Eugène de Foucauld de Pontbriand, vicomte de Foucauld, O.C.S.O., né le 15 septembre 1858 à Strasbourg et mort le 1ʳ décembre 1916 à Tamanrasset, est un officier de cavalerie de l’armée française devenu explorateur et géographe, puis religieux catholique, prêtre, ermite et linguiste. 

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Charles de Foucauld, le soldat qui nous apprend les vertus du désert

Père Philippe Neveu

Par son humilité, sa soif d’absolu et son sens du combat intérieur, Charles de Foucauld a tracé une route qui demeure un exemple pour les militaires.

Il faut passer par le désert, disait-il, un enseignement qui vaut pour tous les chrétiens.

C’est une grande de joie pour toutes les armées de savoir que le bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ancien saint-cyrien atypique qui a servi dans la cavalerie au 4e hussards en Algérie puis au 4e chasseurs d’Afrique lors d’une opération extérieure dans le Sud-Oranais, sera prochainement canonisé par le pape François.

Ce sera pour l’Armée française le premier militaire canonisé et une référence que beaucoup déjà parmi nous aiment prier chez eux, en école militaire, au quartier, en manœuvre ou plus particulièrement en opération extérieure, lieu où notre futur saint a pu découvrir l’attrait du désert et s’interroger sur l’existence de Dieu !

Plusieurs conversions

Sa vie est très étonnante. Après une enfance éprouvée par le deuil de ses parents et par une jeunesse mouvementée, le jeune Foucauld s’oriente par tradition familiale vers l’armée.

Admis à Saint-Cyr en 1876, il va vivre ces années comme un pacha profitant de sa fortune personnelle, mais se creuse en lui un vide intérieur qui le poussera à se poser de vraies questions existentielles.

Il ne s’est jamais senti victime de son histoire mais petit à petit, il a appris à l’assumer et à rendre grâce en découvrant celui qui va apaiser son cœur. Il avait en lui cette soif d’absolu et il fit tout pour la combler.

Ce n’est pas une seule conversion qu’il a eue, mais plusieurs au fil des années qui ont succédé à sa vie militaire. Alors qu’il aurait pu se marier et mener grand train dans un château de Touraine ou dans le Périgord de ses aïeux, il a choisi les paysages désertiques de l’Algérie pour vivre avec les Touaregs comme ermite. Aussitôt qu’il crut qu’il y avait un Dieu, il comprit qu’il ne pouvait faire autrement que de ne vivre que pour Lui.

Et c’est au désert en opération extérieure que commence sa conversion et qu’il va se révéler comme un excellent chef de peloton et camarade. Il écrit à cette époque :

La vie de camp me plaît autant que la vie de garnison me déplaît … 

Durant une campagne dans le Sud-Oranais, le général Laperrine qui était de l’expédition et qui pouvait juger son camarade écrivait :

Au milieu des dangers et des privations de colonnes expéditionnaires, ce lettré fêtard se révéla un soldat et un chef ; supportant gaiement les plus dures épreuves, payant constamment de sa personne, s’occupant avec dévouement de ses hommes, il faisait l’admiration des vieux Mexicains du régiment, des connaisseurs ! 

Il faut passer par le désert 

Le lieutenant Charles de Foucauld aime la vie militaire, certes hors du quartier, mais qui va lui permettre de réveiller son intelligence et sa foi. Il dira plus tard dans ses écrits après de longues années au désert :

Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu ; c’est là qu’on se vide, qu’on chasse de soi tout ce qui n’est pas Dieu et qu’on vide complètement cette petite maison de notre âme pour laisser toute la place à Dieu seul […] (Lettre au Père Jérôme du 19 mai 1898).

Il est frappant de constater encore aujourd’hui, un siècle après, pas très loin de Tamanrasset, au Sahel, que des militaires français peuvent vivre la même expérience que notre frère universel.

Être confronté à la chaleur, à l’âpreté et au silence du désert lors d’opérations ou pendant les tours de garde seul, pour veiller sur la base avancée : le soldat du monde découvre un autre monde, une réalité qui l’interroge intérieurement.

Cela lui donne une expérience unique, une épaisseur d’être que Charles de Foucauld a aussi connue. La vie militaire et d’ermite est différente mais elle demande dans les deux cas un dépouillement, de l’humilité et un oubli de soi pour aller jusqu’au bout de la mission et accepter de ne pas tout maîtriser.

Combien de fois ai-je entendu des militaires de toutes armes confondues me parler durant de belles discussions de l’expérience de leurs déserts, qu’ils soient extérieurs ou intérieurs.

Cette recherche d’absolu nous attire ou nous révulse mais personne ne peut y rester insensible ! Passer au désert, est une expérience unique qui ouvre des horizons ! Étienne de Montéty écrit :

Foucauld, maître en humilité et en dépouillement, voilà la grande affaire de toute une vie.

Oui, par son sens de l’abnégation, son humilité, sa bonté, sa soif d’absolu et sa volonté d’imiter le Christ, Charles de Foucauld nous a tracé la route et il restera un exemple pour tous les militaires français.

C’était un battant qui a su dépasser ses échecs en s’abandonnant entre les mains de notre Seigneur et en étant bon avec tous. Profitons de sa future canonisation pour lui demander les grâces dont nous avons besoin et réjouissons-nous de cette bonne nouvelle qui permettra à beaucoup de dépasser leur peur et de faire confiance à Dieu à travers tous les déserts de leur vie. Et, que le bienheureux et futur saint Charles de Foucauld bénisse et garde tous nos militaires qui servent la France avec honneur et fidélité !

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La foi héroïque des Filles de la Charité pendant la guerre de Crimée

Fondée le 23 novembre 1633, les Filles de la Charité ont rapidement développé une vocation hospitalière au service des armées françaises en soignant les soldats blessés au combat.

Saint Vincent de Paul lui-même s’extasiait de voir ces jeunes filles affronter les dangers des champs de bataille avec la sérénité et la simplicité que donne l’abandon total en Jésus-Christ. Elles en ont témoigné lors de la terrible guerre de Crimée (1854-1856).

La guerre de Crimée marque le début d’une ère de grand rayonnement pour les établissements des Filles de la Charité. Ce conflit, qui oppose l’empire russe à une coalition composée de la France, du Royaume-Uni et de l’empire ottoman, se déroule essentiellement autour de la base navale de Sébastopol.

Gagnée par la France et ses alliés, cette guerre est un effroyable carnage pour l’époque. La plupart des soldats succombent à des maladies, choléra, typhus, dysenterie.

Sur les 95.000 morts français, seuls 20.000 sont tués au combat ou meurent des suites de leurs blessures.

Les Filles de la Charité s’occupent de soigner les corps, mais leur présence est aussi un réconfort spirituel immense pour les soldats hospitalisés

Appelées par la France et l’empire ottoman pour soigner les soldats, 225 Filles de la Charité françaises sont envoyées dans la région, et 25 sœurs italiennes les rejoignent. Elles ont en charge une douzaine d’hôpitaux militaires français basés à l’arrière du front, la plupart à Istanbul.

L’épidémie de choléra, pendant les mois de l’été 1854, est extrêmement violente et nécessite une organisation spécifique, avec isolement des malades sous tentes. Les Filles de la Charité se dévouent sans relâche au chevet des soldats, dans des conditions matérielles plus que sommaires.

Elles n’œuvrent pas seulement à l’arrière, mais travaillent également comme ambulancières, non loin des champs de bataille. De plus, elles rendent visite aux prisonniers, soit des Français détenus pour délit, soit des Russes.

Une centaine d’entre elles contractent le choléra ou le typhus, et 33 y laissent la vie.

Certes, les Filles de la Charité s’occupent de soigner les corps, mais leur présence est aussi un réconfort spirituel immense pour les soldats hospitalisés.

Leur amour de Dieu et leur vie de prière les rendent infiniment patientes et douces.

Leur foi vécut jusqu’à l’héroïsme est exemplaire, et elle irrigue, fortifie ou ranime celle des soldats. Combien d’âmes n’ont-elles pas sauvées in extremis.

L’aide et le dévouement des Filles de la Charité lors de cette terrible campagne militaire font l’admiration de tous.

Un reporter anglais vante dans le Times leur talent d’infirmière.

Le médecin français Lucien Baudens, venu en Crimée pour inspecter les services médicaux de l’armée, évoque dans son rapport, avec beaucoup de chaleur et d’admiration, l’action des Filles de la Charité.

Le général directeur des ambulances anglaises écrit : Avec quatre sœurs, une ambulance française fait bien plus de bien que moi avec vingt infirmiers.

À la fin de la guerre, le sultan, voulant reconnaître les services rendus par les sœurs, songe à leur offrir des décorations. Elles préfèrent cependant qu’il leur permette de continuer l’œuvre entreprise dans la région.

Le gouvernement ottoman leur cède alors un très vaste terrain sur lequel est bâti un hôpital appelé Notre-Dame-de-la-Paix, en souvenir des circonstances de sa fondation.

En Turquie et dans tous les Balkans, les œuvres des Filles de la Charité connaissent alors pendant plus d’un siècle une expansion considérable.

Hôpitaux, orphelinats, écoles, maisons de retraite leur permettent de vivre pleinement leur charisme : honorer Dieu par le service des pauvres.

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Patrick commentaire :

On peut qu’avoir que de l’admiration pour des gens comme cela, et j’espère que vous n’utilisez pas le mot Bonne sœur d’un ton méprisant, plein de dédain en parlant d’elles !

Ici, c’est le point avec certaines personnes, parfois ils ont du mal à différencier leurs propres étroites idées avec tout le bien que certaines personnes méritent d’obtenir le crédit pour leurs magnifiques actions.

Cela me fait penser à l’histoire du centurion romain que Jésus a félicité et honoré devant tous :

l’esclave d’un certain centurion, à qui il était fort cher, était malade et s’en allait mourir. Et ayant ouï parler de Jésus, il envoya vers lui des anciens des Juifs, le priant de venir sauver son esclave. Et étant venus à Jésus, ils le priaient instamment, disant: Il est digne que tu lui accordes cela, car il aime notre nation   et nous a lui-même bâti la synagogue. Et Jésus alla avec eux. Et déjà comme il n’était plus guère loin de la maison, le centurion envoya des amis vers lui, lui disant: Seigneur, ne te donne pas de fatigue, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit c’est pourquoi je ne me suis pas cru digne moi-même non plus d’aller vers toi; mais dis une parole et mon serviteur sera guéri. Car moi aussi, je suis un homme placé sous l’autorité d’autrui, ayant sous moi des soldats; et je dis à l’un: Va, et il va; et à un autre: Viens, et il vient; et à mon esclave: Fais cela, et il le fait. Et Jésus, ayant entendu ces choses, l’admira; et se tournant vers la foule qui le suivait, il dit : Je vous dis que je n’ai pas trouvé, même en Israël, une si grande foi. Et ceux qui avaient été envoyés, s’en étant retournés à la maison, trouvèrent bien portant l’esclave malade. (Luc, chapitre 7)

Une chose qu’on a besoin d’apprendre dans la vie et d’enseigner à nos enfants, c’est qu’on a besoin de regarder au cœur des gens, leurs motivations, leurs mérites, et leur amour pour aider autrui.

On appelle cela le véritable jugement, la sagesse qui vient d’en haut ; jugez les gens pour leurs véritables mérites dans la vie !

Alors, d’où vient ce mépris et ce jugement négatif sur la religion : de la Révolution française ! Depuis, les Français ont été conditionnés sur des mauvaises valeurs et un faux sens de liberté, égalité et fraternité

Est-ce que vous voyez ces valeurs vraiment briller dans notre pays ? Est-ce que vous sentez que vous êtes vraiment libres ? Est-ce que vous croyez qu’il y a vraiment cet esprit d’égalité dans toutes nos classes ? Et pour finir, la fraternité a-t-il encore vraiment en sens dans notre vie de tous les jours ?

Ces gens de foi, hommes et femmes, ont beaucoup de choses à nous apprendre sur leurs dévouements, leurs merveilleux exemples de vie exemplaire. Qu’ils soient, Catholiques, Protestants, Orthodoxes, Judaïques, Musulmans, Hindous, ou simplement laïques ou athées, etc, … Dieu regarde au cœur des gens !

Et quand Il (Dieu) en vient à cela, il ne fait aucune différence entre eux, ni pour leurs couleurs, ni pour leurs religions, ni pour leurs croyances, ni pour leurs sexes, sinon de donner Sa bénédiction sur tous ceux qui agissent pour le bien de l’humanité et de leur prochain !

Voilà pourquoi nous fêtons Noël, cette fête de l’amour qui unit les hommes et les femmes, tous ceux qui croient en l’amour et la véritable paix sur la terre !

Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, en sorte qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux (Matthieu 5:16)

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