Le père Jean-Yves Lhomme, prêtre des Missions Étrangères de Paris.

À Madagascar, ce missionnaire en chef  bâtit un immense hôpital pour les pauvres

Domitille Farret d’Astiès

Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, nous dit l’Évangile de Matthieu. Depuis 2.000 ans, l’Église a pour vocation d’annoncer l’Évangile. Asie, Amérique, Afrique, Europe…

Chaque continent est terre de mission. Découvrez aujourd’hui le père Jean-Yves Lhomme qui construit un hôpital pour les plus pauvres à Madagascar.

De vastes bâtiments clairs entourés d’une jungle verdoyante, des rizières, un verger avec des arbres fruitiers à gogo… Bienvenue dans le futur hôpital Sainte-Anne, à Mananjary (Madagascar), sur la côte est du pays, au bord de l’océan indien.

C’est là que vit le père Jean-Yves Lhomme, 65 ans, futur directeur des lieux. Ce prêtre des Missions Étrangères de Paris originaire de Touraine a fêté ses 34 ans à Madagascar en août dernier.

La date d’arrivée en mission, pour moi, c’est presque une naissance. C’est quelque chose dont un missionnaire se souvient très bien, confie-t-il d’une voix tranquille.

Le désir de mission est né très tôt chez lui.

Quand j’étais jeune, je recevais une petite revue, Lumière du monde, avec des lettres de missionnaires. Cela a fait tout simplement son chemin.

À 23 ans, il ressent très fortement l’appel à la prêtrise.

À ce moment-là, je savais que je voulais être missionnaire et partir.

Missionnaire de brousse durant quinze ans, le père Jean-Yves Lhomme supervise depuis 2007 la construction de l’hôpital Sainte-Anne, à la demande de Mgr José Alfredo Caires de Nobrega, évêque des lieux.

L’établissement est destiné aux plus pauvres de la ville et de la région qui souvent n’ont pas accès aux soins modernes. Dans cette région qui compte 1 million d’habitants, il n’existe en effet aujourd’hui qu’un seul hôpital d’État.

Les besoins sanitaires sont immenses, note l’homme de Dieu.

Je ne sais pas pourquoi on me l’a demandé à moi, mais je sais que j’ai toujours été sensible à la souffrance. Très jeune, j’ai été à Lourdes, et dès que j’ai pu, je suis devenu hospitalier de Notre-Dame.

L’évêque lui confie donc cette immense parcelle de dix hectares en pleine nature, le long de la route nationale 25, situé à cinq kilomètres de la ville de Mananjary.

Au départ, il s’agit d’un simple terrain de brousse composé de sept collines avec une forêt vierge où se mêlent bambous, mauvaises herbes, eucalyptus… Charge à lui de le transformer en établissement de santé.

C’était un terrain anormalement délicat pour construire un hôpital mais nous en avons fait quelque chose. C’est un gros projet qui coûte très cher mais la divine Providence a toujours pourvu, note le missionnaire.

Un hôpital aux normes européennes

Construit selon des normes européennes, il devrait accueillir 50 lits – 25 en chirurgie et 25 en médecine. Un pôle mère-enfant est également en projet. Créé à l’attention des plus pauvres, il se targue de leur offrir les meilleurs soins possibles.

Outre une équipe médicale permanente, des spécialistes venus de l’extérieur pourront être hébergés sur place ponctuellement. En cours de finition, il aurait en principe dû ouvrir cet été mais cela n’a pu se faire encore en raison de l’épidémie de Covid-19.

Dès le début de ce projet colossal, il a fallu trouver des fonds, concevoir des plans, puis nettoyer le site, arracher, reboiser, araser, forer, construire un barrage, électrifier…

Le tout avec de la main-d’œuvre locale.

C’est un hôpital qui est fait par les Malgaches, insiste le prêtre, qui se réjouit que des amis de France et de La Réunion soient venus prêter main-forte et offrir des compétences qui manquaient sur place.

Il déclare passer sa vie sur les chantiers. Chaque jour, il se lève aux aurores – l’été, il peut faire jour dès 4 heures du matin – et va au turbin, rejoignant les ouvriers sur le terrain.

Il me faut être là en permanence pour surveiller, encourager, montrer, explique-t-il.

Confection des gabions qui vont soutenir la terre de la plateforme de la station de biogaz.

Quand il ne s’occupe pas de chargement de sable et de pierre qu’il va chercher dans une carrière voisine, il tronçonne des arbres, lit son bréviaire dans son camion de 3,5 tonnes ou téléphone à des partenaires.

Avant, quand j’étais missionnaire de brousse, je visitais à pied ou en moto les villages et les communautés chrétiennes et j’en créais de nouvelles ; j’avais la charge de 35 villages. Ici, j’ai un rôle de formateur à la rigueur, à la fidélité dans le travail.

Toutes ces années de vie missionnaire m’ont fait comprendre qu’il suffit de pas grand-chose pour bien vivre et être heureux.

Autour des bâtiments, aujourd’hui, des arbres à n’en plus finir, un verger avec de nombreux arbres tels que caféiers, bananiers, tamariniers, cocotiers, papayers, manguiers, arbres à pains, pamplemoussiers, litchis et trois hectares de rizières.

C’est un des pays les plus pauvres au monde mais une terre fertile, bénie du Seigneur. Un dicton assure que de Diego-Suarez, grande ville du nord de Madagascar, à Fort-Dauphin, à l’extrême-sud, il existe 3.500 variétés de plantes. Vous plantez un bout de bois et il pousse, s’amuse le prêtre.

Ces cultures sont destinées à nourrir les patients et à donner du travail à ceux qui en ont besoin. En effet, dans le pays, les hôpitaux publics ne nourrissent pas les malades et c’est la famille qui apporte la nourriture.

Mais l’hôpital Sainte-Anne en a décidé de faire autrement et grâce aux rizières – le riz est la nourriture de base des Malgaches – et au potager, elle pourra proposer une nourriture équilibrée à ses pensionnaires.

Un missionnaire, c’est vraiment un père, poursuit-il avec douceur.

Dès qu’il y a un souci, on se tourne vers lui. J’ai un rôle social auprès de beaucoup de gens.

Au bout de 34 ans, il a appris à connaître les Malgaches, mais, concède-t-il :

L’être malgache reste pour moi un mystère. C’est un être collectif, il ne se pense pas dans son individualité. Ici, on vit au rythme du soleil, au jour le jour. J’ai du riz dans mon assiette aujourd’hui, je verrai bien si j’en ai demain. Pour moi c’est un combat. Il faut que je sois prévoyant et qu’en même temps je vive au jour le jour.

Et de résumer sa pensée en ces mots :

Ici, il faut un peu de foi, un peu de courage et beaucoup, beaucoup, de patience !.

Avec cet hôpital, sa vie radicalement changé.

J’ai une vie plus solitaire qu’avant mais la solitude ne me pèse pas. Le propre du missionnaire, c’est de s’adapter, de ne pas forcément faire ce qu’il désire mais de répondre à une demande. Je me sens parfaitement adapté à ce nouveau style de vie. Au fond, je n’ai pas besoin de grand-chose. Toutes ces années de vie missionnaire m’ont fait comprendre qu’il suffit de pas grand-chose pour bien vivre et être heureux, explique l’homme de Dieu.

Une fois que les portes de l’hôpital auront ouvert, il sera en permanence au chevet des malades et des pauvres.

Cet hôpital, il doit être missionnaire, avoir un esprit missionnaire, souligne-t-il.

Il faut que toute personne, quelle qu’elle soit, soit magnifiquement accueillie.

***

Père Émeric, homme de paix à Madagascar

Domitille Farret d’Astiès

Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, nous dit l’Évangile de Matthieu. Depuis 2.000 ans, l’Église a pour vocation d’annoncer l’Évangile. Asie, Amérique, Afrique, Europe… Chaque continent est terre de mission.

Découvrez aujourd’hui le père Émeric Aymot d’Inville, responsable du foyer Tanjomoha à Madagascar.

Tel un père, il prend soin de tous, passant ici et là pour stimuler, encourager, parler avec les uns et les autres. Cela fait vingt ans que le père Émeric Amyot d’Inville, 67 ans, s’occupe du foyer Tanjomoha, situé dans la petite ville de Vohipeno, sur la côte sud-est de Madagascar.

Dans cette zone reculée, l’habitat, encore très traditionnel, est composé de cases en bois sur pilotis couvertes de feuilles de ravenale (l’arbre du voyageur), cette grande plante tropicale qui ressemble à un palmier en éventail.

La grande ville la plus proche, Manakara, est distante d’une quarantaine de kilomètres.

Madagascar étant un pays de rizières, les gens circulent beaucoup en pirogues et cultivent du riz et du manioc. On voit quelques élevages de zébus et de poules. Dans la brousse, malheureusement, lémuriens et sangliers noirs ont quasiment disparu en raison de la déforestation très importante qui sévit dans le pays.

Ici, les jeunes apprennent un métier

Dans ce centre de dix-sept hectares unique en son genre vivent des jeunes avec un handicap qui ont entre 18 et 25 ans. Ils sont environ 110.

Atteints de déficience au niveau moteur, auditif ou visuel, ils bénéficient d’opérations, de traitements et de rééducation et peuvent apprendre un métier.

Beaucoup parmi eux ont contracté la polio et en gardent des séquelles, d’autres ont des malformations osseuses comme des pieds bot, certains ont été mordus par des crocodiles.

En général, tout cela peut se traiter, à condition d’en avoir le temps et les moyens.

Parfois, nous assistons à une amélioration extraordinaire, s’enthousiasme le missionnaire.

Le centre leur propose une formation en menuiserie ou en couture/broderie type CAP, mais aussi en informatique et en gestion.

Le prêtre cite l’exemple d’Angelo, 27 ans. Attaqué par un groupe de bandits – ce n’est pas rare là-bas que les brigands attaquent les éleveurs -, il s’est fait voler ses bœufs et il est resté avec une balle bloquée dans la colonne vertébrale qui l’a paralysé.

Le père Émeric l’a rencontré dans un hôpital où il était mal soigné et extrêmement mal en point. Grâce à la rééducation proposée au centre, Angelo peut maintenant se déplacer seul avec une canne et il s’est installé dans une petite ville voisine comme couturier.

Pour un homme qui, dixit le missionnaire, ne remuait pas d’un millimètre, c’est une immense victoire.

Quand ils quittent le foyer, les jeunes reçoivent une machine à coudre ou une caisse avec des outils de menuiserie, explique le prêtre-éducateur. Un beau cadeau largement symbolique pour les accompagner concrètement au moment où ils prennent leur envol.

Les liens restent d’ailleurs très forts entre les équipes et les personnes accueillies.

C’est toujours une fête de se revoir, reconnaît le religieux.

Le foyer accueille également environ 60 jeunes orphelins en détresse souvent sévèrement malnutris ou malades qui sont soignés et éduqués afin de reprendre goût à la vie, ainsi que des jeunes mis au banc de la société qui viennent ici pour étudier.

Au total, quelque 400 personnes sont accueillies ici en permanence, logées, nourries, soignées et éduquées.

Les non-résidents (élèves scolarisés ici, malades venus profiter de soins de jour, femmes âgées ou abandonnées, personnes psychiquement fragiles) représentent quant à eux environ 2.000 personnes.

Un vaste monde qu’il faut nourrir quotidiennement. Au foyer, rendez-vous compte, on consomme pas moins de 12 tonnes de riz chaque mois.

En plus du père Émeric, l’équipe d’accompagnement est composée d’un autre prêtre, quatre filles de la charité, deux coopérants internationaux et 70 employés.

La parole et les œuvres

Chaque jour, le père Émeric commence sa journée à 5 heures, célèbre la messe à 6 heures, pour commencer le travail dès 7 heures. Il fait le tour des classes, rencontre les professeurs, passe voir les familles, donne un cours de catéchisme, visite un malade… Sa mission principale reste l’accueil des pauvres, des personnes handicapées et des orphelins.

Il a également une petite paroisse qui lui tient très à cœur. Le missionnaire appartient à la congrégation des Lazaristes, qui se situent dans la lignée de saint Vincent de Paul qui a voulu porter la Bonne Nouvelle tant par la parole que par les œuvres.

Les deux sont complémentaires, insiste-t-il. Là-bas se mélangent des catholiques, des protestants luthériens, des animistes, des musulmans, aux itinéraires de vie variés.

J’essaie d’être présent à tous indistinctement. Tout le monde est bienvenu chez nous. Notre objectif est d’accueillir les personnes qui souffrent pour les aider à trouver des solutions. Nous prenons soin des pauvres dans tous leurs besoins et nous les recevons gratuitement », explique le missionnaire d’une voix douce.

Notre but n’est pas de ressasser les vieilles histoires mais d’aider les personnes à vivre ensemble. Nous proposons également la foi, dans la liberté, bien évidemment, ajoute-t-il.

Point essentiel, les écoles sont ouvertes à tous et les élèves étudient ensemble.

On sent un changement de mentalités. Je crois que l’Évangile est en train de progresser dans ces régions-là.

Le père Émeric avait déjà été coopérant à l’âge de 22 ans. C’est d’ailleurs à Madagascar, à travers sa rencontre avec le père Vincent Carme, qu’il a connu la congrégation lazariste qui lui a permis de réaliser sa vocation missionnaire.

Si le pays lui a plus, sa première expérience a été ardue pour des raisons de santé. Il lui a fallu vingt-cinq ans avant d’y retourner.

C’était un saut dans la foi, confesse-t-il aujourd’hui. Il vante Madagascar et sa manière de vivre souriante.

J’aime vivre ici. Les gens sont toujours prêts à faire des choses nouvelles, note-t-il.

Il faut prendre le temps d’expliquer, notamment pour les projets agricoles. Les habitants se sont formés aux cultures maraîchères et nous avons actuellement un projet d’arbres fruitiers. C’est nouveau pour eux. Il faut prendre le temps de s’asseoir dans la case sur une natte et de discuter avec eux.

Puis il ajoute en riant :

Parfois, on voudrait que cela aille plus vite. Mais nous sommes chez eux. Il faut apprendre à découvrir par la patience, la douceur, la relation.

Aujourd’hui, ce pays est le sien : c’est un lieu de paix, un lieu de joie.

***

Patrick commentaire :

J’espère que ces témoignages seront un encouragement pour vous et apporteront de l’espoir et de la foi dans vos vies.
Il y a plein de gens merveilleux comme eux qui travaillent ardûment pour changer le monde et le rendre meilleur.
Alors, ne baissons pas les bras et retroussons nos manches…

***

Jésus allait par toutes les villes et par les villages, enseignant dans leurs synagogues, et prêchant l’évangile du royaume, et guérissant toute maladie et toute langueur. 

Et voyant les foules, il fut ému de compassion pour elles, parce qu’ils étaient las et dispersés, comme des brebis qui n’ont pas de berger. 

Alors il dit à ses disciples: La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers

suppliez donc le Seigneur de la moisson, en sorte qu’il pousse des ouvriers dans sa moisson. 

(Matthieu 9:35-38)

 

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