Le plat des riches et les écolos

Je voudrais vous inviter à un diner fastueux.
Un diner digne du prestige de la cuisine
d’Alexandre Dumas.
On vous servira des ortolans à la provençale,
des dindons bourrés de truffes du Périgord,
des cailles truffées à la moelle, et des épinards
à la graisse de caille.
Vous êtes déjà rassasié ?
Mais hélas, ces Messieurs défenseurs de la
nature, les Verts, sont passés par là ; car il en
va de la survie de l’ortolan par exemple.
Dans le sud-ouest, on ne rigole pas avec cela,
l’oiseau rare est devenu une affaire nationale.
Bien que sa chasse soit interdite, un marché
souterrain existe pourtant, pour agrémenter
les bonnes tables de Paris et de New-York.
Il suffit de faire plaisir à des clients privilégiés,
fortunés et discrets ; des repas entre amis, sans
facture, quand le restaurant est fermé, car
l’ortolan est devenu introuvable et aussi cher
que la truffe ; et surtout hors-la-loi !
Maïté: « C’est un plat de riches »
Que voulez-vous préserver ?
Il n’y a plus rien dans les campagnes.
Les ortolans ont disparu à leur tour et
plus personne ne les chasse à part
quelques braconniers qui les piègent
et arrivent à les revendre sous le manteau.
Voilà 40 ans, on en comptait énormément.
On pouvait les attraper sans problème.
Le temps est bel et bien révolu,
souligne Maïté dont le restaurant est situé
à Rion des Landes.
Quand j’étais jeune, j’en ai beaucoup mangé,
des salmis d’ortolan, d’alouette ou de pinson.
J’avais même un oncle qui les engraissait,
poursuit la chef dont se rappelle les
chroniques télévisées
« La cuisine des Mousquetaires »
C’est devenu un plat de riche ; on mange
des ortolans comme on dégusterait une
vraie entrecôte.
C’est vraiment dommage que l’oiseau ait
disparu de notre paysage. De toute façon,
on ne reconnaît plus rien.
Les ortolans se nourrissaient de petit grain,
de graminées. Maintenant, les champs sont
recouverts de maïs. Regardez autour de
vous, le climat, l’agriculture ont changé.
Où sont passés les fossés, la rosée, tout ce
qui faisait le bonheur de l’ortolan.
Et le ciel ?
On cherche désespérément les moineaux,
les bergeronnettes. On n’a même pas vu
les hirondelles passer !…
Je crois bien que je vais me passer de ce
succulent repas ; cela m’a ôté l’appétit !
Patrick Etienne
88888

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