En me promenant sur le site de site… mon regard a croisé une dame qui se présentait sur son vrai nom avec son jeune âge de 78 ans avec le nom de la ville d’où elle venait. Je lui ai envoyé un message en lui demandant de quel village perdu elle était, et elle m’a répondu rapidement avec une grande finesse.

Que son village était au Témiscamingue et non en Abitibi et qu’elle habitait devant un lac sur une réserve naturelle…Elle piqua ma curiosité et croyez le où non, sur Google, j’ai appris qu’elle avait participé au concours de la grande dictée des Amériques, qu’elle était impliquée dans la culture de sa ville.

De fil en aiguille, elle m’a avoué qu’elle était avide de mes chroniques, et qu’elle caressait le rêve de voir paraitre un jour ses articles sur notre site.

Alors voici son premier texte intégral d’Hélène Lessard de Duhamel Ouest :

La bibliothèque de Laura
En fermant les yeux, me voilà dans une salle de classe, devant une superbe bibliothèque sentant bon le bois neuf et le vernis, que Mademoiselle Laura, mon institutrice des années quarante, vient de faire installer, à ses frais, dans le local des« grands ».

Avoir douze ans et monter dans la classe de Laura Léger… était la concrétisation de mon plus beau rêve! Mais la présence de ce meuble rempli de merveilleux secret contenus dans les livres d’histoire, de contes, de poèmes… allait changer ma vie!

Évoquer le nom de Laura me procure encore aujourd’hui cette jouissance intellectuelle que nos jeunes ne semblent pas connaître. Quel dommage! La classe des grands, c’était une joyeuse manufacture d’analyses, de dictées, de stylistique, de règles grammaticales, d’histoire, de géographie, de discussions animées… et de lecture!

Chaque vendredi après-midi était réservé aux arts : composition, dessin et lecture à voix haute. La «maîtresse» découpait dans le journal, le «quart de page» consacré à un chapitre de roman-feuilleton, et quelques élèves en faisaient la lecture. Tout comme nos téléromans actuels, il fallait des mois pour connaître le dénouement de l’histoire et nous attendions toujours avec impatience l’arrivée du journal; mais le jeu en valait la chandelle!

Lors de la visite annuelle de Monsieur l’Inspecteur, nous escomptions toujours le tirage d’un livre d’histoire. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir, parmi les quatre ou cinq volumes qu’il étalait devant nous pour laisser le choix à l’élève gagnant, le feuilleton « Premier de cordée » en format livre de poche. Or, cette année-là, nous avions entrepris la lecture du roman-feuilleton « Premier de cordée » écrit en 1942 par Roger Frison-Roche. Vous comprenez que le cœur de Mademoiselle Laura battait aussi fort que les nôtres, et qu’un simple regard d’elle, posé sur le livre, devenait un incitatif éloquent pour le choix du prix! Nous avons donc connu l’intrigue avant tous les lecteurs du roman-feuilleton.

Qui avait gagné le livre? Quelle en était la trame? En combien de jours avions-nous réussi notre tour de force? Aucune idée!

Ce qui m’est resté de cet épisode, c’est l’immense apport culturel qu’une toute jeune maîtresse d’école a su insuffler à toute cette classe avide de connaissance.

Il se trouve encore au Témiscaminque et ailleurs, plusieurs « spécimens »des élèves de Laura Léger. Tous rendent hommage à cette éducatrice hors pair!

Hélène Lessard

Plus dans la section

Samy Rabbat

Related Post