Tous précaires !

Si tous les précaires du monde se donnaient la main, ils feraient une ronde …

La précarité est un terme venu du latin « precarius » : qui s’obtient par la prière.

Elle correspond à une situation instable, sans garantie, ne permettant ni aux personnes, ni aux familles de s’assumer sur le plan professionnel, social, amoureux, bref de jouir simplement de leurs droits fondamentaux d’êtres humains.

Elle conduit, quand elle est économique, à une grande pauvreté matérielle caractérisée par une incapacité à surnager dans les remous de la société de consommation. Le précaire regarde la vitrine sans rentrer dans le magasin, le précaire regarde les enfants de autres disposer de ce qu’il ne peut accorder aux siens, le précaire perçoit avec acuité l’écart entre ses minces revenus et le minimum estimé nécessaire. Il ne peut se défendre d’une agressivité vis-à-vis d’un système qui ne veut pas de lui et vis-à-vis des autres qui ne peuvent comprendre sa position de laissé pour compte. La finalité désastreuse consistera en sa marginalisation avec la vie « hors norme » de la rue et la perte de ses repères.

Quand elle est matrimoniale, elle amène à une errance affective, tentant de trouver celui ou celle avec qui, enfin, cela « marchera ».

Pour certains cette errance n’aura pas de fin. Elle laissera un goût amer dans la bouche prête à sourire, emplira de regrets le cœur pourtant prêt à aimer et rendra vain le pas prêt à emboîter le pas de l’âme sœur.

Rappelons qu’aujourd’hui un mariage sur deux se solde par un divorce, que les familles recomposées après une ou deux séparations sont légions, que 30% de la population souffre de solitude non choisie.

Quand elle est professionnelle elle conduit à enchaîner des périodes de contrats provisoires, entrecoupées de périodes de chômage lourdes en remises en questions. Les projets à court terme sont seuls possibles, les grandes décisions engageant l’avenir sont mises au placard.

Cette précarité glissera insidieusement vers les couches les plus jeunes de la population : dès l’école, l’avenir sera présenté pour certains comme une foire d’empoigne, pour d’autres comme une compétition d’où émergeront les meilleurs et pour tous comme une grave incertitude. Cet avenir teinté de risque amènera l’innocent « Petit Prince », dès le seuil de l’école primaire, à intégrer que la vie « c’est pas rigolo du tout » !

Quand elle se rattache à la santé, l’avenir devient hypothétique, flou, les projets se font en pointillés comme si le lendemain n’était plus envisageable. Sida, hépatites, cancers sont autant de maladies à évolution lente qui transforment aujourd’hui en peut-être et demain en jamais.

Quand elle est familiale elle s’articule autour d’un cadre peu fiable, d’un éclatement des familles et d’une immaturité touchant autant les enfants que les parents censés leur apporter sécurité, amour et limites. Le lien naturel parent – enfant, distendu, inadapté, quelquefois dénaturé ne fonctionne plus. Maltraitance, déscolarisation, limites et règles mal posées s’y rencontreront.

Les conséquences médicales et psychologiques de la précarité sont aussi diverses que graves.

Nous retrouverons tous les phénomènes liés au stress excessif :

Hypertension, palpitations cardiaques, crises d’angor, ulcères, colopathies chroniques, phénomènes allergiques (eczéma, asthme, …), fragilité aux attaques venues du dehors (virus et miasmes divers), insomnies, syndromes migraineux mal étiquetés, crises de panique, dépression … pour ne citer qu’eux, emplissent bien des cabinets médicaux sans y trouver de solution curative sur le long terme.

Comment tarir la source des maux sans solutionner l’incertitude qui maintien le précaire en état d’alerte rouge?

De ce phénomène, puissant générateur de mal-être, découlent des conduites addictives utilisées au départ dans un but palliatif.

L’alcool, le tabagisme, la consommation de produits toxiques dont la marijuana est leader sur le marché, l’utilisation banalisée de psychotropes (somnifères, antidépresseurs, anxiolytiques et autres tranquillisants), les troubles des conduites alimentaires dont le grignotage et la boulimie sont les symptômes les plus courants, sont autant de conséquences dommageables et pour « le précaire », et pour son entourage, et pour ses chances d’insertion sociale.

– Soignons la précarité et une des principales sources de plaintes psychosomatiques se tarira ! direz-vous après avoir lu cette chronique.

Vous le voyez, la précarité est un ensemble multidimensionnel écartant de la vie économique et sociale 15% à 20% des composantes de nos sociétés occidentales dites « développées ».

La précarité plus que tout autre facteur traumatique environnemental oppresse, lamine, « stresse » autant sur un mode aigu que chronique toutes les couches d’une population qui n’en avait plus l’habitude.

Nos ancêtres nomades, pêcheurs, cueilleurs, journaliers, paysans avaient intégré cette incertitude comme inévitable.
Peut-être avaient-ils plus à l’esprit l’instant présent, peut-être avaient-ils moins de besoins matériels et, la foi aidant, acceptaient-ils mieux la cruauté des périodes de disette, de maladie, de mort ?

L’assurance d’un avenir garanti connu dans les périodes d’euphorie économique fait partie du passé. L’emploi à vie ou l’emploi sûr laisse place à une dose de d’incertitude en rapport direct avec notre façon de vivre et sans doute avec cette course en avant qui s’appelle « progrès ». De même en est-il des autres sources de précarité.

Retenons que la précarité découle de l’environnement et des vicissitudes de l’existence, mais sa façon de la percevoir tient surtout compte de celle ou de celui que l’on est.

Docteur Henri PULL

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