Les manuels de physique définissent ainsi le temps : Le temps est une grandeur physique continue permettant de situer la succession des événements dans un référentiel donné.

Passant du premier cadran solaire connu datant de 1500 avant notre ère aux montres mécaniques et enfin aux horloges atomiques, l’homme s’est efforcé de contrôler le temps avec une exactitude de plus en plus grande.

Aujourd’hui nous en sommes à la réalisation d’horloges dont l’erreur ne dépasse pas une seconde toutes les 300 millions d’années.

Il faut croire que le temps doit être impérativement mesuré de façon la plus précise possible pour que le métronome universel rythme le ballet humain.

Le temps fuit, pourtant, il ne nous échappe jamais.

Toujours présent, il est le présent même. Irrésistiblement nous assimilons le temps à un mouvement, à une fuite ou à un cycle qui ne peut être pensé qu’en unité de temps.

Ce qui est en mouvement va à une certaine vitesse qui, elle-même, correspond à une distance parcourue par unité de temps.
Le temps ne passe pas, car il n’est rien qui se déplace ou se fige. Il n’est ni long, ni court, ni uniforme et pourtant il est familier de penser qu’il nous échappe.

Le passage du temps sur un être n’est jamais sans effet ; certes, le temps altère, aliène, corrompt, déforme, abîme, use, transforme tout ce sur quoi il passe : c’est la toute puissance du temps !

Cette toute puissance se marque certes plus vite sur ce visage-ci que sur ce visage-là, mais elle se marque sur tous deux de façon irréductible et irréversible.

D’où ce désir, sans doute l’un des plus anciens de l’homo sapiens, de trouver un être ou une chose qui échappe au temps, sur lequel le temps achopperait, ne pouvant l’altérer, le corrompre ; de trouver un être à l’enviable permanence, un être qui resterait le même à travers le temps.

Il ne l’a trouvé ni dans l’infiniment petit ni dans l’infiniment grand.

Si donc l’espoir de trouver dans le monde matériel des êtres échappant aux pouvoirs du temps semble comme voué à l’échec, alors faudra-t-il orienter notre recherche vers le monde des êtres immatériels ?

Si donc rien ne semble concrètement demeurer dans le temps, si donc rien ne semble échapper assurément au temps, alors il faut croire que Chronos, le Dieu du temps, est le plus puissant de tous les dieux.

Atome, étoile, beauté, objet, galaxie, dieu : rien n’est éternel… sinon le temps lui-même ; son action sur tout ce qui est, relève d’une rigoureuse et impitoyable permanence.

Indifférent, sourd à nos appels, le temps, ce grand faucheur, poursuit impitoyablement sa tâche, défait ce qu’il a fait, détruit ce qu’il a construit, passe sur l’atome comme sur l’étoile, sur la pierre comme sur la galaxie.

Ainsi le temps rend inlassablement présent l’avenir, et rend passé le présent. Il n’est rien qui échappe à son emprise.

Seul le présent existe réellement : le passé n’existe pas, puisqu’il n’existe plus ; l’avenir n’existe pas, puisqu’il n’existe pas encore.

Et si sont retranchés et le passé, et l’avenir, si donc ne demeure que le présent du présent, alors il faut conclure qu’il n’y a plus de temps !

Le temps passe vite, et la trotteuse semble galoper pour qui se sait en retard ; le temps ne passe plus, et la trotteuse semble aller au pas pour qui attend le train qui ne vient pas…

Le temps n’est certes pas une chose comme les autres : parce qu’il est unité du passé, du présent et de l’avenir, alors il a besoin de l’homme, seul être conscient de sa présence, pour exister vraiment.

Ainsi l’homme a-t-il le pouvoir de ralentir ou d’accélérer le temps, et même au-delà celui de faire ou de ne pas faire exister le temps.

Sa mémoire et son anticipation lui portent préjudice. Elles l’empêchent bien souvent de vivre au présent, alors que le Carpe diem est le moyen d’accéder au bonheur…

Marquer son passage, ses écrits d’une date ; n’est-ce pas vouloir emprisonner l’instant et lui faire perdre vie ?

N’est-ce pas apposer une plaque gravée sur un monument célébrant un passé révolu ?

Le temps n’a qu’une réalité, celle de l’instant.

Autrement dit, le temps est une réalité resserrée sur l’instant et suspendue entre deux néants que sont le passé et le futur nous dit Gaston Bachelard illustre épistémologue.

Ainsi, si mesurer le temps a certains avantages, veillons à ce que cette mesure excessive ne devienne une entrave à la liberté.

L’importance donnée au temps, fait qu’insidieusement l’homme rythme sa vie au « tic tac » de l’horloge et non plus en fonction de ses besoins et des tâches qu’il doit accomplir.

Docteur Henri PULL

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