Bien qu’il dise “non” à tout ce que vous lui demandez, vous devez lui dire “oui” à tout ce qu’il exige. La vie de la famille est rythmée par ses demandes et ses caprices. Il ne supporte aucun délai, à la plus petite des contrariétés il explose. Vous vous sentez dépassés et arrivez à hésiter à le contrer. Le voici devenu despote à votre insu. Comment reprendre les rênes et aider son enfant à mûrir harmonieusement tout en s’aidant soi-même ?

Les parents capitulent ; les voilà devenus des “sujets” d’un monarque : leur enfant. Ils croient obtenir un « cesser le feu » au prix de concessions et de renoncements successifs. Pour cela ils mettent en place des conduites d’esquive et de négation, ils ne se hasardent plus à demander quoi que ce soit à leur enfant à moins que la réponse soit entendue d’avance.

La concession unilatérale est à l’ordre du jour !

« De l’enfant gâté à l’enfant roi, et de l’enfant roi à l’enfant tyran les marches se gravissent à toute allure ; chaque capitulation de la part des parents ne fera que préparer le terrain pour l’étape suivante. »

L’enfant « tyran » n’a pas connu la frustration et ainsi n’a pu intégrer l’acceptation de celle-ci. Dès les premiers mois, le tout-petit cherche à satisfaire son “Moi” ; l’entourage n’est là que pour satisfaire ses besoins : nous dirons qu’il fait l’expérience de sa toute puissance.

L’intolérance à la frustration est admise jusqu’à deux ou trois ans, elle est considérée comme un comportement naturel. Durant cette période, l’enfant met en place des stratégies pour asseoir sa volonté.

Par contre, au-delà, la prise de pouvoir sur la maisonnée deviendra progressive mais inéluctable si l’enfant ne rencontre pas de résistance. Le refus de toute frustration devient pathologique s’il persiste de façon ingérable après cinq ans.

Avant trois ans, l’enfant marque son désagrément par des manifestations de colère complétées d’une agitation désordonnée : il se roule par terre, il crie lorsqu’il n’obtient pas immédiatement ce qu’il souhaite.

Après quatre ans, les réactions motrices laissent place à une colère plus verbale, à des menaces cruelles qui désarment alors bien des parents ne reconnaissant plus leur bébé d’amour dans ce diable menaçant.

Divorces, remariages, recompositions de la cellule familiale font que l’enfant s’impose de plus en plus comme l’élément fédérateur de la famille alors que l’espérance de vie du couple « papa – maman » est de plus en plus réduite. Les parents séparés culpabilisent dans bien des cas et l’amour de l’enfant devient un enjeu pour eux. Il sera alors facile pour ce dernier de manipuler l’adulte, fragilisé dans ses convictions d’éducateur, en jouant de cette corde sensible.

Tout l’art du tyran en herbe consistera à se muer en victime, à provoquer les adultes et à installer une ambiance pesante et usante pour les nerfs.

Face aux personnes extérieures, les parents « complices malgré eux », l’excuseront en soulignant sa vivacité, sa précocité et son caractère intransigeant présenté comme un atout dans un monde difficile.

Un manque de frustration et de “non” laisse l’enfant trop seul face à des choix qu’il n’est pas prêt à faire sans votre soutien. Le faux sentiment de toute puissance qu’il développe alors masque simplement son angoisse et l’incite à toujours plus de provocations.

Il vous confronte à ses exigences incessantes et à ses conséquences : disputes, agitation, réveils nocturnes, bouderies. Inconsciemment il attire ainsi votre attention et cherche votre soutien. Lui laisser trop de champ libre, ne pas jalonner son parcours de garde-fous et de limites ne le prépare pas à bien grandir. Vous culpabilisez à lui dire non ? Vous aspirez à être des parents idéaux, permissifs, hyper cool ? Sachez que vous hypothéquez son devenir ; le “non” lui permet de mûrir, les limites le sécurisent et lui permettent d’avoir confiance en l’adulte.

Un enfant qui s’oppose sans obtenir de résistance est un enfant qui ne saura pas qui il est, qui cheminera sans limites et sans interdits. Plus tard, il ne comprendra pas les règles qui lui seront imposées par la vie en société.

Le problème ne réside pas dans le comportement de l’enfant, mais dans l’absence de réaction des parents et dans leur tendance à ne pas entendre le simple bon sens qui suffirait parfois à remettre les pendules à l’heure. Ils doivent réapprendre à faire respecter leur autorité. Pas question de prôner le retour aux bonnes vieilles méthodes d’autrefois et le maniement aveugle de la violence pour contrer la violence !

Il s’agit de répondre de façon adaptée. Il ne sert à rien d’argumenter sans fin, l’enfant tyran s’habitue aux phrases sans cesse redites. De même, il est inutile de lui demander de se mettre à votre place : ce n’est pas la sienne !

Le dysfonctionnement premier de l’enfant tyran est son incapacité à différer sa demande de plaisir immédiat. L’amour parental permissif ne fait pas tout et équivaut souvent à une démission.

Un échec des négociations appellera parfois des sanctions équivalentes au coup de sifflet de l’arbitre en cours de match. Il vous faudra les appliquer pour ne pas perdre toute crédibilité. Si vous y renoncez, il recommencera et encore et encore, inconsciemment dans l’attente de ce « non » qui tarde tant à venir.

Acceptez les conflits qu’il engage et la manifestation de sa frustration sans céder et en évitant un rapport de force disproportionné.

L’éducation doit introduire une touche de frustration pour rendre l’amour parental structurant. Cette confrontation offre un des meilleurs apprentissages à la vie sociale.

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