Manger, engloutir et d’une certaine façon se gaver voici une réponse inadaptée au stress.

Cette réponse est pourtant de plus en plus souvent observée dans le monde occidental où le «tout disponible à toute heure du jour et de la nuit» s’applique à l’alimentation.

C’est une réponse «faute de mieux».

Elle n’a que le mérite de tempérer l’angoisse en ouvrant un chantier de poids : l’hyperphagie.

Le stress est une «bouffée émotionnelle» brutale.

Elle éveille une véritable révolution au plus profond de celui qui l’endure.

Je rappelle que le stress est un phénomène naturel et défensif face à un danger. Il déclenche dans un premier temps un phénomène d’alerte, puis de résistance face au péril perçu comme imminent.

L’agression et le risque qui en résulte devenant insoutenables, la fuite, l’immobilisme ou l’attaque seront programmés.

Selon la durée et la nature de la phase d’alerte, le stressé présentera des troubles que tous reconnaîtront sans peine pour les avoir souvent ressentis.

Ainsi l’on trouvera habituellement, autant chez l’adulte que chez l’enfant :

– de l’anxiété avec « boule » dans la gorge ou dans la poitrine,

– des troubles caractériels inhabituels conjuguant irritabilité, violences verbales ou physiques,

– des pertes de mémoire davantage liées à des manques d’attention et de concentration qu’à une réelle altération des fonctions intellectuelles,

– des phénomènes dépressifs pouvant conduire au suicide,

– des troubles de l’émotivité avec tension intérieure, facile passage aux larmes suivi de rires déroutants, nervosité permanente,

– des troubles psychosomatiques dont l’hyperphagie compensatoire.

L’hyperphagie est le fait d’avaler de grandes quantités de nourriture sans que le corps en ait réellement besoin.

Son origine remonte le plus souvent aux premiers contacts avec l’alimentation, c’est-à-dire aux deux premières années de la vie.

L’éducation, les usages familiaux, l’anxiété parentale, les traumatismes endurés et non cicatrisés sont autant d’éléments à prendre en compte pour tenter d’en comprendre le sens.

L’hyperphagie correspond soit à des repas pantagruéliques soit à un grignotage permanent.

Dans tous les cas l’apport alimentaire est très supérieur aux besoins caloriques du sujet.

L’obésité morbide en est l’aboutissement avec des poids en constante croissance malgré les discours navrés du mangeur excessif.

Ne voit-on pas des hyperphages atteindre 200 kilos et plus ?

À la différence du boulimique, il n’y aura ni crises aiguës, ni vomissements ou autres comportements compensatoires.

Il s’agit d’une vraie conduite toxicomaniaque : la «frénésie» alimentaire sert de substitution à une absence d’amour, à une insatisfaction inconsciente et soulage transitoirement une dépression profonde.

L’aliment soigne, console, comble le vide de la vie mais il fini par limiter sa victime du fait du poids atteint et au final il la tuera plus sûrement qu’une balle dans la nuque.

Le traitement passera avant tout par la motivation du malade, par la remise à plat des habitudes alimentaires après un audit approfondi de l’alimentation habituelle, par des conseils diététiques, par la prise en charge médicamenteuse du trouble psychique sous-jacent et enfin par une démarche psychothérapique analytique.

Le travail effectué dans des groupes de paroles à l’identique des groupes d’alcooliques, est réellement positif ; il rompt la solitude du mangeur excessif et par la parole le resocialise autrement parmi des compagnons qui, sans le juger, comprendront son désarroi.

Celles ou ceux qui le souhaitent trouveront des informations plus complètes sur l’origine des troubles des conduites alimentaires dans mes deux derniers ouvrages «PARENTS-ENFANTS» et «STRESS» disponibles dans la plupart des librairies des pays francophones.

Docteur Henri PULL

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