Le racisme ordinaire n’a ni couleur ni religion et ne revendique qu’un seul drapeau, celui de l’horreur.

Ratonnade, pogrom, actes racistes ; les exactions contre des communautés minoritaires ont toujours fleuri au cours de notre histoire.

L’existence de minorités constitue le meilleur moyen, pour les « marionnettistes – dictateurs » de canaliser les mécontents, les jaloux, les déçus, les indécis, bref, c’est un moyen imparable pour s’assurer un fort courant populaire à moindre frais.

L’intérêt partisan prime sur tout le reste en s’appuyant sur une désinformation contrôlée.

On désigne le coupable et « haro sur le baudet », l’inconscient collectif fera le reste. Le refoulement et les derniers garde-fous se trouveront balayés par l’autorisation patente de donner libre cours à tous ses bas instincts.
Le brûlot de haine enflammera la cité, dynamisera la foule, terrorisera les pourchassés, traqués comme du vulgaire gibier, alors qu’hier encore ils étaient des amis, des collègues, des voisins, des gens que l’on aimait, fréquentait et respectait.

– Tue, viole, pille ! dit-on au courageux guerrier face à des victimes sans armes. Après tout, ce ne sont que des méchants, tu ne fais que rendre la justice en faisant ce qui, voici peu, t’aurait fait condamner sans hésitation aux peines les plus sévères.

La Côte d’Ivoire chasse le français, puis de façon plus étendue « le toubab » lit-on dans la presse et peut-on voir abasourdi à la « Une » des journaux télévisés.

Des décennies de coexistence, d’échanges culturels, d’amitié n’y feront rien : l’exode attend ces africains blancs sur l’ordre d’un monarque local.

La majorité silencieuse restera muette, baissera les yeux face à la minorité agissante, armée, haineuse, avide et soucieuse essentiellement d’elle-même.

Parler de colonialisme, alors que l’indépendance est là depuis si longtemps que la majorité des Ivoiriens et des Français présents ne l’ont pas connue, ne peut être retenu comme argument sérieux.

Le raciste pur et dur, le pourvoyeur de haine de l’autre n’a pas de couleur : aujourd’hui il est Ivoirien.

Ses victimes prennent l’avion, « une main devant, une main derrière », les larmes au bord des yeux et la peur au ventre.
Pour certains l’heure est dramatique. Ils ne connaissent qu’une patrie, le pays qui les chasse, qui les terrorise aujourd’hui, qui a traqué leurs femmes et meurtri leurs enfants.

Ces populations réfugiées, évacuées à la hâte auront un dur chemin à parcourir dès leur arrivée en lieu sur. La vie aura été sauvegardée, désormais le chemin du deuil les attendra après ce traumatisme majeur. Il leur sera demandé de la patience pour le parcourir et certains ne pourront jamais l’effectuer.

Les « cellules psychologiques » d’urgence n’y pourront rien ; il s’agira d’un travail personnel durant lequel ni cauchemars, ni larmes, ni bouffées de haine revanchardes ne manqueront.

Docteur Henri PULL Psychiatre

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