On en parle, on en parle, mais peut-il s’accommoder d’une vision objective du présent ?

Dans la mythologie Mnémosyné personnifie la Mémoire : elle est la fille d’Ouranos et de Gaïa, du ciel et de la Terre. Elle s’unît à Zeus pendant neuf nuits et conçut les neufs muses qui président à la pensée sous toutes ses formes.

Ainsi, la Mémoire est reconnue depuis la plus haute antiquité comme mère de la culture de la civilisation : il n’y a pas d’humanité sans mémoire.

Devoir vient du latin debeo, debere.

Dans ce mot il y a la notion dette : ce peut être la bonne dette que l’on retrouve dans l’œuvre de Goethe « ce que tu as hérité de tes pères, acquiert le afin de le posséder » ou ce peut-être la mauvaise dette, celle de la Gorgone, celle de la répétition, de la vaine culpabilité ou encore celle de l’identification.

Le devoir de mémoire devient aujourd’hui une priorité sinon une nécessité au sein des démocraties.

L’on peut penser que progressivement cette notion s’étendra au niveau de toutes les communautés quel que soit le continent, quelle que soit la religion, quelle que soit la culture ou bien encore quel que soit le degré de développement économique.

Le « devoir de mémoire » représente le devoir qu’aurait un état à entretenir le souvenir des souffrances endurées dans le passé par certaines populations ou par certains groupes de population.

Ce devoir serait d’autant plus impératif que la responsabilité de l’État dans ces souffrances serait avérée.

Le devoir de mémoire reconnaît la réalité de l’état de victime et réciproquement la réalité de l’état de bourreau. De fait il s’oppose à la notion d’amnistie.

Il suppose que le les Etats analysent et reconnaissent leur responsabilité et celle de la nation toute entière dans les crimes et destructions effectuées afin que de tels crimes ne se reproduisent pas.

La finalité de cette reconnaissance est d’en tirer une leçon pour chacun.

Elle est essentielle pour la résilience, pour le travail de deuil de bonne qualité, pour la reconstruction des personnes et des sociétés après les crises majeures que représentent les guerres, les exterminations aveugles et tout acte contraire à la morale communément admise par l’humanité.

La notion de devoir de mémoire ne réclame pas un pardon, les protagonistes étant souvent morts ou disparus, mais une profonde réflexion et une remise en cause suffisante pour que les crimes passés ne se renouvellent pas.

Définir le pourquoi, comprendre le comment, effectuer un travail de dépistage pour éviter les mêmes dérives contraires à l’éthique de nos nations seront les buts à atteindre par les Etats qui auront accepté le principe d’un tel devoir.

Le devoir de mémoire a été invoqué en France pour demander à la nation tout entière de reconnaître la responsabilité de l’État français dans la persécution et la déportation des juifs sous l’occupation allemande.

Le devoir de mémoire a reconnu par la suite la nécessité de considérer les génocides et l’ensemble des crimes contre l’humanité (dont l’esclavage et la traite négrière) comme des thèmes essentiels à aborder pour le mieux-être des nations d’aujourd’hui et de demain.

Depuis la nuit des temps, la notion d’apprentissage passe par la notion d’expérimentation, de compréhension, de modélisation, de renoncement, de souffrance et de bénéfice.

Le devoir de mémoire serait, de fait, à faire siennes les erreurs criminelles du passé pour en éviter la répétition.

Il ne s’agit pas de répartir les populations dans deux groupes, les bourreaux forcément à condamner et les victimes forcément à plaindre.

Chacune des nations en martyrisant une de ses composantes s’en trouve appauvrie ; elle doit intégrer cette notion dans sa morale pour assurer la maturation éthique de chacun de ses membres.

La notion de mémoire n’équivaut pas à regarder la vie uniquement dans le rétroviseur ; ce serait en effet le meilleur moyen de perdre le contrôle du présent en restant l’œil fixé sur un passé révolu, donc par définition non modifiable.

La vision et l’analyse commune du passé se doivent de s’appuyer sur les succès et sur les erreurs de notre histoire pour, de manière la plus objective possible, le comprendre et conduire chacun de nous sur des chemins propices à l’élévation morale.

Le crime d’hier peut être un crime renouvelé aujourd’hui sous nos yeux ; ne pas le voir correspond à un déni tout autant coupable que ceux dénoncés lors des cérémonies solennelles condamnant les crimes dont l’homme a su faire sa spécialité depuis l’aube de l’humanité.

Devoir de mémoire et refus d’une vision objective du présent correspondrait à faire preuve d’une cécité préjudiciable aux valeurs humanistes et au progrès social dont beaucoup d’entre-nous se réclament.

Henri PULL

Plus dans la section

Quoi de neuf doc ?

Related Post