Le chômage : un drame psychologique grave.

Le chômage n’est plus une situation transitoire mais un fait de société concernant dix pour cent de la population « active » des pays industrialisés.

A l’échelle mondiale le Bureau International du Travail retient le chiffre de 830 millions de chômeurs.

Des pans entiers de l’industrie manufacturière, producteurs de ce que nous consommons quotidiennement, quittent uns après les autres les sites nationaux.

Des terres d’accueil faisant miroiter une main-d’œuvre qualifiée, des salaires bas et des lois sociales plus accommodantes attirent les industriels soucieux de tailler dans les coûts, pour d’une part l’enrichissement de l’entreprise confrontée à une concurrence permanente, mais aussi pour d’autre part conserver des parts de marché auprès des consommateurs que nous sommes.

Il y va de la survie de l’entreprise mais à quel prix ?

Les portes d’entreprises locales se ferment pour se rouvrir sous d’autres cieux, laissant des employés sans usines et sans travail.

A ce fait, qui ne correspond à l’échelle mondiale qu’à un transfert d’emploi, se surajoute la destruction nette d’emploi avec la disparition pure et simple de certaines professions.

Du fait de la mécanisation, de la robotisation, de la hausse constante de la productivité, de la baisse des prix des produits manufacturés qui deviennent jetables et non réparables l’on a besoin de beaucoup moins de monde pour un même résultat.

Le chômeur, souvent installé dans sa région, n’a plus la mobilité des saisonniers d’autrefois suivant le travail. La scolarisation des enfants, le travail du conjoint, l’achat de la maison au prix d’un endettement important, constituent autant de liens difficiles à dénouer pour quitter sa région.

Par ailleurs il n’aura pas toujours la capacité physique et intellectuelle de réorienter sa vie professionnelle de manière radicalement différente tout en acceptant des conditions financières moins avantageuses.

Quelles conséquences psychologiques pour le chômeur ?

Le stress lié à l’immobilisme, un mal qui ronge l’inactif. L’absence de solution sans décision radicale difficile à assumer paralysera toute initiative. « Bouger » induira inévitablement, pour lui et les siens, des risques : salaire à attendre insuffisant, déménagement, rupture d’avec ses racines et ses amis … . Il se justifiera socialement en clamant sa difficulté à retrouver un emploi similaire au précédent sans y trouver un réel réconfort psychologique. Les allocations qu’il percevra lui autoriseront un répit matériel appréciable mais illusoire en tant qu’aide dynamisante dans sa quête professionnelle.

Une impression de ne plus exister socialement : le chômage, en véritable castration enlève de l’assurance au parent face à ses enfants, l’amènera à se cacher du voisinage pour ne pas avoir à répondre négativement à la question : « et alors ce travail ? ». Il n’est plus utile !

Une perte de cadre : l’absence d’impératifs horaires amènera peu à peu le chômeur à se « décaler » progressivement du rythme qu’il connaissait jusqu’alors.

L’inactivité, en cassant son rythme habituel, émoussera son énergie en introduisant le doute et la dévalorisation dans son esprit. Il deviendra souvent et un couche tard et un lève tard.

L’ennui doublé par l’absence de motivation l’amènera à « grignoter », à manger sans faim, à augmenter sa consommation tabagique et alcoolique.

N’a-t-on pas observé qu’un sujet inactif pesait 10% de plus qu’un sujet actif et que, si la situation devait s’éterniser, sa longévité s’en trouverait modifiée dans les mêmes proportions.

Un réaménagement familial lié à des revenus moins élevés provoquera des choix souvent difficiles à prendre (déménager, vendre ses biens, refuser à ses enfants des achats que l’on pouvait se permettre auparavant …).

Les sentiments de manque, d’incapacité puis de honte à assumer aux siens un confort seront autant de ruminations pour le chômeur.

L’impossibilité à s’adapter au rôle de père au foyer le positionnera en double position d’incompétence : incapable d’avoir des revenus et incapable à la maison. Le chômeur n’aura plus de place positive à ses yeux.

Nous retiendrons donc essentiellement comme conséquences majeures un stress important, un syndrome dépressif qui s’amplifiera si la situation s’éternise, des conduites alcooliques ou des troubles des conduites alimentaires, des accès de violence et dans certains cas des conduites toxicomaniaques.

Cette véritable souffrance psychologique ne saurait être simplement compensée par les mesures d’accompagnement, mises en place dans les pays socialement avancés. Ces mesures amortissent simplement l’impact de l’arrêt d’une activité rémunératrice mais assurément ne répondent pas à la question du chômeur : Vais-je retrouver du travail ?

Que faire pour éviter le pire ?

L’assistance de cercles d’aide à la recherche d’emploi minorera le terrible sentiment d’être un laissé pour compte et lui apportera un début de solution en lui permettant un retour à un embryon de vie sociale. Parler avec d’autres pour se déculpabiliser !

La reconnaissance d’un état anxieux ou d’une véritable dépression sera la prise de conscience de facteurs qu’il faudra traiter en priorité ou en parallèle avec une démarche de recherche d’emploi. Ne pas être bien psychologiquement sera une barrière pour un entretien d’embauche positif !

Dans certains cas, la rencontre de la famille sous forme de thérapie familiale « déminera » le terrain en clarifiant les non dits. En redonnant la parole à chacun, le dialogue pourra se reconstruire autrement que dans le conflit ou le mutisme. Le chômage est souvent une affaire de famille !

Le chômage, drame économique nous l’avons vu, se double d’un drame psychologique majeur pas toujours considéré pouvant déboucher sur un véritable naufrage.

Docteur Henri PULL

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