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« L’arbre de Noël »

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A l’appel solennel du maître du Grand Nord, jets d’affaires et traîneaux ont amené en un lieu mystérieux un groupe chuchotant sous la blanche froidure.

  • « Heureux de vous voir ici, réunis dans la paix ! tonna l’homme en rouge. Le portique magique de mon palais de glace vous a tous ramenés à un âge oublié, celui de votre enfance si tendre et si candide, prête à croire en moi. »

Se mouchant bruyamment, il reprit gravement :

  • Je vous accueille aujourd’hui pour la cérémonie de « l’Arbre de Noël » avec cadeaux à la clé pour chacun d’entre vous. Le cadeau du jour aura le sens de votre vœu commun : « Pour un monde plus juste, plus sûr et bien meilleur ». Selon ce que vous êtes, il vous ressemblera.

Il puise alors dans sa hotte et distribue à tous des boites enrubannées aux couleurs chatoyantes.

Le premier à ouvrir son mystérieux présent est le « président d’un pays étoilé ».

Il sort de son paquet des mots pleins de vertu, une solide foi, de courageux soldats, de jolis billets verts, des canons et des bombes.

  • Pour un monde plus juste, plus sûr et bien meilleur, voilà la bonne affaire ! Je saurai utiliser ce cadeau à ma taille. D’une poigne solide, j’apprendrai au monde que la paix est toujours précédée d’une étape où le sang et les larmes coulent sans retenue pour le bonheur du peuple dont je suis le garant en tant que président.

Le deuxième, masqué, aux sombres vêtements, s’appelle terroriste de « partout et d’ailleurs ».

Il sort de son paquet, des discours revanchards emplis de convictions, de sanglots et de cris de victimes innocentes.

Il sort des bras vengeurs, armés pour des causes obscures, prêts à tuer encore et encore et encore, sans pitié ni remord pour une fin glorieuse où seuls vautours et hyènes les accompagneront.

  • Pour un monde plus juste c’est une bonne affaire, je suis le « justicier » de tous les « sans espoirs » d’un monde marginal habité de cadavres aux orbites aveugles. Pour un monde plus sûr et bien meilleur par contre, je ne suis pas votre homme. La « lutte » est la raison qui anime ma vie, la haine est la flamme qui nourrit mes entrailles, la paix serait ma mort à très brève échéance.

Le troisième s’avance d’un pas humble et timide.

Dessous un regard clair, s’anime un visage aux traits pleins de candeur. Sa mise rapiécée fut cousue à Bombay par des lépreux unis pour survivre au malheur. Ses sandales élimées ont parcouru la terre pour partager la joie d’être tout simplement prêt à aider chacun dans le sens de sa foi. Il sort de son paquet un bel arc en ciel aux couleurs de la vie, puis un soleil radieux, une bouffée d’air pur et puis, tout plein d’espoir pour un demain meilleur autant pour le mendiant que pour le possédant.

  • Pour un monde plus juste et bien meilleur, je suis à mon affaire. C’est sûr ! J’ai tout ce qu’il me faut pour apporter la paix et l’amour à tous ceux qui sont prêts à ne plus être sourds aux mots de charité et de fraternité.

Le quatrième est pressé, impatient, son avion l’attend prêt à le propulser aux quatre coins du globe.

Il est chef d’entreprise, que diable ! Le tic tac de l’horloge est son seul aiguillon.

Il sort de son paquet un très beau sablier, un lot de « stock options » et le « chiffre » à atteindre pour que les actionnaires puissent le reconduire à coup sûr à son poste.

  • Pour un monde plus juste, il faut que je me presse d’aller et de venir secouant l’un, poussant l’autre. Le business, c’est ma vie, innover ma devise et l’argent mon credo pour que mon compte en banque m’assure le meilleur de ce qu’il y a à prendre. Et voici qu’il détale, son cadeau sous le bras ; il n’a que trop distrait son temps pour aujourd’hui. Le plus sûr de sa vie est qu’il doit être meilleur que l’autre concurrent prêt à prendre sa place.

Le cinquième est l’enfant aux yeux émerveillés de voir enfin celui qui hante tant ses rêves.

Sa boite est bien remplie.

Les pubs et les promos ont convaincu l’enfant de la nécessité de posséder l’ensemble des jouets proposés. Il y en a tellement qu’il n’aura pas le temps d’en faire l’inventaire en une année de jeux.

  • Pour un monde plus juste il faudrait que j’aie tout, car tout me fait envie. Pour un monde meilleur, la fête des enfants et du porte-monnaie devrait avoir lieu du début de l’année au 31 décembre sans discontinuer.

La sixième, une ado à la mèche rebelle, accepte d’un geste las le cadeau proposé. Elle qui hier encore dormait avec nounours semble avoir vécu toutes les expériences.

Elle trouve dans la boite une porte ouverte sur le sentier où seule elle saura cheminer, trébucher quelquefois, mais où elle trouvera le sens de tout cela pour se surprendre un jour semblable à ses aînés qu’elle a tant critiqué.

  • Le monde serait juste en me laissant la place à laquelle j’ai droit du fait de ma jeunesse et de mon talent fou. Je ferai de ma vie un parcours différent de celui de mes ternes parents qui n’ont jamais compris que je mérite bien une vie de paillettes, de fric et d’émotions. Merci Père Noël pour cette porte ouverte sur un vrai avenir où je m’éclaterai. D’un haussement d’épaules, la voici repartie, mâchonnant son chewing-gum, MP3 aux oreilles et paquet sous le bras.

Le septième hésite un instant, il a les yeux baissés, sur un sac d’ouvrier disposé devant lui. Il en sort une équerre, un niveau, un maillet et tout plein d’idées neuves pour meubler ses pensées dans un monde construit autour de trois valeurs L., E., F.

–    C’est d’accord, je les prends pour en faire bon usage comme l’ont fait avant moi bien d’autres initiés. Si mes doigts se font gourds à tailler la matière que ce soit de fatigue et non de lâcheté. Si la faux du destin me fauche en cours de route, qu’importe, d’autres prendront ma suite et poursuivront mon œuvre.

Arrive bon dernier, le malade. Il se sait condamné à quitter très bientôt les siens et ce bas monde.

Sa boîte entrouverte lui renvoie le passé en des photos jaunies, un fou rire d’enfant et toutes ces joies simples qu’il n’a pas su goûter.

Tout au fond du paquet voici qu’il trouve encore des heures et des minutes pour vivre le présent dans l’amour et la joie d’une famille unie.

  • Le juste aurait été que je vive encore pour voir les miens grandir, mais merci pour ce temps que je saurai goûter.

Et puis rajouta-t-il dans un léger soupir,

  • Le meilleur sera que sans regret aucun je quitte cette vie, paisible et reposé, ma main tendrement réchauffée par l’amour de ma vie.

Voilà, la file est close et le champ déserté. Seuls les cristaux de glace tintent au gré du vent dans le froid hivernal.

  • Chacun s’en est allé ses rêves sous le bras. Que leur monde soit juste et à tous bien meilleur, marmonne le vieillard dans sa barbe neigeuse. Je suis tout retourné de voir ce que chacun a trouvé dans sa boîte. Allons, ne tardons plus ! Je m’en vais de ce pas préparer ma tournée, de toits en cheminées pour qu’au pied du sapin vous puissiez tous trouver le rêve, la paix et la raison.

 Henri PULL

 

 

 

 

 

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Henry Pull
Psychiatre et pédopsychiatre. Psychothérapeute. Expert médico-légal. Conférencier Formateur auprès d’entreprises. Intervenant Radio France. Auteur de deux livres : « Parents-Enfants » 200 réponses aux questions les plus fréquentes. (Édition Grancher) « Stress comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens ». (Édition Grancher)
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