Moins dramatiquement qu’au sein des fratries citées plus haut, la rivalité fraternelle, aiguillonnée par le fantastique désir de survie ancré dans tout être vivant s’exprime toujours et encore au sein des familles.

L’aîné, durant la grossesse, n’a qu’une idée bien vague d’un bébé entrant dans l’univers familial.

Ce dont il est sûr par contre, c’est de vouloir plaire à sa mère.

– J’aime ce qu’elle veut que j’aime, donc je serai aimé.

Le premier-né tout au long de la grossesse, animé par le désir d’occuper une place privilégiée auprès de maman, se montrera le plus souvent enjoué et enthousiaste en évoquant l’arrivée d’un éventuel « frère ou sœur ».

L’arrivée de bébé bouleversera cette complicité affective et réactivera toutes sortes d’angoisses d’abandon et de rejet.

Les marques d’intérêt s’estomperont au fur et à mesure que le nouveau venu demandera un partage du territoire de l’aîné.

Les remarques les plus diverses seront verbalisées à l’encontre « du bébé » avec, omniprésente, cette crainte de manquer d’amour.

La conduite la plus adaptée consistera à valoriser en tant que grand, l’aîné, à lui manifester une attention égale – mais forcément différente – à celle du nouveau venu afin de ne pas les placer sur un même terrain de compétition.

La fratrie, pour trouver un équilibre, devra instaurer ses lois et sa hiérarchie.

L’aîné reste le dominant naturel, mais son caractère de grand ne le met pas à l’abri de moments régressifs où il redeviendra le bébé d’avant l’arrivée de l’autre.

La permissivité des parents doit être équivalente en tenant compte des capacités de chacun.

Dire sans cesse à l’un :
– mais toi tu es grand ! n’aide en rien puisque le fait d’être grand est ici présenté comme un désavantage.

Une mise en concurrence sur les mêmes territoires conduira tout naturellement au conflit. La maturité psychologique des parents en conditionnera l’issue.

L’agressivité naîtra du sentiment d’angoisse de dépossession d’un amour que l’on souhaiterait exclusif, total, indéfectible.

La rivalité fraternelle s’articule autour de deux notions, le doute par rapport à sa propre valeur et l’angoisse de perte d’une véritable partie de soi-même.

Ne l’oublions pas, le moteur de la rivalité fraternelle est toujours affectif, même si le point de départ est matériel, par exemple : un jouet jugé plus beau offert au frère, une part de gâteau estimée plus avantageuse délivrée à la sœur….

Aucune balance ne pourra parfaitement équilibrer les besoins d’attention et d’amour chez des enfants de la même fratrie.

Des personnalités distinctes réclameront des attentions tout autant distinctes et difficilement quantifiables.

La meilleure solution restera la compréhension de l’existence d’une souffrance chez l’enfant en position de rivalité.

Dire cette souffrance, savoir l’entendre et y réfléchir aidera le rival à atténuer sa peine et à la surmonter.

Docteur Henri PULL

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