LA COMPLEXITÉ DE L’ADOLESCENCE

Mal-être, déprime, révolte, enthousiasme, crise de l’adolescence, générosité, angoisse ….

Tous ces mots et bien d’autres sans doute – puisez dans votre mémoire – peuvent s’accorder avec l’adolescence.

Il importe de savoir que l’adolescence est une période intense de changement autant social, familial, physique qu’affectif.

L’enfance sécurisante doit être délaissée afin de gagner une place dans le monde des adultes.

Un changement majeur dans la perception de ce qu’il est se produit à cause des changements corporels. Les transformations physiques le déroutent, il se sent désorganisé, malhabile, peu attirant. Au niveau sexuel, il doit définir son identité afin de pouvoir établir une relation avec l’autre, ce qui lui fait vivre beaucoup d’anxiété.

Sur le plan social il fait le va et vient entre l’enfance et la vie adulte ; on veut qu’il agisse en adulte alors qu’on ne lui accorde que des permissions et des responsabilités d’enfant. Ce mouvement de va et vient possède un effet rassurant.

Le retour à des bases sécurisantes lui accorde un répit pour accumuler des forces avant d’affronter le monde nouveau et inconnu de la vie adulte.

Avant de faire partie du monde adulte, il évalue, juge, critique la vie des aînés ; il est souvent confrontant pour son entourage.

Sa maturation intellectuelle lui permet de philosopher et de se poser des questions pertinentes sur le sens de la vie et sur sa place dans le monde.

L’adolescent veut être autonome, quoiqu’il soit toujours dépendant du monde des adultes et de ses parents.

Cette impossibilité d’indépendance vécue comme une entrave à sa liberté, sera le ferment de bien des conflits familiaux.

Le côté émotif est mis à vif, tout est chambardé : le corps, les relations, les exigences envers lui.

Tout ces changements sont difficiles à accepter.

Sur le plan psychologique, il est impulsif, hypersensible, susceptible, émotif, impatient, il est constamment en déséquilibre, en état de conflit, il a l’impression d’être seul.

Le groupe de copains est important à l’adolescence. Il lui permet de se confronter et de s’affirmer. Le groupe lui donne un sentiment d’appartenance et de ne plus être seul. Il recherche la popularité, il veut l’originalité mais il a besoin d’être approuvé par ses pairs.

Françoise Dolto parlait du “complexe du homard” : comme le crustacé durant la mue, l’adolescent est dépourvu de carapace protectrice, ce qui accroît sa vulnérabilité et sa sensibilité. Il sera souvent « à vif ».

Confronté à un corps en pleine transformation et à un débordement émotionnel et pulsionnel, le jeune cherche à se forger une identité sexuée.

Un parcours semé d’embûches le menant parfois sur la voie de la dépression, à ne pas confondre avec les coups de blues qui sont légion à cet âge-là.

Un fond dépressif peut toutefois donner naissance à une vraie dépression, c’est pourquoi il convient de ne pas banaliser la souffrance de l’adolescent : actuellement on estime que 8 à 20% des adolescents sont atteints de dépression dans les pays dits « développés »..

L’adolescence, qui ne l’a pas qualifiée d’âge bête, qui n’a pas parlé de crise d’adolescence avec une forte connotation négative, qui n’y a vu qu’un simple règlement de compte parents-enfants ?

Ces discours à l’emporte-pièce nous servent de défense devant les difficultés semblant non maîtrisables. Ils nous dégagent de toute responsabilité face à des conduites mises dans un même sac, résumé par une étiquette: l’adolescence.

L’adolescence doit être considérée comme une période de transition, une période de chrysalide et en temps que telle, une période qui mérite une écoute plutôt qu’une étiquette.

Certains n’hésitent pas à qualifier l’adolescence de période privilégiée où l’intelligence et la créativité sont à leur maximum chez l’être humain.

Dans cela, il faut réaliser que le futur adulte qu’est l’adolescent dispose durant cette période bénie, pleine de certitudes, d’une capacité d’imagination, d’idéalisation qu’il n’atteindra jamais plus dans son existence d’adulte.

La maturité, les expériences vécues, les « claques de l’existence » tempéreront ses convictions.

Est-il du rôle des parents de jeter un seau d’eau sur les flammes bondissantes de la jeunesse pour … « l’aider »?

Confucius, mythique sage chinois, disait : « L’expérience est une lanterne que l’on porte dans le dos, qui éclaire le chemin parcouru, mais qui ne peut éclairer le chemin d’un autre ».

Ne tentons pas d’éclairer vainement un chemin qui n’est pas le notre, le chemin de l’expérience que parcourront nos adolescents !

Docteur Henri PULL

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