Quel que soit le sujet, dès que le scoop est porté à la connaissance du public par le « journaliste de terrain », voici qu’il est décortiqué, diagnostiqué et jugé par le « journaliste expert ».

Ainsi, l’expression orale ou écrite et le langage corporel, de façon théâtrale, seront mis en avant par le commentateur pour donner encore plus de poids à la gravité ou à la légèreté de l’information.

Mais en fait, qu’est-ce qu’un journaliste ?

Il s’agit d’une femme ou d’un homme auxquels on ne demandera pas de curriculum vitae, qui se sera formé sur le tas le plus souvent ou qui aura suivi une formation journalistique générale avant de se déclarer journaliste et d’être embauché comme tel.

En effet, ce que le grand public ignore, c’est que le journaliste peut s’être simplement autoproclamé comme professionnel à condition qu’il sache faire ce pourquoi on fait appel à lui : découvrir des sujets de reportage, avoir un carnet d’adresse, relater l’événement avec cœur, attirer le public par des histoires coups de poing qui feront vendre l’information et son support publicitaire.

Ainsi, l’information dite d’investigation se soldera parfois par une recherche sur Google, un approfondissement sur Wikipédia, et, si possible, quelques interviews, avant que le rédacteur en chef la déclare prête à être vendue sur les plateaux télé, sur le net ou dans les journaux.

Quel danger à tout cela ?

Le journalisme étant une profession où l’on n’a pas d’obligation de justification, ni d’obligation d’excuse face au public, il bénéficie d’une liberté d’expression quasi-totale.

L’on nous parlera des fakes news sur les réseaux sociaux, mais des journalistes d’investigation en diffusent tout autant : ils auront dénoncé des armes de destruction massive en Irak que l’on recherche toujours, ils auront vanté les avantages d’énergies renouvelables sans considérer « l’énergie grise du dispositif », ils se seront emballés pour telle action d’ONG sans vraiment approfondir le sujet …

L’enquête journalistique classique n’ira pas chercher des faits en amont de l’événement et ne considérera pas les faits en aval de celle-ci.

Il s’agira de renvoyer à la volée un scoop, de peur de se le faire voler par la concurrence.

Paradoxalement, nous avons même des scoops de scandales retentissants qui auraient pu être découverts voici bien longtemps.

Il y a d’une part l’information, vérifiée ou non, et les journalistes experts qui sont amenés sur les plateaux pour donner leur avis sur le fait rapporté.

Tout dernièrement, nous apprenons que le niveau des océans augmentera : les chiffres journalistiques vont du simple ou double, sinon au quadruple lorsqu’il s’agira par le journaliste de rendre compte de la projection des « spécialistes ».

Le spécialiste aura affirmé, le journaliste répercutera l’affirmation plus ou moins bien documentée et tout le monde aura de quoi s’inquiéter.

Par la suite, de grands débats seront organisés réunissant les journalistes experts pour exposer dans le détail leurs avis ou leurs connaissances censées rentrer dans un discours accrocheur pour leur auditoire.

Ainsi, quel crédit peut-on apporter à nos journalistes ?

Ils sont rarement experts, ils ont rarement le flair de Sherlock Holmes pour faire des enquêtes, tout simplement ils sont tenus à des résultats par leur employeur et sont confrontés à la concurrence quotidiennement.

Il faut donc relativiser leurs affirmations en devenant soi-même un auditeur/lecteurs d’investigation.

Henri PULL

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