Chronique 199

« Avec le prix du baril qui monte, qui monte… un nouveau concept l’énergie grise* »

Nous y sommes, 100$ !

Le prix du baril de pétrole occupe les grands titres des journaux.

Les consommateurs se retrouvent devant l’inévitable : mettre encore et encore la main au porte-monnaie tout simplement, pour continuer à vivre et à travailler.

Poussé, comme du bétail lors des journées de marquage au fer rouge dans l’ouest américain, l’usager se trouve véritablement coincé et confronté à un cruel dilemme.

Ne plus bouger de chez soi, se montrer raisonnable en utilisant les transports en commun ou tout simplement sa propre énergie musculaire pour se déplacer : voici résumées les alternatives soumises aux gouvernés que nous sommes par les gouvernants plus aptes à gérer le présent qu’à se projeter dans les décennies futures.

Serions-nous en train de payer le manque de prévoyance des collèges d’experts dont le travail précisément est d’éviter l’imprévu ?

Tout miser sur le même numéro dans le casino de la vie serait faire preuve d’une grave naïveté. Et pourtant n’est-ce pas ce que nous avons toujours fait …

Encore aujourd’hui, le monde industriel se trouve sous perfusion d’hydrocarbure depuis l’abandon de la machine à vapeur pour le moteur à explosion.

Dans le domaine énergétique pas de progrès révolutionnaire.

Les inventeurs de génie ont, semble-t-il, déserté les laboratoires de recherche entretenus par les finances publiques et privées.

Pourtant, encore et encore, l’or noir, sang de la terre, terrible arme de chantage, ne cesse de faire parler de lui sans vraie réponse adaptée.

A la moindre crise politique, au moindre conflit armé, au moindre aléa climatique voici qu’il fait encore et toujours la « une » des journaux.

Un nouveau mot, « écologie », devient très à la mode dans les discours.

Al Gore a su tirer à lui la couverture médiatique au niveau mondial en faisant de la lutte contre le réchauffement planétaire son cheval de bataille.

De grandes actions qui se veulent écologiques, à savoir, éteindre pendant cinq minutes une ampoule électrique ne peuvent jouer qu’un rôle de sensibilisation sans réelle action de protection de l’environnement et sans baisse durable de l’énergie consommée chez chacun d’entre nous.

Un nouveau facteur devrait entrer dans nos habitudes de vie : « l’énergie grise ».

Tout produit de consommation, qu’il s’agisse de consommation industrielle, alimentaire, récréative, consomme avant d’être mis sur le marché (et après avoir été utilisé) une certaine quantité d’énergie.

Je ne peux m’empêcher de penser à l’énergie grise dépensée pour obtenir des fruits « hors saison », de l’énergie grise dépensée pour chercher le soleil et les cocotiers alors que la neige recouvre nos campagnes, de l’énergie grise dépensée pour organiser des meetings sportifs, de l’énergie grise gaspillée pour nous expliquer que nous gaspillons…

Cette notion d’énergie dépensée avant que le produit fini ne soit mis à notre disposition n’est pas prise en compte.

Ainsi un produit importé à bas coût devrait tenir compte de l’énergie dépensée et de la pollution occasionnée pour le produire, de l’énergie et de la pollution occasionnée pour le transporter et le mettre à disposition des consommateurs et au final de l’énergie qui sera nécessaire au recyclage des déchets occasionnés.

La totalité du coût devrait être connue afin de pouvoir faire des comparaisons beaucoup plus justes et sans doute plus écologiques.

Le bio éthanol présenté comme une alternative crédible à l’assèchement des nappes d’or noir devrait tenir compte dans son coût final, des déforestations nécessaires aux mises en culture des végétaux propices à la transformation en alcool, de l’utilisation d’engins agricoles gourmands en énergie, de l’usage d’engrais et de pesticides indispensables pour des rendements optimum, de l’énergie dépensée à l’acheminement des produits finis vers nos moteurs…

Ainsi en est-il de l’énergie nucléaire et peut-être aussi de certaines énergies présentées aujourd’hui comme propres mais demandant autant en amont qu’en aval, des dépenses non détaillées.

Je propose un étiquetage « énergie grise » systématique.

Par exemple :

Lorsque vous partirez avec un billet charter à Honolulu ou bien en Chine pour votre seul plaisir vous aurez à prendre conscience de la totalité de la pollution et de l’énergie utilisée pour votre seul plaisir. Qu’il s’agisse de la préparation du voyage, du moyen de transport utilisé, des différents aliments consommés, de la main-d’œuvre mobilisée du fait de votre escapade, de la nature des logements et des infrastructures utilisées durant le séjour et, in fine, du coût du retour et des dépenses annexes indispensables (soins médicaux, achat de souvenirs, etc. etc.).

On associe difficilement « voyage d’agrément » à « voyages polluant » et pourtant…

Moi aussi, je fais mon mea culpa et vais dès à présent calculer l’énergie grise qui a été nécessaire à la rédaction de cette chronique. Si le coût en était prohibitif, je serais au regret à l’avenir de limiter « écologiquement » ma production.

Docteur Henri Pull Psychiatre

*L’énergie grise d’un produit (ou d’un service), c’est l’énergie cachée, c’est l’énergie qu’il a fallu pour fabriquer, emballer, distribuer puis éliminer un produit.

L’énergie grise est omniprésente, même dans un légume puisqu’ il a été transporté jusqu’au lieu de vente. Un kilo de haricots frais d’Egypte est peut-être moins cher que le même kilo venant de Suisse mais l’énergie grise qu’il contient due au transport par avion est douze fois plus élevée.

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