Ainsi que vous devriez le savoir tous, « l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même », aussi, quoi de plus naturel que de vouloir tout contrôler, dès lors qu’il s’agira d’immortaliser par une photographie un événement capital de notre vie ?

La photo de soi-même dans une soirée, la photo de soi-même à l’arrêt de bus, la photo de soi-même dans son bain, la photo de soi-même en train de se photographier, la photo de soi-même devant une boisson, la photo de soi-même … devient un élément capital dans la communication « instantanée ».

Tel ou tel visage, pris dans un premier plan hasardeux, en compagnie, si possible, d’une personnalité « d’exception » et envoyé aussitôt à son groupe communautaire par l’intermédiaire de son réseau social favori : c’est aujourd’hui le Top du Top !

Autre variante, voici la photo éphémère, Snapchat, qui, comme dans « mission impossible », s’auto effacera dans quelques secondes.

Des associations représentant des causes environnementales ou des causes de défense animale comme WWF viennent de lancer des campagnes de sensibilisation à l’égard du jeune public, en misant sur Snapchat et le fameux selfie.

D’ailleurs, les améliorations se succèdent, Snapchat permet de réaliser des selfies délirants voire très effrayants : c’est Halloween tous les jours.

J’imagine que dans peu de temps l’on révélera des modes d’endoctrinement et de recrutement terroriste par ces mêmes circuits.

Les technologies se sont adaptées à cette nouvelle occupation forcément louable puisque tout le monde s’y met : du président des États-Unis à l’astronaute, du pape à la dernière star du show-business, apparemment personne n’y résiste.

Ces milliards de photos transitant par les géants du Web, ayant la maîtrise totale des réseaux sociaux, vont constituer une immense source de données.

Pourront être analysés minutieusement les personnages, leurs occupations, leurs environnements, la nature des arrière-plans et … toutes sortes de détails qui, complétés par d’autres, deviendront des informations exploitables et commercialisables.

Sans adhérer à la théorie du complot, nous savons aujourd’hui que le nouveau pétrole industriel correspond aux données stockées dans des serveurs aux capacités inouïes.

N’a-t-on pas vu dernièrement Dell mettre 67 milliards de dollars pour s’emparer d’une société de stockage de données, EMC ?

Indépendamment du facteur narcissique, indépendamment du facteur exploitable industriellement, indépendamment du facteur ludique que peut représenter cette occupation bientôt reconnue comme hautement artistique, voici une nouvelle source de revenus et un nouveau besoin pour la génération Y.

Et comment le consommateur réagit-il ?

De peur d’être considéré comme dépassé, comme d’habitude, il fonce !

Sans y voir une quelconque malice, sans y voir une quelconque menace, le selfie accompagnera ses sorties, ses vacances, son intimité, ses amours, son travail, bref, tous les moments de sa vie.

L’alibi de prendre un bon selfie permettra toutes les audaces, même celles de défier tous les interdits.

La gloire en sera le buzz provoqué sur la toile.

La satisfaction en sera le sourire ou encore l’envie chez celui qui recevra la photo de soi-même dans une posture forcément extraordinaire.

Mais au-delà, pour quel résultat ?

Sans doute pour créer un nouveau mode de communication, la communication par l’image.

Et après tout… pourquoi pas ?

L’émotion passée, qu’en restera-t-il ?

Une mine d’informations monnayables de plus, collectées et stockées dans un serveur qui ne peut nous vouloir que du bien.

Docteur Henri Pull

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