La notion d’État est née lorsque l’individu a renoncé à sa liberté sans limite, pour la vie en société construite autour de valeurs communes et régie par la volonté générale.

Tout au long des millénaires qui ont précédé notre époque, des événements fortuits tels que les catastrophes naturelles, la mise en communauté des compétences du groupe pour résister aux dangers, ont conduit à la formation des premières sociétés à l’intérieur desquelles se sont développées le langage, les techniques et le travail.

Si les hommes en sont venus à former des États, c’est seulement parce qu’en vertu d’un calcul basé sur la raison, ils jugeaient que leur situation individuelle était intolérable.

Ainsi, dans leur intérêt particulier, il valait mieux que chacun se défasse d’une partie de sa liberté et de sa puissance et la transfère à un chef ou à une classe dirigeante « protectrice ».

Cette évolution a permis la survie de l’espèce humaine; elle a été guidée par la peur de mourir et par l’instinct de conservation.

Ainsi, une humanité réduite à l’individu et livrée à elle-même, sans l’ordre social, aurait fini par disparaître.

Librement ou contraints par la nécessité, ils en sont venus à échanger leur liberté naturelle contre la paix et la sécurité.

De façon plus claire, nous dirons que l’homme a renoncé à « l’état de nature », dans lequel l’individualisme primait sur l’intérêt commun, pour accepter « l’État de droit » où, par l’acceptation « d’un contrat social » sa sécurité et celle des siens était préservée.

Telle est la source du « pacte » ou du « contrat social ».

Le but que poursuivent les hommes, eux qui par nature aiment la liberté et l’emprise exercé sur autrui, est une existence garantie, paisible et sécurisée.

Qu’en est-il lorsque les acteurs « dirigeants » de ce contrat social remettent en cause les garanties tacites d’une vie paisible et pacifique ?

Inconsciemment, l’humain retourne alors vers l’état primitif, enfoui au plus profond de lui-même, pour retrouver des instincts d’autodéfense et de prédation vis-à-vis de la société.

Nous dirons que quand il n’existe plus de pouvoir fiable pour tenir en respect les pulsions « barbares » de tous, quand il n’existe plus de morale renforcée par la crainte d’un châtiment, l’État de droit disparaît pour laisser place à un retour à l’Etat de nature.

Ces phénomènes expliquent le retour aux organisations claniques, régies par des règles « barbares », mais claires, comme les gangs, les groupuscules terroristes, les intégrismes…
D’autres rechercheront des solutions individuelles (l’autodéfense) pour garantir leur sécurité, puisque l’autorité dirigeante n’apparaît plus comme une sécurité.

De plus en plus, nos sociétés démocratiques ont tendance à atténuer la rigueur des propos face au crime et à négliger l’exemplarité des lois, pour une apparente permissivité et une absence d’interdits suffisamment clairs pour rassurer ses populations.

Voici qui peut expliquer dans nos grandes démocraties, l’incompréhension de la majorité pacifique, face à une criminalité active, minoritaire, échappant au contrôle de la Loi de tous.

Face à l’adversité, face au péril, face à l’émergence de l’insécurité, face au crime jugé impuni, le fait de ne plus être libre pour se défendre, devient intolérable à l’homme primitif qui nous habite.

Le prédateur naturel, que l’homme est envers lui-même, reprend alors ses armes pour détruire l’autre, l’agresseur.

De pacifique et soumis, il saura retrouver le chemin de la violence pour sa survie.

De façon claire, une société démocratique perçue comme « trop molle » vis-à-vis de ceux qui ne respectent pas « le contrat social » accepté par la majorité, court le risque d’exploser et de se tourner vers l’autodéfense, vers le recours à la force, vers des « clans violents » ou encore, vers une classe dirigeante autoritaire, liberticide, mais rassurante.

Docteur Henri Pull

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