Être et rester de son temps. Ne sont-elles pas les vaines aspirations de celle ou de celui qui a souhaité être mis à l’écart de la vie professionnelle en réclamant ses droits à la retraite, ses annuités légales validées ?

Dans le mot retraite il y a le mot retrait.

Le sens de ce mot résume bien souvent les origines du sentiment d’être un laissé pour compte.

Ce sentiment envahit insidieusement la conscience de certains retraités partis trop tôt du monde du travail ou mal préparés à une vie dotée d’obligations moindres et privée d’une vie sociale comparable à celle qu’ils avaient connu auparavant.

Les premières années auront vu se réaliser la construction du fameux garage ou l’aménagement de la résidence secondaire que l’on se réservait pour cette période bénie.

Les grands travaux réalisés, les voyages effectués, les collègues encore en activité, visités à plusieurs reprises, que reste-t-il au plus grand nombre?

Le train-train avec les nouveaux repères que seront les courses, les heures de repas, les émissions radiophoniques ou télévisuelles et les fameuses activités occupationnelles telles que la vie associative, le sport et le bricolage.

Cette vie « au calme », adaptée à une personne âgée aux capacités physiques déclinantes qui n’aspirerait plus qu’à une existence économe en efforts, se montre décalée et inadaptée à un « jeune retraité » encore dans la force de l’âge, soucieux de conserver un rôle qu’il a pourtant tacitement accepté de ne plus jouer en quittant le monde du travail.

Pour beaucoup, le choix d’un départ précipité du monde professionnel actif est plus un choix par défaut.

Le monde du travail lui est devenu insupportable par son environnement, son encadrement humain, son organisation, son rythme et pas toujours par son contenu.

– Vivement la retraite ! Dira Dominique. Dans cinq ans : terminé ! Et pourtant, j’aime mon travail, mais dans cette maison, on marche sur la tête … Cette réflexion trop souvent retrouvée dans la bouche de bien des salariés, quelle que soit leur place dans l’échelle hiérarchique, traduit plus un mal-être qu’un besoin de repos.

Réfléchissons à la nature et aux origines de ce mal-être au travail.

Ne privilégions pas la fuite en avant – signe indubitable de stress – .

Elle ne conduira qu’exceptionnellement au bonheur et à la sérénité.

Le retraité non préparé à sa nouvelle vie verra naître en lui un malaise lié à la prise de conscience de ne plus être un personnage reconnu dans un environnement social dans lequel, finalement, il ne se sentait pas si mal que cela.

L’angoisse de glisser sur la pente d’un toboggan dont l’issue sera représentée par des journées trop longues, au contenu trop stéréotypé, éveillera un stress se rattachant à un réel danger de non-existence.

Ce stress inutile et destructeur couronne une vie professionnelle certes pénible, certes devenue de plus en plus contraignante, mais au fond mieux remplie qu’une inactivité totale.

Une réduction progressive d’activité, un aménagement des tâches en fonction des compétences physiques et psychiques de chacun seraient une des meilleures armes contre le stress du retraité trop tôt parti.

Dr Henri PULL

Retrouvez ce texte, publié de façon plus complète, avec les autres textes parus cette semaine, sur le site Psychiatrissimo:

· Les cités explosent
· Le stress chez l’enfant, thermomètre du stress parental.
· Préparer sa retraite, la solution ?
· La retraite, facteur de stress ?
· Le suicide
· Les vacances et le stress
· Je suis grosse; mon enfant sera-t-il gros ?
· L’acquisition des goûts.
· Poser ses congés: le stress
· Origine et traitement des troubles dépressifs
· Les différents troubles dépressifs
· Le stress détecté par les cheveux
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