Dans Psychopathologie de la vie quotidienne de S. Freud, l’on retrouve des données très actuelles.

« Il est des situations dans la vie où l’individu lui-même se rend compte que l’oubli de projets n’est nullement un phénomène élémentaire irréductible, mais autorise à conclure à l’existence de motifs inavoués ».

Et S. Freud poursuit :

« Un amoureux qui se présente à un rendez-vous avec un certain retard aura beau s’excuser auprès de son amie en disant qu’il avait malheureusement oublié ce rendez-vous.

Elle ne tardera pas à lui répondre :

– Il y a un an, tu n’aurais pas oublié. C’est que tu ne m’aimes plus.

Et si, ayant recours à l’explication du simple oubli, mentionnée plus haut, il cherche à s’excuser par des obligations urgentes, l’amie, devenue aussi perspicace en psychanalyse qu’un médecin spécialiste, lui répondra:

– Il est bizarre que tu n’aies jamais été troublé par tes obligations urgentes.

Certes, l’amie n’exclura pas toute possibilité d’oubli; elle pensera seulement, et non sans raison, que l’oubli non intentionnel est un indice presque aussi sûr d’un certain non-vouloir, qu’un prétexte conscient.

C’est encore par un conflit entre un devoir conventionnel et un jugement intérieur non avoué que s’expliquent les cas où l’on oublie d’accomplir des actions qu’on avait promis d’accomplir au profit d’une autre.

Celui qui aura oublié est alors généralement le seul à voir dans l’oubli qu’il invoque une excuse suffisante, alors que la victime de l’oubli pense sans doute, et non sans raison :

– Il n’avait aucun intérêt à faire ce qu’il m’avait promis, autrement, il n’aurait pas oublié.

Il est des hommes ayant l’oubli facile et que l’on excuse de la manière dont on excuse les myopes, lorsqu’ils ne vous voient pas dans la rue.

Ces personnes oublient toutes les petites promesses qu’elles ont faites, ne s’acquittent d’aucune des commissions dont on les a chargées, se montrent peu sûres dans les petites choses et prétendent qu’on ne doit pas leur en vouloir de ces petits manquements qui s’expliqueraient, non par leur caractère, mais par une certaine particularité organique…

Il s’agit d’un degré très prononcé de mépris à l’égard d’autrui, mépris inavoué et inconscient, certes, et qui utilise le facteur constitutionnel pour s’exprimer et se manifester. »

Ainsi, pour Freud, l’acte manqué est un compromis entre le désir conscient et celui enfoui dans l’inconscient : il surgit de façon totalement arbitraire dans les actes quotidiens.

Un acte manqué est l’équivalent du lapsus dans notre comportement : il traduit l’échec d’une action, provoqué par une volonté « contraire » inconsciente.

Les exemples qui illustrent ces actes manqués dans la vie de tous les jours sont multiples : oubli systématique de répondre à un courrier, oubli de payer ses factures, retard pour prendre le bus pour aller au travail, mauvaise compréhension d’un lieu de rendez-vous, perte de ses clés de voiture au moment de partir voir sa belle-mère, oubli de l’invitation que l’on avait pourtant bien notée sur son agenda, envoi d’un SMS au mauvais destinataire…

Un acte manqué n’est jamais le fruit du hasard, c’est le résultat d’un conflit intérieur, l’émergence d’une pulsion dans le champ de la conscience.

Par exemple, lorsque vous êtes invités et que vous prenez plaisir à la rencontre, le fait d’oublier un objet en partant révèle le désir inconscient de revenir et de retrouver la personne.

En psychanalyse, un acte manqué s’apparente à un passage à l’acte, à l’expression d’une volonté refoulée qui surgit dans les gestes quotidiens, c’est la réalisation d’un désir inconscient que l’on ne peut exprimer de façon consciente.

Ainsi, essayez d’être attentives et attentifs à tous ces oublis, à tous ces lapsus, à tous ces passages à l’acte qui, sans être apparemment d’une clarté limpide, disent tout haut ce que vous pensez, inconsciemment mais sûrement, tout bas.

Docteur Henri PULL

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