La notion d’ingérence humanitaire est ancienne.
En quoi consiste-t-elle ?

En résumé, il s’agit de cela : « Je me mêle de ce que fait le voisin pour son plus grand bonheur ».

C’est sur cette idée que se sont créées des Organisations Non Gouvernementales défendant l’idée, qu’une violation massive des droits de la personne doit remettre en cause la souveraineté des États et permettre l’intervention d’acteurs extérieurs humanitaires.

Ainsi, le droit d’ingérence impose un « devoir d’assistance à tout peuple en danger ». Il s’agirait d’une « morale de l’extrême urgence » visant à protéger les droits fondamentaux de la personne.

Au risque de graves dérives, le droit d’ingérence s’inscrit dans un cadre idéal, régi par les principes très théoriques de Démocratie, d’État de droit et de Respect de la personne humaine.

Pourtant le principe de non-ingérence n’est-il pas le fruit d’un combat historique remporté par les Etats les plus faibles face aux grandes puissances.

Dans tous les cas, de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’actes d’agression, le droit de l’ONU impose de rechercher un « règlement pacifique des différends » avant tout recours à la force.

Les raisons de recourir à la force doivent donc être impérieuses, et seul le Conseil de sécurité peut l’autoriser.

L’action humanitaire fait partie des motivations pouvant autoriser le recours à des moyens militaires au nom du devoir des Etats de protéger les populations civiles.

S’agissant d’opérations armées qui, par définition, peuvent provoquer la mort, recourir à des engins meurtriers, quel que soit le motif invoqué, constitue toujours un échec pour les droits fondamentaux défendus par l’ONU et les ONG : pour défendre certains civils, ne met-t-on pas en danger d’autres civils ?

L’expérience démontre que, lorsque l’humanitaire est confondu avec une action politique ou militaire, il contribue bien plus à alimenter les confits qu’à y mettre un terme.

D’abord, ne pas nuire, devrait être leur priorité.

C’est pourquoi il serait bon de renoncer à l’expression de « guerre juste » ou à celle de « guerre humanitaire ».

Signe peut-être d’un certain malaise, les politiques et les médias abusent des nuances politiquement correctes : on ne bombarde pas, on effectue des « frappes » ; on ne fait pas la guerre, on « lance des opérations militaires ».

Les images de combats sanglants humanitaires demeurent étrangement peu nombreuses dans un monde médiatique friand de terreur et de larmes.

On leur préfère les images de libérations au scénario bien lisse, sirupeuses de bons sentiments, à cheval entre « le Docteur Quinn » et « la petite maison dans la prairie ».

Le devoir de protéger les populations civiles ne serait-il qu’un masque?

En effet, le Conseil de sécurité de l’ONU constitue une instance politique qui apprécie de manière discrétionnaire les positions à adopter et les résolutions à appliquer.

Bien souvent la presse, suit son gouvernement sur les sentiers de la guerre, en conditionnant l’opinion publique.

Parfois, les médias en mal de « papiers » devancent même la réaction politique pour mieux la dénigrer en cas d’échec.

L’ONU se révèle bien utile lorsqu’un état a déjà décidé d’intervenir et qu’il est le seul à pouvoir le faire : « En cas de problème, à qui feront-ils appel ? A lui, bien sûr».

L’ONU, fondée sur l’idée d’un pacifisme actif, clame à la coopération, au dialogue, à la réciprocité, au respect de normes communes dans le respect des plus faibles.

Cela implique le respect de la souveraineté populaire en n’accordant pas son soutien à des régimes antidémocratiques et en ouvrant le cercle des décideurs à des acteurs autres que les puissances occidentales.

Les textes nous disent : L’intervention humanitaire, censée éviter les violations des droits de l’homme, implique une action directe et militaire, pour faire face à des situations d’élimination directe, grave, massive et immédiate de vies humaines.

Un tyran laïque venu au pouvoir par un push militaire, dans un petit pays, c’est facile à destituer, il suffit d’appeler les ONG et les medias, les bombes suivront !

Quand la bombe nucléaire arme ce tyran, attention danger, les condamnations solennelles suffiront !

Quand le même tyran règne sur une puissance économique reconnue et influente, c’est plus possible, le silence sera de mise !

Quand une révolution religieuse met en place un régime totalitaire, liberticide et réécrit les droits de l’homme et de la femme en complète ignorance des droits fondamentaux de la personne, que font les ONG ?

Bref, renverser un gouvernement se proclamant d’un Dieu ré interprété, c’est impossible ! Le conflit deviendrait religieux et non plus humanitaire, alors on ne fera rien !

Au nom de la Bombe nucléaire, au nom de l’équilibre économique mondial et au nom de Dieu, l’ONU, les ONG et les medias respectent « un silence général consensuel».

Dans le quotidien, nous vivons déjà un contexte d’élimination, grave, massive et prévisible de vies.

On considère comme anormale l’agression directe contre la vie de certaines personnes, mais on ne réagit pas face aux effets d’autres actions qui n’ont, en apparence, aucune intention d’exterminer des êtres humains.

Et pourtant, voici un problème non résolu : rappelons que, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, un milliard d’êtres humains souffraient de la faim en 2010.

De fait, ceux qui sont en mesure de mener des opérations armées au nom de l’ONU sont aussi ceux qui sont sourds à une information mondiale vis-à-vis de la surpopulation, à une éducation pour tous, à une réforme d’envergure du commerce international et à la reconnaissance des droits et devoirs des populations pauvres.

« Quand l’être humain n’a pas de valeur, c’est une étrange pratique que de vouloir le sauver à coups de bombes démocratiques et d’armes humanitaires. »

Alors, devoir, droit d’ingérence ou plutôt, ambition politique et grisant pouvoir d’ingérence?

Dr Henri PULL

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