Dans un monde plus riche, dans un monde où la longévité est devenue un fait social, la transhumance est devenue humaine.

Autrefois, il était commun de voir les mouvements de troupeaux en fonction des rigueurs du climat en et de l’appauvrissement des pâturages.

Aujourd’hui, le monde agricole et animal n’est plus ce qu’il était ; il s’est industrialisé et sédentarisé, pour une productivité toujours plus élevée, censée assurer le bien-être alimentaire d’un monde toujours plus peuplé.

Les humains, par contre, sont devenus friands de déplacement, de chaleur, de ciel bleu, de promenades, bref de dépaysement.

« Où je veux, quand je veux », devient la devise universelle, autant de l’oisif que du vacancier pressé.

Ce sentiment de pouvoir maîtriser les distances, le climat et l’environnement, fait que les vols charters, toutes destinations, ont explosé.

Parmi tous ces voyageurs, une catégorie migrante, autrefois casanière pour des raisons physiques ou financières, est apparue : il s’agit des retraités.

Souvent plus riches que leurs enfants, le plus souvent en meilleure forme que leurs aînés, ils aspirent à un environnement propice à l’épanouissement d’un corps moins agile et d’une santé plus précaire.

N’oublions pas que l’anagramme de retraité est … artérite.

Le désir de vivre bien, dans monde dépourvu de contraintes trop longtemps supportées tout au long d’une vie professionnelle ou familiale, a créé de nouveaux comportements.

Ainsi, une à deux fois l’an, la migration des « cheveux d’argent » vers des cieux plus cléments, devient un phénomène habituel.

Les shorts et les chemisettes empilées dans les valises, les chapeaux de paille et les lunettes de soleil, prêts à être mis en place pour affronter le soleil et la plage, voici le remède contre le froid de l’hiver et la rigueur de l’âge.

Les colonies de vacances, les camps de jeunesse et les voyages découvertes sont de retour pour nos retraités.

Camping-cars, Mobil homes, locations saisonnières, « hôtels en pension complète » ou résidences secondaires, voici les nouveaux refuges des « ours blancs du monde occidental » pour un mieux vieillir, loin d’un « monde d’avant », enfoui dans un passé bien révolu.

Recréer de nouveaux liens, se faire de nouveaux amis, découvrir de nouveaux loisirs, revivre à nouveau des intrigues amoureuses, réveiller des capacités émotionnelles pour jouer à l’adolescence retrouvée, pourquoi pas ?

Le mythe de l’immortalité ne se cache-t-il pas dans l’inconscient de chacun ?

Quel que soit le continent de l’hémisphère Nord, ce phénomène s’amplifie d’année en année pour devenir une véritable mine d’or pour les territoires du Sud.

L’industrie touristique y trouve son compte, et c’est tant mieux.

Pour les autres, surtout pour ceux qui continuent à travailler dans les pays du Nord, c’est un manque à gagner car la tranche des retraités dépensera sous d’autres latitudes les pensions cotisées ; encore une fois, tout événement, aussi anodin soit-il, a des répercussions économiques insoupçonnées.

Mais qui faire?

Souhaitons une bonne transhumance à tous ceux qui ont la bougeotte.

Qu’ils réalisent ce que leurs parents n’ont pu faire à leur âge.

Les voici maîtres des distances et du thermomètre, pour vivre plus confortablement le troisième puis le quatrième âge dans un monde protégé, ayant des avant-goûts de paradis.

Dr Henri PULL

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