C’est moi le Maire. Il y a quelques saisons (mettons deux ou trois), il est apparu dans le décor. Monsieur le maire de Huntingdon faisait la manchette avec son projet d’établir un couvre-feu pour les « jeunes » de son petit village à compter de 22 heures pour endiguer le vandalisme dans son bled.

Du bonbon pour les médias. Après quelques semaines, juridiquement coincé avec ce projet, Stéphane Gendron change son fusil d’épaule et opte pour cibler les parents en leur appliquant une amende lorsque leur ado se retrouve flânant tard le soir.

Depuis, le maire est devenu personnage. Invité sur plusieurs tribunes, il déborde du cadre de son couvre-feu et exprime volontiers sa vision personnelle sur d’autres thèmes à la mode du jour. Assez tranché merci dans ses opinions, il fait sursauter les humanistes, les progressistes (mettons !) et ceux d’entre vous qui carburent à la tolérance.

T’as tué quelqu’un en étant saoul au volant? La peine de mort, point final. C’est le maire du Huntingdon qui parle. À la séance suivante du conseil municipal, le citoyen qui s’objecte à cette prise de position (ou n’importe quelle autre) émise dans les médias avec le titre de maire d’une municipalité, le citoyen insistant se voit répondre par le maire démocratique : «Ferme ta gueule, c’est moi qui parle!». Coup de marteau sur le bureau et expulsion du récalcitrant déclarée. Le tout, sous l’œil de la caméra de Radio-Canada en reportage dans le village.

C’est fou raide, vous en conviendrez. Mais revenons à l’œuf. Une heure du matin dans le petit parc de verdure de Huntingdon, trois gars et deux filles (quinze ou seize ans) assis sur un banc, en train de placoter en fumant une cigarette. Mettons qu’un des acteurs, c’est votre fils ou votre fille. Vous dormez à la maison? Ya rien là?

À Montréal, la belle, la démocratique et la tolérante, vous n’avez pas le droit de vous promener dans le parc Jarry (ou Lafontaine ou whatever) après minuit. Que vous ayez 15 ans ou 50, c’est la loi. Et les sbires en uniforme ne se priveront pas de vous appréhender.

Stéphane «Ta gueule» Gendron, un admirateur avoué de Gilles Proulx (ouf !), ne fait pas dans la dentelle. Entre les clopes qu’il pompe à la chaîne, sa suffisance antipathique, son étroitesse d’esprit et ses (nouvelles) aspirations médiatiques, je retiens quand même un argument auquel je souscris. Passé minuit, si tu peux t’endormir en toute quiétude sans que ton ado sois revenu au bercail, tu fais pas ta job.

Argument facétieux? Sûrement. Les parents de Huntingdon ne diffèrent en rien de leurs homologues des autres villes et villages du pays. Des exceptions, il y en a partout. Mais ce sont des exceptions. C’est juste cheap et facile que monsieur «Ta gueule» s’en serve pour cautionner ses élucubrations.

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Michel Danis

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