Au début de l’été dernier, je me suis offert une escapade de quelques jours chez des amis de longue date bien installés dans leur superbe coin des Hautes Laurentides.

Gisèle et Hervé ont résisté à l’appel de la grande ville et ont bâti l’essentiel de leur existence au-delà de l’effervescence touristique commerciale qui s’étend désormais jusqu’à Tremblant.

Parmi les centaines d’anecdotes échangées durant la première journée, Hervé me pousse la suivante qui, vous l’admettrez facilement, relève du cauchemar éveillé.

Durant une quinzaine de mois, suivant la vieille théorie du bas de laine, Hervé avait pris l’habitude d’aller déposer, occasionnellement, un ou quelques billets de banques bruns dans la poche intérieure de l’habit de noces de son paternel, remisé tout au fond de la penderie du grenier.

En cachette évidemment, sans que personne de la maisonnée n’en ait la moindre connaissance. Pour un projet futur quelconque, surprise en sus, m’a-t-il confié.

Un beau matin de printemps, Gisèle s’impose une corvée : elle fera le tri des vêtements de sa bande et ira en faire donation au comptoir vestimentaire du village, une organisation associée au méga-groupe national Renaissance. Vous me voyez venir?

Oui, l’habit de noces fut sélectionné et… non, elle n’en a pas vidé les poches. Quelques jours plus tard, en allant faire le «dépôt» suivant, Hervé constate qu’un important vêtement a disparu. Accélération du rythme cardiaque et retour pressant dans la cuisine. «Gisèle! Où c’est qu’t’as mis l’habit de noces de mon père?».

Constat rapide de la situation, saut immédiat dans la voiture qui fonce en direction du comptoir vestimentaire.

Désolation! L’expédition des surplus au centre de Montréal s’est faite la veille et l’habit recherché n’est malheureusement pas sur les présentoirs locaux. Appel frénétique à Montréal qui confirme, le lendemain, que les recherches se sont avérées vaines.

On parle ici d’une cinquantaine de billets bruns. Je vous laisse effectuer le calcul et imaginer le désarroi et le découragement qui en est résulté.

Le weekend dernier, avec ma fille, je suis retourné bénéficier de l’hospitalité de mes amis laurentiens qui, de leur côté, ont pu savourer l’exceptionnel carbonara que nous leur avons mijoté. Je vous livre ci-après, la conclusion du cauchemar.

À la mi-février, donc dix gros mois après la gaffe involontaire, téléphone de la dame du comptoir qui demande à Gisèle de passer faire un tour. L’habit de noces étant confectionné en laine et donc très chaud, un bénévole local l’avait placé dans une boîte qui fut remisée pour l’hiver suivant.

En la déballant ce matin de février, la dame s’est souvenu. «Je n’ai pas fouillé, mais j’ai tâté et je crois qu’il y a encore quelque chose».

Pouvez-vous maintenant imaginer la tête de Hervé au retour du travail, quand il a aperçu la relique accrochée au bureau dans la chambre à coucher?

Quand le hasard fait bien les choses, clame le vieux dicton. Bien sûr que le comptoir et la dame ont reçu une généreuse donation en liquide.

En ces temps de commandites scandaleuses, la droiture et l’honnêteté de cette dame n’en sont que plus admirables.

Plus dans la section

Michel Danis

Related Post
  • 13 November 2015 par › Michel Danis

    Lettre à Denis Coderre

    Monsieur Coderre. J’ai 63 ans et, je vous le dis, je suis souverainiste (ou indépendantiste o...Readmore
  • 11 November 2015 par › Michel Danis

    La caca de Montréal …

    Bon. Monsieur Coderre l’a confirmé. Aujourd’hui, depuis minuit, les eaux usées ”...Readmore
  • 6 November 2015 par › Michel Danis

    Bonne Fête à …

    … à moi simonac ! Je suis arrivé sur terre ya 63 ans. J’pense que Maurice Duplessis était ...Readmore