Non! Je ne vous parlerai pas du Marcel de Planète Québec, ni de celui de Surprise sur Prise. Un autre Marcel, beaucoup moins connu mais que quelques-uns d’entre vous ont peut-être déjà observé, il y a une vingtaine d’années, en levant les yeux vers le ciel.

Il s’appelait Marcel Boisvert et dépassait à peine les 5 pieds en hauteur. Ça ne l’a pas empêché de prendre «le Grand Marcel» comme nom de scène. Son métier? Funambule ou, comme le permet le Petit Robert (!), fil-de-fériste. Un métier plutôt original, vous en conviendrez.

J’ai connu le personnage au début des années 80, alors que j’assurais la gestion d’une petite troupe qui présentait des spectacles aux quatre coins de la province. Un hypnotiseur, un magicien, un clown et … le Grand Marcel.

Marcel Boisvert était un grand malade du cirque. Toute sa vie, il a rêvé aux grandes tournées des cirques prestigieux sans jamais y parvenir. Il a donc dû se satisfaire des troupes locales, en y mettant toutefois tout son cœur et son immense passion.

Patenteux, il avait même ajouté à sa prestation un numéro où il circulait sur le fil de fer avec une moto sous laquelle pendait un trapèze. Ce numéro à deux, bien que spectaculaire, était beaucoup moins dangereux que la simple marche sur le fil, compte tenu que le « truc » résidait dans le poids du trapèze, nettement supérieur à celui du vélo et qui, finalement, servait de balancier.

Je me souviens d’une scène absolument hilarante survenue à Saint-Marguerite. Alors qu’un conducteur faisait avancer la moto, le Grand Marcel faisait des sparages sur le trapèze. Sauf que l’installation avait été faite au-dessus de l’eau près du pont de la municipalité.

Marcel était sur le très gros nerf parce que, voyez-vous, cet homme avait une sainte frousse de l’eau. Il préférait. et de loin, s’exécuter au-dessus du béton, même si cette option signifiait la mort presque assurée en cas de chute.

Alors vous imaginez cette première prestation au-dessus d’une portion du lac Masson: en raison d’une traction insuffisante du câble d’acier, le trapèze sous le fil est lentement descendu jusqu’au fil de l’eau où Marcel, pris de panique, s’aggrippait en criant de venir le sauver. La chose était carrément hallucinante.

Je me souviens également de cette ultime pratique avec son partenaire de la moto dans l’aréna de Saint-Jovite. La dernière pratique avant le premier show, donc avec l’habit de scène (pantalon blanc et chemise rouge vif). Une fuite d’huile du moteur avait sali outrageusement les fameux pantalons blancs du Grand Marcel. Une crise mémorable.

Et ce cadeau qu’il nous avait fait dans l’aréna de Fatima, aux Iles-de-la-Madeleine. Une fois la journée terminée et la foule disparue, devant le personnel et quelques amis des Iles, il nous avait présenté son numéro de funambule avec… les yeux bandés. Une première pour lui. Je peux vous assurer qu’en le suivant sous le fil (pour absorber une chute éventuelle), nous étions tous sur le qui-vive. Moments magiques.

La dernière fois que j’ai entendu parler de notre Grand Marcel, ce fut à la Une du Journal de Montréal, il y a une quinzaine d’années. Lors d’un spectacle en Abitibi, rendu à l’extrémité de son fil de fer, Marcel s’est tourné pour faire le trajet de retour. Ce faisant, sa longue perche a touché un transformateur d’Hydro, il a reçu la décharge électrique et est tombé sur le béton devant son public horrifié. Mort en spectacle…

Cette fois-là, le Grand Marcel n’a pas pu clamer : « The show must go on ». Je dois vous dire que ça m’a fait du bien de vous parler de ce bonhomme spécial et passionné.

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Michel Danis

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